Koffi Olomidé et le rêve américain : Les secrets et les pièges du rachat d’un catalogue de légende !

Le Grand Mopao voit grand, très grand. Annoncer le chiffre étourdissant de 816 chansons (sous réserve de certification) composées et revendiquer des pourparlers avancés avec un label américain pour céder son répertoire est coup de marketing : l’annonce de Koffi Olomidé a l’effet d’une onde de choc. À l’heure où les fonds d’investissement s’arrachent les catalogues des légendes du rock ou de la pop anglo-saxonne -de Bob Dylan à Bruce Springsteen-, la rumba rd-congolaise entrera à son tour dans l’arène de la haute finance internationale.

Mais entre la promesse d’un pactole pharaonique et la réalité des contrats, le chemin s’apparente à un parcours d’obstacles juridique. Car dans l’industrie musicale, posséder le génie de la composition ne signifie pas toujours détenir les clés du coffre.

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Le vertige des 816 œuvres

Annoncer un tel volume donne le tournis aux auditeurs, mais donne surtout des sueurs froides aux auditeurs financiers (due diligence). Un catalogue d’une telle envergure n’est jamais un bloc monolithique.

Dans l’univers de Koffi Olomidé, la création est une œuvre collective. Derrière chaque tube de la période dorée de Quartier Latin International se cachent des co-compositeurs, des interprètes (Suzuki, Sam Tshintu, Bouro Mpela, Fally ipupa, Cindy LeCoeur…) des arrangeurs de génie et des paroliers dont les participations doivent être minutieusement passées au crible.

À cela s’ajoute la dichotomie implacable entre les droits d’auteur (la composition et les paroles) et les droits voisins (les enregistrements originaux, les fameux masters). Les musiciens de studio et les producteurs d’époque qui ont façonné le son Tchatcho du “Quadra Koraman” ont-ils tous signé des cessions irréprochables ? Rien n’est moins sûr dans l’écosystème informel de l’industrie de la rumba zaïro-congolaise.

Le choc des cultures juridiques

C’est ici que le bât blesse dans le mariage entre une icône de Kinshasa et un label d’outre-Atlantique. Les acheteurs américains débarquent avec la rigueur froide de Wall Street : ils exigent des flux de revenus mondiaux traçables à la virgule près, des garanties de titularité absolue et une absence totale de passifs cachés.

Or, l’histoire de la musique africaine s’est aussi écrite sur le terrain de l’informel, des accords verbaux et des cessions de l’ère des cassettes et des CD. Réconcilier la flexibilité des pratiques historiques de la rumba avec le formalisme intransigeant d’une major américaine relève de l’exploit chirurgical.

Quand l’artiste n’a plus le dernier mot

C’est sans doute le piège le plus insidieux des grands rachats de catalogues. Même au sommet de sa gloire, un artiste ne maîtrise pas toujours l’intégralité de son passé contractuel. Tout au long d’une carrière décennale jalonnée de multiples collaborations avec différents labels en Europe et en Afrique, des droits ont pu être cédés en exclusivité, des catalogues partagés ou des redevances gagées.

Si un producteur historique par exemple Sonodisc (racheté par Karakos Productions & Publishing) ou un éditeur tiers refuse de céder ses parts, ou fait valoir un droit de préemption, l’opération tout entière peut vaciller. Un label US ne signera jamais un chèque à neuf chiffres sans la certitude absolue d’acheter une pleine propriété, et non un puzzle juridique miné par des oppositions d’ayants droit.

Si ces droits ont été fragmentés, cédés dans le cadre des liquidations, ou s’ils font l’objet d’exploitations numériques gérées par les ayants droit actuels du catalogue Sonodisc, la transaction se transforme en négociation triangulaire. Le label acheteur exigera une clarification des masters, ce qui oblige à négocier avec les entités qui détiennent ou administrent l’héritage de ce producteur historique.

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Une révolution en marche

En ouvrant les pourparlers avec les États-Unis d’Amérique, Koffi Olomidé ne fait pas seulement un coup médiatique : il pose un jalon historique pour la valorisation du patrimoine musical africain. Il rappelle au monde que les trésors de Kinshasa valent autant que ceux de Nashville ou de Londres.

Le succès de cette transaction ne se jouera pas sur les scènes des plus grands zéniths, mais dans les cabinets d’avocats spécialisés en propriété intellectuelle ou en finance musicale, là où se mesurent, note après note, les droits d’une légende. Le chemin reste long alors très très long pour finaliser une telle démarche.

En finance musicale, on ne valorise pas un catalogue selon le nombre de chansons, mais selon sa NPS (Net Publisher Share), c’est-à-dire le revenu net annuel généré par les redevances (streaming, droits d’exécution publique, synchronisation, ventes physiques) après déduction des frais de gestion.

Ainsi, si une transaction venait à se concrétiser, elle se situerait vraisemblablement dans une fourchette de 10 à 15 millions USD maximum, sous réserve absolue qu’un audit rigoureux vienne « nettoyer » la chaîne des titres et racheter les droits voisins dormants auprès des anciens producteurs.

Maître MUABILA Glody (ADACO) pour Eventsrdc.com