Yan Mambo : « Fièrement Ndundu », 10 ans de combat pour la dignité des personnes atteintes d’albinisme

Professionnel de l’audiovisuel, de la communication et de l’événementiel, entrepreneur social et coordonnateur de l’ASBL Plus de couleurs, Yan Mambo s’est imposé au fil des années comme l’une des voix les plus engagées pour l’inclusion des personnes atteintes d’albinisme en République Démocratique du Congo. À l’approche de la célébration de la décennie du festival « Fièrement Ndundu », il revient sur le chemin parcouru, les défis rencontrés et les ambitions de la prochaine décennie.

Le 13 juin 2015, à l’occasion de la toute première Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme, vous fondiez l’ASBL « Plus de Couleurs ». Onze ans plus tard, quel regard portez-vous sur le parcours accompli et quel bilan en dressez-vous ?

Après toutes ces années, je suis fier de constater qu’il y a davantage d’inclusion dans la société. Aujourd’hui, le mariage entre personnes atteintes d’albinisme et personnes à forte mélanine n’est plus un tabou. Je suis également fier de rencontrer des albinos dans la rue qui marchent avec fierté.

De nos jours, avoir un ami albinos est devenu aussi normal, voire aussi « cool », que de posséder un iPhone 17. Mais il reste encore beaucoup à faire, notamment au niveau des infrastructures.

Votre association organise notamment le festival « Fièrement Ndundu », dédié à la valorisation des personnes atteintes d’albinisme. Comment est née l’idée de promouvoir les talents et les initiatives des personnes albinos en République démocratique du Congo et ailleurs ?

L’idée de créer le festival Fièrement Ndundu est née du mépris et du manque de considération dont les personnes atteintes d’albinisme font l’objet dans notre société. Il s’agissait aussi de créer des modèles sociaux pour ces parents qui pensent encore qu’avoir un enfant albinos est une aberration.

Notre objectif est de promouvoir la beauté, le talent ainsi que la dimension élitiste de la personne atteinte d’albinisme.

Combien d’éditions du festival avez-vous déjà organisées en dix ans ? Quelles sont les principales difficultés ou contraintes auxquelles vous avez été confronté au fil des années ?

En dix ans, nous avons organisé sept éditions. Les contraintes liées à la Covid-19 et la disparition de notre aîné nous ont empêchés d’organiser les autres. Nous devions rendre hommage à cette grande figure de notre combat, car, comme le dit l’adage : « On ne fait pas la fête quand ça brûle chez les voisins ».

En 2026, nous allons célébrer Fièrement Ndundu Décennie #F10. Notre plus grand regret reste toutefois le manque de sponsoring. La plupart des soutiens que nous avons reçus provenaient de personnes physiques et non du gouvernement ou des institutions. En revanche, la presse ne nous a jamais lâchés.


Que préparez-vous pour marquer les dix ans de « Fièrement Ndundu » ?

Fièrement Ndundu Décennie #F10 sera un hommage non seulement à notre combat, mais aussi aux grandes figures qui ont marqué cette lutte, ainsi qu’à la Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme promulguée par les Nations unies, qui nous rappelle que nous ne sommes pas des laissés-pour-compte.

Nous accueillerons des délégations venues de plusieurs pays d’Afrique et de la diaspora. Nous allons également décerner les Prix de la décennie :

Le Prix Mwimba Texas, qui récompensera les élites albinos ;

Le Prix Ilunga Police Belge, consacré aux personnes atteintes d’albinisme qui se sont dévouées à la cause ;

Le Prix Docteur Kabasele, dédié aux personnes non albinos ayant contribué à notre combat.

Vous êtes aujourd’hui une figure reconnue en République Démocratique du Congo et au sein de la diaspora pour votre engagement en faveur de la santé, de l’hygiène et de l’inclusion des personnes atteintes d’albinisme, ainsi que de toutes les personnes vivant avec handicap. Quelles sont vos priorités et vos perspectives pour les dix prochaines années ?

En dix ans, nous avons réussi à briser plusieurs préjugés liés à l’albinisme. Nous avons gagné le respect et renforcé notre fierté.

Pour cette deuxième décennie, nous voulons nous attaquer davantage à la question des infrastructures. Nous souhaitons notamment travailler sur le projet ALBISHOP, un shop officiel où les personnes atteintes d’albinisme pourront s’approvisionner en lotions de protection et bénéficier de consultations dermatologiques et ophtalmologiques. Malheureusement, le dernier régime n’avait pas pris ce projet au sérieux.

Nous voulons aussi mettre en place un meilleur suivi en milieu scolaire pour les élèves atteints d’albinisme.

Lors d’une rencontre populaire à Kinshasa avec le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, vous avez été cité et salué parmi les jeunes rd-congolais courageux et ambitieux. Quel message souhaitez-vous lui adresser à travers cette interview ?

Monsieur le Président,

C’est avec un grand honneur que j’ai reçu vos éloges à mon endroit. Avec tout le respect que je vous dois, je me permets de solliciter votre regard particulier sur le combat que mes compagnons et moi menons depuis une décennie.

Nous serions honorés de pouvoir vous rencontrer afin de vous présenter en détail l’idée de cette grande célébration, ainsi que les projets que nous portons pour la seconde décennie de notre engagement. Merci.

Certains estiment que la nomination d’une personne vivant avec handicap à un poste ministériel par le Président de la République devrait être perçue comme un motif de fierté nationale, plutôt que comme une source de divergences entre leaders. Quel regard portez-vous sur cette question ? Et quel conseil donneriez-vous à celles et ceux qui pensent que l’accession à une fonction ministérielle est la meilleure manière de servir la communauté ?

Nommer une personne vivant avec handicap à un poste ministériel n’est pas un problème. Le plus important reste d’avoir les compétences requises pour mériter le respect et contribuer réellement à l’avancement de la République.

La radio des jeunes du Pool Malebo 🇨🇩🇨🇬

À l’approche du dixième anniversaire de « Fièrement Ndundu », le 13 juin prochain, quel message adressez-vous au gouvernement, aux partenaires, aux mécènes, aux médias et à l’ensemble des parties prenantes susceptibles d’accompagner cette célébration ?

Pendant dix ans, nous nous sommes battus presque seuls pour donner vie au projet Fièrement Ndundu. Nous avons consenti d’énormes sacrifices.

Aujourd’hui, pour célébrer cette décennie, nous estimons que chaque Congolais devrait apporter sa contribution. J’invite le gouvernement congolais à s’impliquer afin que cet événement soit une réussite totale, car il en va de l’image du pays. L’écho de cette célébration dépasse déjà les frontières nationales.

En réussissant Fièrement Ndundu, nous pouvons faire de la RDC, le pays qui aura remporté le combat pour la promotion et la dignité des personnes atteintes d’albinisme.

CINARDO KIVUILA