« Kaokoko Korobo » : Prisca Tankwey ressuscite la mémoire de Papa Wemba

Dans le détail et avec une rigueur d’imagination, l’artiste visuelle Prisca Tankwey entretient le devoir de mémoire à travers « Kaokoko Korobo », une installation lumineuse en vitrail qui ressuscite Papa Wemba, figure tutélaire de la rumba rock.

À l’image de sa muse Yayoi Kusama, Prisca Tankwey nourrit une faim créative insatiable. Elle porte dans sa démarche de réactivation un souffle qui dépasse le cadre artistique et des gestes ancrés dans les tréfonds de notre identité. Une contemporaineté qui ne se rabourgit pas et réveille les limbes de l’histoire à travers une diversité de médiums. Dans le cœur de l’histoire, le lien entre les conflits post-coloniaux, le contrôle des territoires et la représentation des corps est tenu.

Dan cette construction historique, Prisca Tankwey convoque surtout l’héritage d’un personnage mythique : Papa Wemba. Au-delà de la symbolique artistique, elle relève une puissance méthodique dans une œuvre aux multiples fragments inspirée du Roi de la Rumba et de son Village Molokai.

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Une oeuvre d’une sérénité majesteuse

Prisca Tankwey conçoit son installation artistique en technique mixte. À travers des plexiglas et le motif Village Molokai de Vlisco, elle a réussi à explorer la dimension esthétique et fascinante de son processus créatif. D’un symbole fort de préservation mémorielle est née une installation sculpturale qui parle à notre communauté.

L’œuvre traduit une sérénité majesteuse, inspire par la profondeur de sa musicalité et donne une valeur remarquable par sa présence plastique. Le ton est rythmé par l’harmonie de couleurs au motif floral qui rappelle la beauté de la nature. Cette mosaïque transperce l’esprit par son affirmation technique. L’artiste se révèle être une passeuse de mémoire et porte en sautoir l’héritage par une œuvre d’appel, de réflexion, de pouvoir, de spiritualité et d’identité collective.

Une synesthésie artistique

Magnétique et placide, Prisca Tankwey est une artiste visuelle qui entend les couleurs. Elle en crée une conjugaison suave et se complaît dans ses valeurs actuelles. Rien d’anodin, parce qu’elle trouve dans la musique et dans l’art visuel une sacrée similitude qui mérite d’être soulignée : comme un ton de couleur en sept nuances, une gamme musicale désigne également une suite de sept notes. Elle-même s’essaie souvent à gratter aux riffs de guitare.

Dans cette synesthésie artistique, l’artiste dont le nom fait référence au pouvoir attribué aux ancêtres du village est inspirée par Papa Wemba, grande figure de la chanson rd-congolaise et roi de la Sape. Ce dernier etait d’ailleurs peintre du dimanche. À l’image de ce personnage charismatique, Prisca Tankwey, à travers son œuvre, rallume non seulement la flamme d’une idéologie, mais de toute une culture.

Cette œuvre qui, dans le cadre de la campagne pour les 180 ans de la marque Vlisco, est portée par une puissance mémorielle, rallume la flamme de l’honneur et de l’héritage. Une meilleure façon de réinventer nos icônes.

CHADRACK MPERENG