À travers « Fimbu », Félix Wazekwa réunit tout un peuple. Ce titre qui s’impose comme un véritable patrimoine immatériel, revêt, une valeur historique tournée vers l’avenir, selon son auteur.
Cette chanson phare qui s’ancre dans la mémoire collective, fusionne passé, présent et avenir en pérennisant les moments de gloire des Léopards de la Rd-Congo et en faisant de chaque expérience un véritable instrument d’encouragement national. Interview.
En quoi cette chanson se distingue-t-elle de vos précédentes productions ?
Cette chanson se distingue de mes précédentes productions en ce sens qu’elle est avant tout un hommage à un groupe précis, en l’occurrence l’équipe nationale de football, les Léopards.
Habituellement, mes chansons évoquent des personnes ou des causes de manière plus générale. Mais dans cette version, notamment « Fimbu Forever », j’ai tenu à citer nommément tous les joueurs, ainsi que le Président de la République et les membres du staff. J’ai également mentionné le ministre des Sports, Didier Budimbu, ainsi que l’encadrement technique de l’équipe.
C’est une démarche assez unique dans mon parcours artistique : citer les noms des joueurs avec un objectif bien précis. D’une part, les encourager et reconnaître le travail qu’ils accomplissent. D’autre part, laisser une trace dans le temps. Plus tard, ces joueurs pourront se souvenir qu’à une période donnée de leur carrière, lorsqu’ils portaient le maillot des Léopards, leurs noms ont été immortalisés dans une chanson.
La chanson a donc une portée immédiate, mais aussi une valeur historique, tournée vers l’avenir. Elle sert à la fois d’encouragement aujourd’hui et, demain, de véritable carte de visite symbolique pour ceux qui ont défendu les couleurs nationales.

Le tempo et la mélodie ont-ils été pensés pour accompagner le message ou pour séduire le grand public ?
Je dirais que c’est un peu les deux. J’ai voulu créer un tempo et une mélodie capables d’accompagner le message tout en séduisant le grand public.
L’objectif était de produire un rythme accessible, agréable, qui puisse plaire au plus grand nombre, y compris au-delà du public congolais. Séduire le public fait partie des objectifs principaux de tout artiste, même si cela reste toujours un défi à relever.
Peut-on considérer « Fimbu » comme un hymne des Léopards et de toutes les sélections nationales d’Afrique ?
Ce n’est pas à moi d’en décider, mais plutôt au public. Toutefois, le fait que d’autres équipes africaines dansent déjà sur « Fimbu » est en soi très significatif.
C’est un peu comme la chanson « Indépendance Cha Cha » : aujourd’hui, elle accompagne même des indépendances qui ne sont pas congolaises. Avec le temps, si le public s’approprie Fimbu et en fait un hymne, cela se fera naturellement.
Je pense, en tout cas, que beaucoup de personnes continueront à aimer cette chanson et cette danse au fil des années.
Êtes-vous surpris par l’ampleur de l’adhésion populaire autour de cette chanson ?
Au départ, oui. Je dirais surtout en 2015. J’ai été surpris de voir que ce que j’avais produit, était repris par des joueurs pour célébrer leurs victoires.
Aujourd’hui, en revanche, je ne suis plus surpris. Je sais que c’est une danse très appréciée, qui séduit de nombreuses nations. Il suffit de regarder les réseaux sociaux pour constater comment notre pays et d’autres peuples se sont appropriés « Fimbu » et la font vivre à leur manière.
Quels types de retours vous ont le plus marqué : ceux des fans, des artistes, des observateurs culturels ou des dirigeants sportifs et politiques ?
En réalité, ce sont des retours venant de tous les horizons qui m’ont marqué. Il y a bien sûr les fans, ces personnes qui prennent plaisir à danser sur « Fimbu » et à s’approprier la chanson avec beaucoup de joie.
Il y a aussi les retours des artistes. D’ailleurs, dans l’une des versions de « Fimbu », j’ai collaboré avec plusieurs artistes congolais. Les artistes sont très sensibles à ce qui touche le public ; ils sentent rapidement quand quelque chose fonctionne.
Les observateurs culturels ont également beaucoup réagi, tout comme les dirigeants sportifs et politiques. À titre d’exemple, la deuxième version de « Fimbu » est née à l’initiative du ministre de l’époque, Denis Kambayi, en 2016. Une autre version a ensuite vu le jour sous l’impulsion du ministre des Sports Serge Nkonde, puis encore une autre sous celle de l’ancien gouverneur de Kinshasa, Gentiny Ngobila.
La version actuelle, « Fimbu Forever », est quant à elle portée par la volonté du ministre des Sports en fonction, Didier Budimbu. Cela démontre clairement que la chanson a dépassé le cadre strictement artistique pour devenir un véritable symbole d’unité.
Avez-vous constaté que « Fimbu » suscite des débats ou des discussions au sein de la société congolaise, africaine et de la diaspora ?
Oui, et c’est pour moi une très bonne chose. Lorsqu’une danse et une chanson durent dans le temps, avec un succès qui dépasse aujourd’hui les dix ans, et qu’elles font l’objet de débats aussi bien sur les télévisions étrangères que locales, cela signifie qu’elles touchent quelque chose de profond.
On ne débat généralement que de ce qui nous préoccupe réellement. Et aujourd’hui, nous sommes préoccupés par les victoires, par l’espoir et par les succès que nos Léopards peuvent nous apporter. « Fimbu » accompagne justement cet état d’esprit collectif, cette attente permanente de la victoire.
Comment analysez-vous sa diffusion sur les médias traditionnels et les plateformes numériques ?
Je l’analyse de manière très positive. Le fait que la chanson soit diffusée à la radio, à la télévision, au Congo comme à l’étranger, ainsi que sur les plateformes numériques, montre qu’elle a su traverser les générations et les frontières.
Les médias traditionnels jouent un rôle essentiel dans la légitimation d’une œuvre. Lorsqu’ils s’y intéressent, cela signifie que le message touche un public large et s’inscrit dans une dynamique culturelle durable. Ces diffusions confirment que « Fimbu » n’est pas seulement une chanson à succès, mais aussi un véritable repère culturel inscrit dans la mémoire collective.
Les réseaux sociaux ont-ils joué un rôle déterminant dans sa popularité ?
Absolument. Les réseaux sociaux ont joué un rôle déterminant. C’est grâce à eux que je peux constater que « Fimbu » est écoutée et dansée en Asie, en Europe, en Océanie et dans les Amériques.
Voir, par exemple, des groupes d’Asiatiques : Chinois, Coréens ou d’autres nationalités danser sur « Fimbu » prouve clairement que la chanson a atteint une dimension mondiale. Les réseaux sociaux ont été un formidable levier de diffusion et ont largement contribué à faire de « Fimbu » un phénomène international.
« Fimbu » marque-t-elle un tournant dans votre visibilité médiatique de ces cinq dernières années ?
Oui, sans aucun doute. « Fimbu » a marqué un véritable tournant dans ma visibilité médiatique. Lorsque je vois des enfants de trois ans, de huit ans, des adolescents et des jeunes adultes jusqu’à 25 ans danser sur cette chanson, je me dis que c’est un moment clé de ma carrière.
Le succès se mesure souvent à l’appropriation par la jeunesse. Quand les jeunes s’emparent d’une œuvre, c’est la preuve qu’elle fonctionne et qu’elle a un avenir.
Quelle place « Fimbu » occupe-t-elle dans votre discographie personnelle ?*
« Fimbu » occupe une place de choix dans ma discographie. C’est le genre d’événement artistique dont tout créateur rêve : produire une œuvre qui dépasse les frontières et qui soit reconnue à l’échelle internationale.
Souhaitez-vous que cette chanson laisse une trace particulière dans la mémoire collective congolaise ?
Avec « Fimbu », je suis entré dans une autre dimension. Comme le disait Paul Valéry, trouver est une chose, mais s’ajouter à ce que l’on trouve en est une autre. Beaucoup inventent, mais très peu d’inventions sont véritablement reconnues dans le monde. « Fimbu » fait partie de ces créations qui ont trouvé leur public, ce qui lui confère une place particulière dans mon parcours artistique.
Oui, bien sûr. C’est le souhait de tout compositeur et de tout artiste : laisser une trace dans la mémoire collective. Mais au final, ce n’est pas l’artiste qui décide, c’est le public.
Si le public s’approprie « Fimbu » et la fait vivre dans le temps, alors la chanson trouvera naturellement sa place dans la mémoire collective congolaise.
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Pensez-vous que la musique peut encore être un outil puissant de conscientisation sociale aujourd’hui ?
Absolument. La musique reste un outil très puissant de conscientisation sociale. Elle permet d’ancrer durablement des idées, des attitudes et des messages dans l’esprit des gens, surtout lorsqu’elle touche les émotions.
Même lorsque beaucoup se taisent, les œuvres finissent toujours par parler. Avec le temps, le peuple en prend conscience.
Quel message final aimeriez-vous que le public retienne après avoir écouté « Fimbu » ?
Le message principal de « Fimbu » est celui de la victoire et de la manière de célébrer une réussite. Il existe plusieurs façons de célébrer un succès, mais pour moi, l’une des plus belles reste la danse.
Quand la musique est bonne, même un enfant de trois ans peut bouger au rythme. L’essentiel est que ce que nous faisons en tant qu’adultes puisse aussi inspirer les plus jeunes. La danse et la musique deviennent alors un vecteur de joie et de partage.

Peut-on s’attendre à d’autres œuvres du même registre thématique ?
Absolument. Je me sens obligé de créer des œuvres capables de capter l’attention du plus grand nombre. Je pense déjà à d’autres chansons, en français, en anglais, et pourquoi pas un jour en chinois. C’est un rêve pour moi.
Ce que j’aime avec « Fimbu », c’est justement cette capacité à toucher le plus grand monde possible. C’est une voie que je souhaite continuer à explorer dans mes prochaines créations.
Enfin, que diriez-vous à ceux qui découvrent Félix Wazekwa à travers « Fimbu » ?
Je les invite à découvrir l’ensemble de ma discographie, à visiter ma chaîne YouTube officielle Félix Wazekwa, ainsi que mon compte TikTok avec la même appellation. Il y a de nombreuses œuvres qui pourraient les intéresser.
J’ai exploré plusieurs styles et réalisé beaucoup de choses avant et après « Fimbu ». Pour ceux qui me découvrent à travers cette chanson, il reste encore beaucoup à explorer et à apprécier dans mon travail. Merci.
CINARDO KIVUILA
CHADRACK MPERENG