Devoir de mémoire : Gabriel Lita Bembo le Showman rd-congolais

C’est durant les vacances de 1972, après avoir retrouvé mon jeune frère Olivier Eale Samudju que j’ai commencé à fréquenter le quartier ImmoCongo devenu 20 Mai une année plutôt. Mais pourtant, les gens avaient gardé l’habitude de l’ancienne appellation.

 

Avec mes nombreuses visites, j’y ai fait la connaissance des nombreuses familles. Notamment, les Mayanga (fille et garçon étiquetés joueuses de Basket et footballeur), feu Kiki de Paris, le vieux Paul Kabayidi, Pamelo, Gabin Tshiteya et Lita Bembo. Ma première rencontre avec ce dernier, j’apprends qu’il est chanteur. J’étais surpris parce qu’il bégayait en parlant. Puis, un jour, il passe à la télévision tout de rouge vêtu.

 

Faisant un spectacle inoubliable. Dansant et chantant à merveille. Botala ngai nazali kobina lokola nyoka. Tellement il se contorsionnait à la manière d’un serpent en mouvement. A la maison, j’avais un fan de lui en la personne de mon cousin Fridolin M’Bonzi (Aujourd’hui passé de l’autre côté en étant devenu pasteur). Il le trouvait formidable et meilleur que tous les autres. Après l’avoir perdu de vue,je le retrouve à Bruxelles en 1985. Et de quelle manière ? Un jour, nous sommes au studio avec Viva la Musica pour l’enregistrement de l’Album « Esclave » à Ixelles, en plein coeur de Bruxelles. Nous avons des soucis avec l’Ingénieur de sons qui ne comprenait quedal de notre musique. Papa Wemba demandera de faire venir Libek. Je lui réponds que je ne le connais pas. Il est surpris et me demande: « tu ne connais pas Lita Bembo? ».Il est devenu Ingénieur de son. Dans les lignes qui suivent son parcours avec le concours du Dictionnaire des Immortels.

 

Bio

Lita Bembo Gabriel, Sheriff, Gélé, Maquis, Fantomas, Gaby Lita, Kolo Kwanga, Libek, Showman… Né à Kinshasa, le 08 août 1950. Il est chanteur, auteur et compositeur d’origine RD Congolaise.

 

Gabriel Lita Bembo est le fils d’Hélène Mokono et de Charles Lita yi Beti, cadre au sein de la territoriale pendant la deuxième République au Congo. Dès 1957, l’intéressé se frotte avec la musique à parti de la rue. En effet, encore scouts, ses camarades de quartier et lui-même chantent et miment les aînés avec des instruments de fortune.

 

Plus grand, Gaby Lita fait une incursion rapide comme chanteur dans Vox Africa de Jeannot Bombenga, puis dans Los Matamoros de Bokombe et Tshimbalanga. Son amour de la musique se cristallise, alors, autour de Yéyé National de Bruxelles et Los Nickelos de Liège, deux orchestres d’étudiants congolais de Belgique. Au Congo, en revanche, ses préférences vont aux ensembles Thu Zaïna et Negro Succès.

 

En 1969, Gaby Lita qui habite le quartier Immocongo, voit naître une formation dénommée Stukas Boys dont Félicien Nzeza est l’arrangeur principal pendant que deux mécènes, Dedes et Miltoni, y fonctionnent respectivement comme président et président d’honneur. Il intègre ce groupe et y débute des répétitions grâce à son ami Jules Wembadio alias Papa Wemba, déjà membre de l’orchestre. Gaby Lita reconnaît ne pas être le fondateur de Stukas Boys. En effet, à son entrée dans le groupe, il y trouve déjà Lomingo Alida, Pierre Nkumu, Damien Ndebo, un prénommé Narcisse à la guitare solo, Matima Mpioso, un futur guitariste de Zaïko ainsi qu’un nommé Zacharie au chant.

 

Le 15 Août 1969, date de la sortie officielle de l’orchestre Stukas Boys, coïncide avec le premier anniversaire de la maison Vévé dont le fondateur, Kiamuangana Verckys, veut fêter avec faste au Parc De Bock, alors, Parc de la révolution. Invité, pour la circonstance avec Stukas Boys, Gaby Lita qui ne bénéficie à l’époque d’aucune formation particulière, ni en solfège ni en harmonie, épate bien de gens en démontrant au cours de la prestation qu’il possède véritablement la musique dans ses viscères.

 

En 1971, devenu Lita Bembo et pratiquement tête d’affiche du groupe, l’artiste réalise son premier enregistrement chez Fonior sous les auspices de Bernard Longange, premier producteur du groupe. Il largue sur le marché des titres qui font tabac parmi lesquels l’on retient « Souci », « Mwasi », « Credo », etc. A cette période précise, le marché du disque est véritablement en ébullition. O.K. Jazz brille avec la chanson « Infidélité Mado » de Francis Bitshoumani et Tabu Ley fait tabac avec son œuvre intitulée « Kinshasa ». Le producteur de Stukas Boys est, malgré cela, au comble de la satisfaction car les œuvres de son ensemble tiennent tête tubes susmentionnés des deux géants et marquent même des points exceptionnels.

 

En 1971, une dislocation intervient derechef au sein de l’orchestre. Lomingo et certains camarades d’en vont créer Stukas Lokole tandis que Lita Bembo reste dans Stukas Boys et s’entoure des chanteurs tels que Kisola Nzita et Suke Bola ainsi que de Samara à la guitare basse. Mais, l’année suivante, une nouvelle scission a lieu après un voyage à Matadi. L’orchestre s’allie, alors, avec Tabu Ley Rochereau et se nomme Stukas Ley. Tete Mowana, épouse de Tabu Ley en devient la marraine. Ainsi, de 1972 à 1973, Ngwango Seli-ja, en collaboration de Tabu Ley, produit les œuvres de l’orchestre dont la chanson « Baleki baye » récolte un grand succès.

 

Lita Bembo s’accorde, ensuite, un petit repos sabbatique de six mois et gagne Kipushi où résident ses parents. Il y rencontre des musiciens katangais dont les œuvres avoisinent les intonations zambiennes et zimbabwéennes. Sur ces entrefaites, il compose « Djoboke », « Ndombe », etc.

 

A son retour à Kinshasa, Tabu Ley Rochereau récupère les instruments cédés à Stukas Ley, et fait incarcérer Lita Bembo au motif d’avoir gardé indûment le matériel et d’en avoir fait un usage abusif. L’artiste se fait pourtant libérer, le même jour, grâce à l’intervention de sa sœur, Mimi Lita Etape.

 

 

Prenant en mains les destinées de son ensemble, Lita Bembo obtient en novembre 1973 d’autres instruments de musique auprès de l’épouse de Maître Taureau, son nouveau mécène. Le chanteur relance Stukas Boys qui retrouvent vite une santé florissante, son camarade Lomingo Alida ayant dans l’entretemps regagné le bercail.

 

 

En 1974, Lita Bembo trouve sa vitesse de croisière et crée le rythme « Ekonda saccadé » symbolisé par des chansons telles « Kwepe Kwepe » et « Wisona » enregistrées aux Editions Vévé de Kiamuangana Verckys.

La saga de Stukas Boys atteint alors son paroxysme. Exemple significatif : pendant que l’orchestre se produit encore en matinée à l’enceinte de la Fikin, de 15 heures à 22 heures, un nouveau contrat est déjà signé pour que le groupe puisse honorer, le même soir, une autre manifestation à Foncobel. La nuit venue, les musiciens se rendent sans transition sur le lieu de la manifestation et éblouissent l’assistance en affichant une fraîcheur étonnante.

 

En 1974, à l’occasion du combat de boxe opposant Mohamed Ali à Georges Foreman, Stukas Boys est choisi avec trois autres groupes congolais, dont T.P OK Jazz, Afrisa International et Zaiko Langa Langa, pour se produire au stade Tata Raphaël alors Stade du 20 Mai devant quatre vingt mille personnes en compagnie de James Brown, Sister’s Ledge, B.B King, Celia Cruz  et la Sonora Matanceira, Pepito, John Montoro, Boddy Valentim, Manu Dibango et Gonzales.

 

Aujourd’hui il est de retour à Kinshasa  et essaie de se relancer. Nous lui souhaitons bon retour et que comme les artistes ne meurent jamais, qu’il tienne bon. Avec nos encouragements!

JEAN-PIERRE EALE IKABE

 

 

 

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