Politique nationale, statut de l’artiste, diplomatie du soft power et restitution du patrimoine : la ministre rd-congolaise de la Culture, Arts et Patrimoine, Yolande Elebe Ma Ndembo dresse le bilan d’un an d’actions au gouvernement Suminwa II pour professionnaliser le secteur créatif rd-congolais. (Interview)
Quelle est la place de la culture dans le développement de la RDC ?
La culture constitue le socle, les racines et l’identité d’un peuple. En RDC, elle permet aux citoyens de s’identifier comme congolais. Cette identité doit toutefois être structurée et développée, ce qui constitue la mission première de notre ministère.

Après un an de gestion dans le gouvernement Suminwa II, quelles sont vos principales réalisations ?
Nous avons franchi un cap historique en adoptant la première politique culturelle nationale de la RDC, accompagnée du statut de l’artiste. Nous travaillons désormais à leur mise en œuvre.
Sur le plan social, l’identification des artistes est en cours pour cartographier l’écosystème. Côté patrimoine, des arrêtés ont été pris pour la protection du tissu Kuba et la création du Centre national du cinéma.
À l’international, nous relançons le CICIBA, avons présenté notre politique à Mondiacult et déployons une véritable diplomatie culturelle. Enfin, la planification des maisons de la culture est finalisée en vue de leur déploiement.
Comment valoriser la diversité culturelle congolaise sans fragiliser l’unité nationale ?
La RDC compte environ 450 tribus et une multitude d’expressions culturelles. Cette diversité est une force : notre objectif est de promouvoir chaque expression tout en renforçant la cohésion nationale. La culture est le ciment de notre destin commun.

Quelle place accordez-vous à la rumba congolaise ?
La musique est centrale dans notre culture. Cette année, nous avons inauguré le Musée de la Rumba dans l’ancienne demeure de Papa Wemba. Une commission dédiée travaille également à la préservation de ce patrimoine, collectant des objets emblématiques avec le concours direct des artistes.
Quelles actions menez-vous pour les autres disciplines, comme les arts plastiques ?
Nous œuvrons à offrir une vitrine internationale aux plasticiens congolais et d’autres artistes. La RDC est présente à la Biennale de Venise via son propre pavillon et participera à la Biennale de Dakar en tant que pays d’honneur. Ces invitations témoignent du rayonnement de notre art et s’inscrivent dans la stratégie de soft power voulue par le Chef de l’État.

Où en est le processus de restitution des œuvres et des restes humains conservés à l’étranger ?
Une commission ministérielle et une structure interministérielle gèrent ce dossier stratégique. L’Université de Genève a déjà accepté de restituer sept crânes de la communauté Butsi, et nous préparons les lieux de mémoire pour les accueillir. Concernant la Belgique, une demande officielle a été transmise par notre Première ministre ; les discussions juridiques et techniques sont en cours.
Comment transformer la culture en un secteur économique rentable ?
La structuration était le préalable indispensable. Pour créer une économie de la culture, il faut sortir de l’informel par la formation, la professionnalisation et la sécurisation des investissements. La politique culturelle pose le cadre pour ouvrir nos créateurs aux marchés.

Les artistes rd-congolais peinent à vivre de leur art. Que faites-vous de concret ?
Seule une minorité parvient à en vivre. C’est pourquoi nous misons sur le développement des industries culturelles et créatives. Il faut permettre aux artistes de transformer leur création en activité économique pérenne. Notre pays figure parmi les plus créatifs au monde : son potentiel économique culturel doit être à cette hauteur.
Où en est la réforme du système de gestion des droits d’auteur ?
La loi actuelle datant de 1986, elle est inadaptée à l’ère numérique. Un projet de nouvelle loi a été élaboré par une commission dédiée, puis validé au regard des standards internationaux avec l’appui de la CISAC et de l’OMPI. Le texte est prêt et s’apprête à entrer dans le circuit parlementaire pour transformer en profondeur la protection des artistes.
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