Candidat à la présidence de la Fecofa, Véron Mosengo-Omba, ancien Secrétaire de la CAF, nourrit l’ambition de restructurer le football congolais, confronté à plusieurs défis existentiels.
Véron Mosengo-Omba est-il le profil idéal ? Cette question polarise l’attention et déchaîne les passions depuis la nuit du 21 avril. L’ancien Secrétaire Général de la CAF avait une aire détenue, en franchissant la porte du siège de la Fecofa pour déposer sa candidature. Son plan d’action se décline sur quatre principes : gouvernance, transparence, intégrité et responsabilité. « Nous avons quatre priorités : restaurer la bonne gouvernance et la crédibilité de notre Fecofa, stabiliser nos ligues, nos clubs et nos équipes nationales, investir dans la formation de la jeunesse. Parce que ce pays, c’est une terre de talent », a détaillé Véron Mosengo devant la presse.

Expertise internationale
Dans le milieu du football, Véron Mosengo n’est plus une figure à présenter. Le natif de Yolo, quartier populaire réputé pour ses nuits festives interminables, situé en plein cœur de Kinshasa, s’est forgé une réputation de technocrate. Durant trois décennies, il a évolué dans les grandes instances internationales de football : FIFA, UEFA et CAF. Il a, surtout, beaucoup évolué comme spécialiste de développement des associations membres et de gouvernance sportive avant de diriger l’administration du football africain entre 2021 et 2026.
Son passage est marqué par une augmentation de la cagnotte de la CAN. Elle est, d’abord, passée de 5 millions en 2021 à 7 millions en 2023 jusqu’à attendre 10 millions Usd en 2025. Une grande performance qui atteste un progrès notable dans la valorisation de la compétition phare du football africain. Et l’enveloppe globale de prime a aussi grimpé de 27 à 35 millions Usd. La CAN gagne en médiatisation, mais aussi attire des partenaires de haute facture. Bien plus, la CAF a réalisé 105 millions Usd de revenus durant la CAN 2023 et près de 196 millions Usd à l’édition 2025.
Blanchi par la justice suisse
Mais ses détracteurs l’accusent, à tort ou à raison, évoquant notamment des soupçons de corruption, de gestion déloyale et falsification sous mandat à la CAF. L’affaire avait fait grand bruit. En février 2024, Véron Mosengo a fait l’objet d’une enquête ouverte par le parquet de Fribourg, en Suisse. Elle a été déclenchée sur fonds de soupçons adressés par une banque au Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent (MROS). Cette instance a fait état de bonus excessifs perçus par l’ancien SG de la CAF, mais aussi des retraits en espèces de nature à compliquer la traçabilité des fonds. Des accusations rejetées par Véron Monsengo, qui s’était rendu à Fribourg, de son plein gré pour y être auditionné dans le cadre des enquêtes préliminaires, en novembre 2024.
Si la CAF avait, dans un communiqué, salué cette décision, la considérant comme un « témoignage de la transparence et des valeurs de bonne gouvernance instaurées depuis la présidence de Patrice Motsepe », elle a poussé un ouf de soulagement début 2025. En fait, Véron Monsengo a été blanchi par le parquet de Fribourg, qui a décidé d’abandonner les poursuites faute de preuves. Ce qui renforce sa crédibilité.

Le défi Fecofa
En quittant la CAF, Véron Mosengo veut se donner un nouveau défi : servir le football de son pays. Son parcours et son profil incarnent la maîtrise de standards internationaux, en matière de transparence de gestion financière et de développement stratégique. Sans doute, la course électorale s’annonce rude. Véron Mosengo doit faire face à huit challengers, dont un certain Shabani Nonda, ancien international congolais et capitaine des Léopards dans les années 2000, et Bosco Mwehu, jusque-là président de la Ligue national de football (LINAFOOT). Même s’il apparaît, pour plusieurs observateurs, comme le seul candidat avoir un CV costaud. Sa liste est constituée de grandes figures du football congolais comme Lolo Mosango, promoteur du centre de formation Bel’or.
Dans le gouffre. Tel est l’état actuel du football congolais. Un football malade, qui se meurt dans l’amateurisme absolu. Un championnat national pas à niveau, et qui peine à connaître un dénouement normal depuis la reprise post-Covid. Un manque criant d’infrastructures. Un football de jeunes et de femmes qui battent, encore, de l’aile. Une absence remarquable de formation. Une administration malade. Et, surtout, une Fecofa qui a une crédibilité à retrouver après l’ère Omari.
Si la qualification historique des Léopards à la Coupe apparaît comme l’arbre, qui cache la forêt, elle peut aussi être le point de départ pour construire et permettre à la RDC de retrouver sa place de grandes nations de football. Aujourd’hui, la Fecofa a, plus que jamais, besoin de la bonne gouvernance et d’un dirigeant, qui a une grande maîtrise de rouages football sur le plan national et, surtout, un international. Fort de son expérience internationale, Véron Monsengo va-t-il convaincre les soixante-huit électeurs attendus pour ce scrutin ? L’élection est prévue le 20 mai prochain.
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Edito de TRÉSOR MUTOMBO, analyste sportif