Bénie Bingweli Koy à Viva Tech : « Les femmes congolaises doivent devenir des créatrices de technologies »

Invitée comme panéliste à la 10ᵉ édition de VivaTech à Paris, la rd-congolaise Bénie Bingweli Koy revient sur son engagement en faveur de l’inclusion des femmes dans les métiers du numérique et des sciences. Cofondatrice de Women in Tech RDC, elle plaide pour une implication accrue des jeunes filles dans l’innovation technologique afin que la République Démocratique du Congo, riche en minerais stratégiques, devienne aussi un acteur de la création technologique mondiale.

Vous avez participé à la 10ᵉ édition de Viva Tech à Paris. Que représente cela pour vous ?

C’était ma première participation à Viva Tech en tant que speaker. J’avais déjà assisté à plusieurs éditions en qualité de participante, mais cette fois-ci, j’ai été invitée à intervenir comme panéliste.

J’ai été contactée par Publicis, partenaire de Viva Tech, dans le cadre de l’Africa Tech. Les organisateurs recherchaient des femmes africaines évoluant dans le secteur technologique afin de représenter leurs pays. J’ai accepté cette invitation, d’autant plus que j’étais déjà à Paris après un séjour à Brazzaville.

Je n’avais pas prévu de participer à cette édition, mais cette opportunité m’a permis de porter la voix de la République Démocratique du Congo. J’ai également eu la responsabilité de concevoir le panel, de définir son thème et d’inviter des intervenants provenant notamment du Sénégal et de la Tunisie.

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Présentez-nous Women in Tech ?

Women in Tech est une organisation non gouvernementale internationale dont le siège mondial est basé à Paris. Le mouvement existe depuis près de dix ans et part d’un constat simple : les femmes restent sous-représentées dans les métiers des STEM, c’est-à-dire les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques.

Sa fondatrice, Ayumi Moore Aoki, a créé cette initiative à partir de sa propre expérience dans le secteur technologique afin de promouvoir davantage d’inclusion, de diversité et d’équité.

L’organisation est apolitique, gratuite et ouverte à tous. Son objectif est d’encourager les femmes à ne pas être uniquement des consommatrices de technologies, mais également des créatrices.

Pour cela, nous menons des campagnes de sensibilisation dans les écoles, collèges et lycées, organisons des formations, accompagnons les entrepreneures et facilitons l’accès à un vaste réseau international présent dans près de 80 pays.

En RDC, nous disposons d’un chapitre national dont je suis cofondatrice. En Afrique, Women in Tech est déjà implantée dans une dizaine de pays et organise régulièrement des rencontres régionales et internationales. Nous revenons notamment du Global Summit organisé au Cap, en Afrique du Sud, et préparons le prochain Sommet Afrique qui se tiendra à l’île Maurice.

Nous collaborons également avec plusieurs organisations internationales comme l’UNESCO et participons à des événements majeurs tels que le Forum économique mondial de Davos ou Viva Tech afin de porter la voix des acteurs locaux sur les grandes scènes internationales.

Vous développez également des projets d’initiation aux nouvelles technologies dès le plus jeune âge. En quoi consistent-ils ?

Cela fait partie de notre stratégie en RDC. Notre pays compte plus de 110 millions d’habitants répartis dans 26 provinces. Le gouvernement ne peut pas tout faire seul. Des organisations comme la nôtre ont aussi un rôle à jouer.

Nous avons donc mis en place des programmes destinés à accompagner les jeunes filles et à les initier très tôt aux métiers de la technologie. Nos actions sont actuellement concentrées à Kinshasa, mais nous prévoyons de les étendre à Lubumbashi, Kisangani, Matadi et dans d’autres provinces.

Notre objectif est de sensibiliser les jeunes filles aux opportunités offertes par les métiers scientifiques et technologiques.

Lors de mon intervention à Viva Tech, j’ai rappelé que la RDC occupe une place stratégique dans la chaîne de valeur mondiale de l’intelligence artificielle. Les minerais indispensables aux technologies modernes, comme le cobalt, le coltan ou encore le lithium, proviennent en grande partie de notre pays.

Les congolaises doivent comprendre que ces ressources viennent de chez elles et qu’elles doivent être pleinement actrices de cette révolution technologique. Nous travaillons ainsi à rapprocher l’industrie minière et l’industrie technologique afin de montrer qu’elles appartiennent à une même chaîne de valeur.

Nous développons également plusieurs programmes de formation afin d’offrir aux jeunes filles un accès aux opportunités internationales.

La radio des jeunes du Pool Malebo 🇨🇩🇨🇬

Quel message adressez-vous aux parents ayant des enfants filles dans leurs foyers ?

Je suis moi-même le produit d’une éducation qui encourageait les sciences. Mon père, ingénieur de formation, nous a très tôt poussés vers les disciplines scientifiques. Même si je n’ai pas suivi des études de médecine, cette culture scientifique m’a permis d’évoluer aujourd’hui dans le secteur technologique.

J’encourage tous les parents à soutenir leurs filles lorsqu’elles manifestent un intérêt pour les sciences, les mathématiques, la physique ou la technologie. Les métiers de demain seront profondément liés au numérique et aucun secteur ne pourra s’en passer.

Aux parents qui hésitent encore, je voudrais dire qu’une nation ne se construit pas uniquement avec les hommes. Les femmes ont toute leur place dans les sciences et disposent des mêmes capacités intellectuelles. Si une jeune fille montre des aptitudes dans ces domaines, il faut l’encourager et lui permettre de réaliser son potentiel.

Enfin, la RDC ne doit pas rester seulement un fournisseur de matières premières indispensables aux nouvelles technologies. Notre ambition doit être de devenir également un pays créateur de technologies. C’est cette transformation que nous voulons accompagner en encourageant les jeunes filles à investir pleinement les métiers du numérique et de l’innovation.

CINARDO KIVUILA