Au sanctuaire des Bonobos situé au sud de Kinshasa dans la commune de Mont-Ngafula, la minutie convoque la survie des primates orphelins. Ici, le cousin le plus proche de l’homme est comme un rat dans la paille, soigné par des mères de substitution dans la nurserie. L’amour et le soin se conjuguent alors que l’espoir strident agit comme une lumière.
Lola ya Bonobo reflète à travers son calme olympien et sa verdure ondoyante un symbole fort de préservation. Le lieu invite dans un voyage au cœur du devoir vital chargé de responsabilités. Indémodable contemplation ! L’instant nourrit l’essence d’un trésor de la forêt congolaise alors que la passion devient débordante lorsqu’on y foule les pieds. Le charme singulier se dévoile derrière un soleil de plomb qui commence à poindre. Une liturgie d’émotions se révèle depuis 32 ans dans les regards écarquillés des visiteurs. Dans une nature soignée, la musique du vent caresse la majesté du paysage. Entre mille instants, le temps suspendu nourrit l’âme.

Apres le déjeuner, place à la visite qui est loin d’être une simple promenade. L’indicible magnificence harmonise avec le sauvage. Le design épuré des couleurs dialogue quant à lui avec l’histoire. Le flair tenace s’accentue pendant qu’un tourbillon de sourires pavoise les expressions. Anjie se recroqueville dans les épaules de sa mère de substitution dans la nurserie. Bandundu est quant à lui biberonné. Ils communiquent dans leur posture pacifique. Le vertige de l’amour ne rétrécit comme un écrin précieux valorisant les alliances. Dans cette vie de famille, on longe cet admirable lien fusionnel.
À trois mètres de là, un autre groupe de Bonobos s’épanouit sous le houppier des bambous en se nourrissant des choux. L’hospitalité est présente derrière leur enclos le temps qu’on échange un signe de la main avec Sanza, babines retroussées et sourire presque sacré. Il aura mis des mois pour oublier son traumatisme causé par le cruel braconnage dont ont été victimes ses parents. Espiègle et courageux, il apprend déjà à être grand et profite de son intégration.
Réserve de 30 hectares dédiée à la conservation et à la protection des Bonobos, Lola ya Bonobo est un véritable havre de paix qui attire plusieurs visiteurs. À 20 Km des ardeurs enivrantes de la bouillonnante Kinshasa, le sanctuaire vous offre une atmosphère douce et hospitalière. Des salutations devant chaque personne qu’on rencontre retombent en giboulées. Telle est l’image de ce site créé en 1994 dont l’aura demeure la croupière qui maintient le harnais de l’espoir de chaque Bonobo. Il porte le flambeau de l’espoir en tant que référence de refuge animalier.

Entre écotourisme et protection de la biodiversité
La question de la protection de la biodiversité s’inscrit dans un cadre légal en République Démocratique du Congo, fixant les règles générales de protection de la faune et plaçant le Bonobo sur la liste des espèces animales protégées. Aux cotés de cette nécessité, une sensibilisation accrue à l’écotourisme.
Sur la rive gauche du lac artificiel de Lola ya Bonobo, un groupe d’écoliers a les étoiles plein les yeux. Instituteurs et guide les sensibilisent au respect animal. Cette expérience à Lola ya Bonobo libère leur sourire et ce calme attendrissant du parc devient un voyage dans l’attractivité. La lumière verdoyante du lieu caresse l’impact de la beauté. La musique du vent résonne massivement et les plantes sensitives dansent dans la plus grande plénitude.
Du mardi au dimanche, Lola ya Bonobo reçoit la visite de plusieurs touristes accompagnés par un guide. Depuis sa création en 1994 par Claudine André, le sanctuaire n’a pas changé son fusil d’épaule : celui de redonner vie aux bébés Bonobos en proie au braconnage, ensuite les réintroduire dans une réserve naturelle. Depuis Mikeno, premier Bonobo à être réhabilité, Lola ya Bonobo construit depuis un esprit écotouristique dans le chef des visiteurs les encourageant à protéger la biodiversité et accepter l’altérité animale.
Dans un monde marqué par la cruauté du braconnage et de la déforestation, protéger le Bonobo, espèce en voie d’extinction impose un combat, mais surtout une responsabilité humaine fondée sur des valeurs durables.

Une passion débordante
À bord de son canot, Stanis pagaie en approchant la berge. Il ravitaille en aliments les Bonobos. Impatience collective et plaisir de partager. Pour ce quatrième et dernier repas de la journée, ils sont nourris aux bananes avant d’aller se coucher dans leurs dortoirs. Dans ce partage des ressources, la femelle dominante s’impose, fait plier les mâles et se sert en premier. Depuis plus de 10 ans, Stanis est soigneur et conservateur à Lola ya Bonobo et se passionne à nourrir ces primates orphelins. « C’est une passion pour moi de nourrir les Bonobos. Ce travail de tous les jours me donne plus de motivation à prendre soin de ce plus proche cousin de l’homme. J’en suis dévoué« , souligne-t-il.
L’insaisissable volonté à protéger cette espèce endémique de la République Démocratique du Congo capte l’absolu de l’enthousiasme. Le sanctuaire revendique être un centre de réhabilitation par excellence en faveur des Bonobos à l’heure où le nombre de ces primates a sensiblement baissé à près de 20 000 aujourd’hui contre 100 000 en 1980.
Dans la nurserie, la même passion des mères de substitution se dégage comme une boule d’énergie. Elles donnent des ailes aux rêves de chaque Bonobo qu’elles soignent. Cette prise en charge maternelle porte bien une symbolique de survie et de transmission. « Ils ont besoin d’un épanouissement de 5 ans pour oublier le traumatisme« , révèle Micheline Nzonzi, soignante et mère de substitution.
Derrière cette passion contagieuse chevillée au corps, l’éducation à la conservation occupe une place prépondérante à Lola Ya Bonobo. Les visiteurs sont sensibilisés dans la paillote éducative avant d’entamer la visite. D’où la devise : « La conservation commence par l’éducation« .
« On reçoit les visiteurs afin de leur expliquer pendant 10 minutes, ensuite on les fait visiter les Bonobos« , explique Blaise Mbwaki, chargé de l’éducation des Bonobos à Lola ya Bonobo.

Véritable lieu de mémoire
Le temps onctueux comme une soupe andalouse réchauffe ce paysage verdoyant. Le crépuscule encense l’ambiance téméraire d’un voyage inoubliable. Alors que la verve naturelle, gonflée à bloc, raconte son hommage à la préservation de la biodiversité. Les chants des oiseaux résonnent comme une ode à l’humanité pendant que les Bonobos rejoignent leurs dortoirs.
Dans la norme et dans l’élégance, le respect trouve une place de choix dans ce lieu de mémoire. Chaque Bonobo a un nom symbolique tiré de sa ville de provenance. La représentation esthétique à travers des photos présentées épure le cadre. L’aménagement de cet espace commémoratif explique dans le regard de chaque Bonobo le dénuement affectif de l’humanité. Elles deviennent une créativité sauvage, elles sculptent mille expressions traumatiques de ce proche cousin de l’homme, mais réveillent surtout l’élan d’espoir et de protection animalière.
Ces images, bien que traçant une route vers une nouvelle vie des Bonobos, captent l’essence de la nature, stimulent la mémoire et dépassent le simple cadre visuel. « On leur donne des noms de leurs villages de provenance, question de récupérer leurs origines. Chaque Bonobo a son histoire. Ces photos sont une manière pour nous de rendre hommage à cette espèce endémique de la RDC, préserver la mémoire animale et honorer ce lien affectif« , souligne Suzy Kwetuenda, biologiste et chercheuse à Lola ya Bonobo.

Une nouvelle vie après la réhabilitation
Portée par sa mission de préserver la biodiversité, l’ASBL Les Amis des Bonobos du Congo travaille d’arrache-pied pour la réintégration progressive des Bonobos dans la nature après leur réhabilitation. C’est dans ce cadre qu’elle implique les communautés locales des réserves communautaires.
Affûtée dans sa vision de développement durable, l’ASBL Les Amis des Bonobos du Congo a déjà réussi à réintroduire une quarantaine de Bonobos dans la forêt tropicale Ekolo ya Bonobo située dans le territoire de Basankusu, province de l’Equateur. Cette réserve de 50 000 hectares demeure un lieu idéal où les Bonobos sont relâchés afin de commencer une nouvelle vie.
Ces efforts à réintroduire les Bonobos dans la nature sont le fruit d’une résilience accrue des membres de l’association mais aussi de l’implication des partenaires communautaires.
Plus proche parent de l’homme à 98,8%, le Bonobo est en proie au braconnage, à la déforestation et aux maladies. Le trafic et la possession illégale des bonobos sont condamnés par la loi congolaise. Il est donc impératif de protéger cette espèce endémique de la Rd-Congo classée “En danger » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature. Ce qui valorisera une nature vivante et participera au développement du tourisme durable.
CHADRACK MPERENG