Le footballeur rd-congolais Héritier Luvumbu, 32 ans, réclame actuellement ses arriérés à l’AS V.Club, pour un montant total dépassant les 60.000 USD.
Mais selon le club moscovite, son salaire devait plutôt être pris en charge par la Présidence de la République et non par V.Club. Le différend trouve son origine dans les conditions particulières ayant entouré son retour en RDC après son départ du Rwanda. Le récit.

En février 2024, Héritier Luvumbu Nzinga évolue encore au Rayon Sports lorsqu’une célébration après un but change brutalement la suite de son parcours. Main devant la bouche, doigts pointés vers la tempe, l’international congolais pose un geste destiné à attirer l’attention sur les violences dans l’Est de la RDC. Quelques jours plus tard, son aventure avec le club rwandais prend fin. Son retour en République démocratique du Congo dépasse alors rapidement le simple cadre sportif.
À Kinshasa, le dossier du joueur arrive jusqu’aux autorités. Selon une source interne à l’AS V.Club citée par Opinion-Info.cd, dont les propos ont été confirmés à Eventsrdc.com par la direction de la communication des Dauphins Noirs de Kinshasa, Luvumbu est reçu par le ministre des Sports de l’époque, François Kabulo Mwana Kabulo. Amadou Diaby, alors président de coordination de V.Club, est également impliqué dans les discussions autour de son avenir.

C’est à ce moment que l’ancien Léopard retrouve le club vert et noir. Sur le papier, le joueur signe avec les Moscovites le 1er juillet 2024 pour deux saisons. Son contrat prévoit un salaire mensuel de 5.000 USD et une prime de signature de 15.000 USD.
Mais selon la version livrée aujourd’hui par la source interne du club, le montage financier ne repose pas réellement sur les caisses de V.Club. « V.Club est allé voir le ministre à son bureau. Il fallait lui accorder un contrat dont le salaire devait être pris en charge par la Présidence », affirme-t-elle.
Autrement dit, V.Club accueille officiellement le joueur et lui fait signer un contrat, mais, selon cette source, la prise en charge financière de son salaire relève de la Présidence de la République. Au début de cette collaboration, Amadou Diaby entreprend des démarches et une enveloppe provenant de la Présidence est mise à disposition afin d’assurer la rémunération de Luvumbu. Pendant un temps, le mécanisme fonctionne. Puis la situation change.

En avril 2025, Amadou Diaby quitte la présidence de V.Club. Après son départ, les fonds destinés à Luvumbu ne parviennent plus au club. La formation kinoise se retrouve alors avec un joueur contractuellement lié à V.Club, mais sans la prise en charge financière qui, selon sa version, accompagnait son recrutement.
Quelque temps plus tard, Flory Mapamboli prend les commandes du club et continue à payer Luvumbu sur les ressources de V.Club. « Quand Amadou démissionne, la Présidence n’a plus envoyé d’enveloppe. Mais Flory a continué à payer Luvumbu pendant plusieurs mois », affirme la source, qui précise que quatre mois de salaire ont ainsi été pris en charge.
Les difficultés financières finissent néanmoins par rattraper le dossier. Les rémunérations ne suivent plus régulièrement et Luvumbu décide de se tourner vers les autorités.

En janvier 2026, sa situation salariale est déjà portée sur la place publique. Le joueur entreprend également des démarches auprès du ministère des Sports et Loisirs pour exposer ses difficultés financières. Une somme d’argent lui est alors remise par le ministère. Mais le contentieux n’est pas réglé.
Le 6 août 2026, l’avocat de Luvumbu, Me Thomas Joseph Bodiong, adresse une mise en demeure à l’AS V.Club. Le joueur réclame 62.500 USD. Cette somme comprend 55.000 USD correspondant à onze mois de salaires impayés, à raison de 5.000 USD par mois, ainsi que 7.500 USD représentant la seconde moitié de sa prime de signature. C’est précisément à ce niveau que les deux lectures du dossier s’entrechoquent. Pour Luvumbu et son conseil, le contrat porte le nom de V.Club et les sommes réclamées découlent donc des engagements financiers qui y figurent.
Du côté de la source interne au club, l’approche est totalement différente. Selon elle, c’est la Présidence de la République qui devait assurer cette prise en charge financière, compte tenu des circonstances particulières ayant entouré le transfert. Pour le club kinois, recruter un joueur de cet âge ne répondait d’ailleurs pas, à l’époque, à une priorité purement sportive.

La source rappelle également l’intervention personnelle du président Félix Tshisekedi dans le retour de Luvumbu au sein d’un club congolais, avant de résumer sa lecture du dossier en des termes sans équivoque : « Mais son dossier, c’est la Présidence qui l’a géré, ce n’est pas nous. »
Elle va encore plus loin en estimant que l’arrivée de Luvumbu à V.Club ne répondait pas uniquement à une logique sportive : « C’est un recrutement politique ! C’est ça la vérité. »
La question de la prise en charge des 62.500 USD reste donc entière. V.Club renvoie le dossier vers la Présidence de la République, qu’il présente comme responsable du paiement du salaire de Luvumbu. Jusqu’ici, la Présidence ne s’est pas encore exprimée publiquement sur cette affaire. À suivre…
ETIENNE KAMBALA