Architecture en RDC : L’accessibilité des personnes vivant avec handicap toujours reléguée au second plan

En République Démocratique du Congo, les autorisations de bâtir continuent d’être délivrées avec une facilité déconcertante par les circonscriptions et divisions urbaines relevant du ministère de l’Urbanisme et Habitat, en collaboration avec celui des Infrastructures et Travaux publics – ITP -. Pourtant, dans l’analyse et la validation des plans architecturaux soumis par l’État, les entreprises publiques et privées ou encore les promoteurs tiers, la prise en compte des normes d’accessibilité universelle demeure largement absente.

Rampes d’accès normalisées, ascenseurs adaptés, cheminements horizontaux sécurisés, sanitaires inclusifs, signalétique appropriée, largeurs réglementaires des portes et couloirs… Autant d’exigences pourtant fondamentales en matière d’architecture inclusive qui sont, soit ignorées, soit volontairement éludées par les services techniques habilités à instruire les dossiers de construction.

Dans les faits, très peu d’impétrants sont contraints de revoir ou d’ajuster leurs projets afin d’y intégrer les besoins spécifiques des personnes vivant avec handicap, une catégorie sociale pourtant juridiquement protégée. Pourquoi une telle négligence institutionnelle, alors même que le cadre légal existe bel et bien ?

Pour rappel, le décret n°24/26 du 25 mars 2024, signé par le Premier ministre honoraire et actuel Président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, fixe clairement les modalités pratiques d’accessibilité des personnes vivant avec handicap aux infrastructures, équipements publics et services sociaux de base sur l’ensemble du territoire national.

Malheureusement, de nombreuses infrastructures érigées depuis l’entrée en vigueur de ce texte — routes, bâtiments administratifs, immeubles résidentiels ou commerciaux — continuent d’être conçues selon des schémas architecturaux obsolètes, sans aucune approche d’urbanisme inclusif. Une réalité d’autant plus paradoxale que certaines infrastructures anciennes faisaient déjà mieux.

À titre illustratif, le stade des Martyrs de la Pentecôte, construit en 1994 dans le cadre de la coopération sino-congolaise, intégrait déjà des voies d’accès spécifiques, des sanitaires adaptés et des dispositifs facilitant la mobilité et le bien-être des personnes vivant avec différents types de handicap. Une preuve évidente que l’inclusion n’est pas une question d’époque, mais bien de volonté politique et administrative.

Interrogé sur l’avenue Huileries à Kinshasa, un citoyen vivant avec handicap physique s’interroge ouvertement : « La ministre des Personnes vivant avec handicap, Irène Esambo, qui avait initié cette démarche, doit-elle désormais courir derrière ses collègues pour l’application effective de ce décret ? Chaque autorité gouvernementale devrait pourtant jouer pleinement son rôle afin que la continuité de l’État soit une réalité et non un simple slogan ».

Poursuivant, il ajoute : « Nous exhortons Son Excellence Madame la Première ministre à veiller personnellement à l’entrée en vigueur effective de ce décret, qui nous permettra de vivre ensemble dans l’harmonie, la dignité et le respect mutuel. Cela constituera un acquis majeur à l’actif du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi. Nous demandons également aux présidents des deux chambres du Parlement de convoquer les ministres concernés afin qu’ils s’expliquent sur cette lenteur, doublée d’une indifférence manifeste ».

Sur le fond, le décret du 25 mars 2024 repose sur des principes cardinaux : égalité des chances, réadaptation fonctionnelle, protection sociale, promotion des droits et lutte contre toute forme de discrimination. Son article 12 prévoit même la création d’un Fonds national d’appui à l’accessibilité et à l’autonomisation des personnes vivant avec handicap, un mécanisme financier destiné à soutenir la mise en conformité des infrastructures.

Plus contraignant encore, l’article 13 est sans équivoque : « Un moratoire de trois ans, prenant cours à la date de la signature du présent décret, est accordé aux propriétaires d’immeubles publics ou ouverts au public ainsi qu’aux entreprises de médias pour rendre lesdits immeubles accessibles aux personnes vivant avec handicap. Tout contrevenant s’expose au paiement d’une indemnité compensatoire spéciale et au scellage de l’immeuble ».

La radio des jeunes du Pool Malebo 🇨🇩🇨🇬

Au-delà de l’accessibilité aux infrastructures modernes et de qualité, ce décret engage également une responsabilité transversale du Gouvernement, en identifiant clairement les ministères appelés à accompagner celui des Personnes vivant avec handicap dans la construction d’une société inclusive, moderne et équitable. Il s’agit notamment des ministères de l’Intérieur et Sécurité, de la Justice, des Infrastructures, de l’Urbanisme et Habitat, de l’Environnement, des Transports, de la Communication et Médias, du Tourisme, du Numérique, ainsi que du Budget et des Finances.

À l’évidence, l’accessibilité ne relève plus du discours, mais de l’action. L’architecture inclusive doit cesser d’être une option pour devenir une obligation républicaine.

DANNY KABANGA