Tourisme dans l’Est de la RDC : Des travailleuses du sexe rwandaises réclament le retour de la paix

Après plus d’une année de présence de l’armée rwandaise aux côtés de ses supplétifs de l’AFC/M23 dans la ville de Goma et dans plusieurs entités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, l’économie informelle transfrontalière accuse un sérieux ralentissement. Parmi les activités touchées : la prostitution, autrefois florissante entre Gisenyi, Goma et Bukavu.

Selon plusieurs abonnés d’Eventsrdc basés à Gisenyi, des travailleuses du sexe rwandaises, jadis très actives à Goma et Bukavu, se plaignent aujourd’hui d’une chute drastique de leur clientèle, aussi bien dans leur ville que dans l’actuelle Goma et Bukavu, sous contrôle du M23.

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« Depuis janvier 2025 jusqu’à ce jour, mes collègues et moi traversons une période financièrement difficile. Goma et Bukavu étaient pour nous des villes prospères, fréquentées par des Congolais et des touristes étrangers qui payaient sans marchander. Cela nous permettait de vivre décemment, de soutenir nos familles et d’épargner. L’arrivée du M23, de Corneille Nangaa et des militaires rwandais a brisé cet élan. Nous voulons la paix au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Que les militaires rwandais quittent ce pays hospitalier », confie l’une d’elles, sous anonymat.

Une autre renchérit : « Les clients rwandais ne paient pas bien. À Goma et à Bukavu, au-delà de l’argent, il y avait l’hospitalité congolaise. Je m’y sentais chez moi. Depuis plus d’un an, je n’y retourne plus, par crainte pour ma sécurité. Nous souhaitons que cette guerre cesse et que la paix revienne pour nous permettre de travailler sans peur ».

Interrogée sur d’éventuels liens entre certaines prostituées et les services de renseignement de Kigali, une interlocutrice répond : « Je ne travaille pour aucun service de renseignement. J’exerce seule. S’il existe des cas isolés, qu’elles abandonnent. Notre activité suffit pour vivre. Les Congolais sont nos frères et sœurs. Pourquoi contribuer à déstabiliser leur pays ? Nous sommes tous Africains ».

Plus critique, une autre estime que cette guerre « pénalise aussi les rwandais ordinaires ». Cette situation nuit aussi à notre propre survie. Beaucoup de Rwandais vivent indirectement de l’économie congolaise, notamment à travers les échanges avec le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Elle va jusqu’à appeler les touristes internationaux à vilipender la destination Rwanda, accusant le régime du président Paul Kagame de « fragiliser le tourisme congolais au détriment des populations qui vivent des échanges transfrontaliers ».

À travers ces témoignages recueillis à Gisenyi, une réalité se dessine : au-delà des enjeux militaires et géopolitiques, la crise sécuritaire à l’Est de la République Démocratique du Congo affecte profondément les économies locales et les moyens de subsistance, y compris ceux de citoyens rwandais dépendants des dynamiques commerciales et touristiques avec les Kivu.

Dans cette région historiquement interdépendante, le retour de la paix apparaît, plus que jamais, comme une nécessité partagée pour la stabilité, pour l’économie et pour la dignité des populations des deux rives.

DANNY KABANGA