Journaliste de formation, artiste voix off, maîtresse de cérémonie et coach rd-congolaise, Leonel Ngamuba Mayumbu incarne une nouvelle génération de professionnelles des médias en République Démocratique du Congo. À la croisée du journalisme, de la narration et de la scène, elle fait de sa voix un levier de crédibilité, de transmission et d’impact. Quotidiennement, elle avance et satisfait sa clientèle. Interview.
Vous cumulez les rôles de journaliste, coach voix off et maîtresse de cérémonie. Comment articulez-vous ces trois métiers sans diluer votre identité professionnelle ?
Au départ, ce n’était pas du tout évident. Puis, j’ai compris que ces différentes casquettes me permettaient justement de faire la différence. J’ai appris à les assumer pleinement, selon les contextes, afin de donner le meilleur de moi-même dans chaque domaine. Bien qu’il existe des différences notables entre ces métiers, je veille à rester professionnelle en respectant les règles et les exigences propres à chacun, en fonction des conditions.

Dans un paysage médiatique rd-congolais en mutation rapide, quelles compétences vocales et scéniques sont aujourd’hui indispensables pour une jeune journaliste qui veut se démarquer ?
Je dirais avant tout la narration professionnelle. Elle englobe l’ensemble des pratiques communicationnelles et permet d’exercer ce métier avec plus de rigueur. C’est elle qui aide à imposer sa voix de manière à la fois professionnelle et personnelle.
Le coaching voix off reste encore peu structuré en Rd-Congo. Comment contribuez-vous à professionnaliser ce secteur, notamment à Kinshasa ?
J’associe la créativité à la psychologie. Certes, il existe des règles bien définies en voix off, mais avec une touche personnelle et innovante, on peut rendre ce métier encore plus riche. La voix étant un instrument à part entière, ne pas en reconnaître les composantes – notamment celles liées à la prosodie – peut constituer un véritable frein.
C’est pourquoi je recommande toujours de commencer par une étude approfondie de sa propre voix.

Votre travail de maîtresse de cérémonie vous place souvent face à des publics très variés. En quoi cette expérience nourrit-elle votre pratique journalistique ?
Il s’agit ici de deux réalités complémentaires. Dans l’événementiel, le public est proche, ce qui facilite l’observation des expressions et des comportements. En journalisme, je me réfère souvent à ce que j’ai pu analyser sur scène. Cette expérience m’offre une compréhension plus fine des mécanismes de raisonnement humain et m’amène à exercer le métier avec une pleine conscience des réactions du public, en lien direct avec la pratique sémiotique.
La voix est un outil de crédibilité, mais aussi de pouvoir. Comment accompagnez-vous vos apprenants à maîtriser cet enjeu sans perdre leur authenticité ?
Je commence toujours par une étude vocale approfondie, une véritable consultation, afin d’identifier les différentes voix que la personne possède naturellement. Je laisse ensuite libre cours à la créativité, car la puissance de la voix off réside justement là. Ensemble, nous détectons les variations vocales existantes, puis je travaille l’ouverture d’esprit à travers des exercices ciblés, afin d’aider chacun à se découvrir davantage.

Être une jeune femme dans les médias et l’événementiel à Kinshasa comporte encore des défis spécifiques. Quels obstacles avez-vous dû surmonter et comment les transformez-vous en leviers ?
J’ai connu de nombreux obstacles, mais le plus important a été de surmonter la peur du jugement. J’ai compris que le monde attendait de moi bien plus que ce que je pouvais attendre de lui. Pour m’imposer, je n’avais pas besoin d’approbation. J’ai donc misé sur mes compétences, que j’ai continuellement perfectionnées, jusqu’à devenir une référence.
Avec l’essor du numérique, des podcasts et des contenus audio, quelles opportunités concrètes s’offrent aujourd’hui aux professionnels de la voix en Rd-Congo ?
Je vois surtout un immense espace de liberté. Le numérique offre la possibilité de s’exprimer directement, de valoriser la voix off et d’en expliquer l’importance et les avantages. Cela permet de développer ce domaine en profondeur et de l’ancrer durablement dans les esprits.
Quelle vision portez-vous pour les cinq prochaines années : vous voyez-vous davantage comme une voix médiatique, une formatrice de référence ou une figure hybride au carrefour des deux ?
Je le dis souvent : il restera de moi ce que j’ai donné. Passionnée par ce que je fais et par ce que je transmets au monde, j’aspire à devenir une référence, une marque, à la croisée de ces deux univers. Le monde est pour moi comme un miroir, et j’aimerais être le reflet de ce qu’il souhaite voir à travers Leonel.
Avec quel média travaillez-vous et quel est votre rôle ?
Je collabore avec plusieurs médias, où je mets à profit ma formation journalistique pour garantir la rigueur et la pertinence des contenus. Parallèlement, je suis reconnue comme une figure emblématique de la voix off à l’international, ce qui me permet d’apporter une dimension narrative et institutionnelle singulière aux projets audiovisuels et communicationnels. Mon rôle consiste à transformer l’information en une expérience vivante, mobilisatrice et crédible.