L’arrestation d’Ange Gahiga, le 20 juillet 2026 à Brazzaville, remet sur la table un dossier suivi depuis plusieurs mois par les autorités de la République démocratique du Congo. Kinshasa, qui la soupçonne notamment d’espionnage, veut désormais obtenir son extradition vers la capitale congolaise.
Recherchée par les autorités congolaises depuis l’année dernière, Ange Gahiga a été interpellée dans la capitale de la République du Congo à la suite d’une demande venue de Kinshasa. Son éventuel transfert vers la RDC reste toutefois soumis à une procédure judiciaire dont l’issue n’est pas encore connue.
L’affaire trouve son origine dans les interpellations opérées dans la nuit du 24 au 25 février 2025 en RDC. La nommée Gahiga avait alors été arrêtée en même temps que plusieurs autres personnes dans le cadre d’investigations menées par les services congolais.

Au cours de cette opération, plusieurs téléphones avaient été saisis, notamment ceux de personnes présentées comme proches du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). L’exploitation de ces appareils aurait permis aux enquêteurs d’identifier différents échanges et contacts jugés pertinents pour la suite des investigations.
Claude Mashala figurait également parmi les personnes interpellées dans le cadre de ce dossier. Les autorités auraient depuis poursuivi l’analyse des communications et des relations présumées entre les différents protagonistes.
L’arrestation d’Ange Gahiga à Brazzaville ouvre désormais un nouveau volet. Kinshasa souhaite son transfert, mais une éventuelle extradition devra respecter les procédures en vigueur en République du Congo. Sa situation administrative, notamment sa double nationalité congolaise et rwandaise, pourrait également entrer en ligne de compte dans l’examen du dossier.
L’affaire est d’autant plus sensible qu’Ange Gahiga avait déjà fait l’objet de poursuites pour espionnage dans une précédente procédure avant d’être acquittée. Les nouvelles accusations portées contre elle devront donc être examinées à la lumière des éléments que les autorités congolaises affirment avoir recueillis depuis.
Les investigations porteraient notamment sur ses déplacements, ses communications ainsi que sur d’éventuelles relations avec des personnes ou des réseaux liés au Rwanda. Un volet du dossier concerne également de possibles connexions avec l’AFC/M23, mouvement armé actif dans l’est de la RDC.

La présence, dans l’enquête, de personnes présentées comme membres ou proches du PPRD donne aussi à l’affaire une dimension politique particulière. Dans un contexte marqué par les tensions entre Kinshasa et Kigali et par les accusations visant certains acteurs politiques congolais au sujet de leurs liens présumés avec l’AFC/M23, les conclusions de l’enquête seront particulièrement scrutées.
À ce stade, aucune extradition n’est encore acquise. La suite dépendra de la réponse des autorités de Brazzaville à la demande de Kinshasa et des garanties juridiques entourant une éventuelle remise d’Ange Gahiga à la justice congolaise.
Son arrestation pourrait néanmoins permettre aux enquêteurs de relancer un dossier dans lequel plusieurs zones d’ombre subsistent encore, entre soupçons d’espionnage, exploitation de communications téléphoniques, rivalités politiques et accusations de connexions avec l’AFC/M23.
MYRIAM NZEKE