Ella Elesse : « J’avais besoin de comprendre mon histoire et de savoir d’où je venais

Auteure, réalisatrice et conférencière, Ella Elesse a travaillé pendant quinze ans comme conseillère en communication dans les secteurs public et privé. La belgo-congolaise est détentrice d’un master en information et communication de l’Université libre de Bruxelles (ULB).  C’est à l’issue de son cursus dans cette université qu’elle a réalisé son premier documentaire intitulé « Sang-mêlé ». Le film, diffusé le 4 mai à l’ULB, raconte l’histoire des Belgo-Congolais Georges Octors, chef d’orchestre et directeur du prestigieux concours Reine Elisabeth (1976-1989) et d’Augusta Chiwy, héroïne de la Seconde Guerre mondiale ainsi que celle de David Hennaert, grand-père de la réalisatrice qui fut administrateur colonial au Congo pendant vingt ans. Le documentaire est désormais programmé à l’ULB dans le cadre du cours « Régimes politiques en Afrique »

 

Les Dépêches de Brazzaville : Qu’est-ce qui vous a poussé à réaliser ce documentaire ?

Ella Elesse : J’étais en période de reconversion professionnelle lorsque l’idée m’est venue. J’avais mis une pause à ma carrière de conseillère en communication et je suis retournée par la suite à l’université pour compléter un master en journalisme. Lorsqu’il a fallu déterminer un sujet de recherche pour compléter le cursus, au même moment, j’ai ressenti un réel besoin de comprendre mon histoire et de savoir d’où je venais. J’ai donc entamé ma quête sous forme de recherche académique et documentaire.

 

LDB : Pourquoi le titre « Sang-Mêlé »?

EE : À l’époque, on les désignait comme cela ! Le métis était défini comme un être au « sang corrompu », autant par les Africains que par les Européens. Comme je traitais l’origine des clichés sur le métis pour les comprendre et que je ressentais un certain ras-le-bol face à l’angélisme des uns et des autres, ce titre s’est imposé. Il provoque un questionnement qui est développé dans le film.

 

LDB : Quel message souhaitiez-vous faire passer en réalisant ce film, quel était votre point de vue ? 

EE : Je n’ai pas intentionnellement voulu faire passer un message, je raconte le passé de mon histoire familiale avec l’aide de mon grand-père, de celle de Georges Octors et d’Augusta Chiwy. Réaliser ce film m’a conduite dans une quête qui m’a dévoilé tout un pan du passé colonial que je connaissais très peu en réalité et m’a permis de faire la paix avec le passé colonial de mes deux pays. J’ai réalisé que quel que soit le passé, aussi douloureux soit-il, vous avez le pouvoir de changer votre histoire. Sang-Mêlé m’a appris que le courage se manifeste parfois de manière inattendue. Comme l’a dit Churchill, « la réussite n’est pas finale et l’échec n’est pas fatal, le plus important c’est de continuer. »

 

LDB : Quelles sont les difficultés rencontrées pendant le tournage ?

EE : Une première difficulté était d’aller filmer au Bas-Congo, car au moment où j’ai débuté le tournage, les règles étaient très strictes dues à une vieille réglementation. En outre, en plus de l’écriture, j’ai réalisé quasi seule tout l’aspect technique : réalisation, cadrage, prise de son, montage et mixage.

 

LDB : Pourquoi êtes-vous allée filmer au Bas-Congo ? 

EE : Dans la région du Bas-Congo, j’ai été filmé la colonie scolaire de Boma et la maison d’accueil des Sœurs gantoises de la Charité de Jésus et de Marie à Muanda où on plaçait aussi les métis à l’époque coloniale.

 

LDB : Quelle a été la vie du film après le tournage. A-t-il été diffusé ailleurs que dans un cadre universitaire ?

EE : Le film a été présenté au département documentaire de la RTBF qui s’est dite très intéressée pour un développement. Il fait l’objet d’un changement de format pour être diffusé en télévision. Mais ça ce ne sera pas avant 2017 selon mon producteur. En attendant, Sang-mêlé va effectuer la tournée des universités et de certaines écoles en Europe, en Afrique et aux États-Unis dès septembre 2016.

 

LDB : Vous pensez le projeter en RDC ?

EE : Je voulais le faire en janvier 2015. Je suis allée à Kinshasa avec mon grand-père. Mais les malheureux évènements qui se sont produits au cours de cette période nous ont forcés à reporter la présentation.

 

LDB : Quels sont les autres lieux de projection prévus ?

EE : Sang-mêlé sera de nouveau projeté dès septembre à Bruxelles. Il sera de nouveau prévu l’année prochaine pour les étudiants de l’ULB vu qu’il est désormais programmé dans le cadre d’un cours. Fin septembre, ce sera à Cape Town, en Afrique du Sud, où il sera, entre autres, présenté à la Saint-Cyprian’s School (mon ancien collège, dont le parrain est Desmond Tutu). Invitée à partager mon expérience avec les étudiants, j’espère ainsi les motiver à ne pas se laisser définir et limiter ni par les autres ni par des vieux schémas et trouver le courage d’être eux-mêmes. Leur rappeler que, comme le dit Marc Twain, « les deux jours les plus importants de leur vie sont le jour où ils sont nés et le jour où ils découvriront pourquoi ». Le pourquoi de notre existence est essentiel pour construire sa vie !

PATRICK NDUNGIDI (LDB)

 

 

 

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