Les révélations publiées le 6 octobre par Le Monde et New York Times sur le dossier Lionel Mpasi ont relancé les interrogations autour de la qualification de la Rd-Congo à la Coupe du monde 2026. Au-delà d’une possible irrégularité dans la procédure de changement d’association du gardien, les deux médias questionnent surtout la manière dont la FIFA a géré le dossier. Mais les éléments rendus publics permettent-ils réellement de conclure à un favoritisme en faveur des Léopards ?
Le point de départ est connu. Avant de rejoindre la Rd-Congo, Lionel Mpasi avait représenté la France dans les catégories de jeunes, notamment à l’Euro U17 et à la Coupe du monde U17 en 2011. Son passage vers les Léopards nécessitait donc une procédure formelle de changement d’association auprès de la FIFA.

Selon les documents cités par Le Monde, la Fédération congolaise de football association -FECOFA- avait entrepris cette démarche dès 2021. Celle-ci n’aurait toutefois jamais été formellement achevée. Si cette information est confirmée, le problème réglementaire est réel. Mais la chronologie montre également que la FECOFA avait porté le dossier à la connaissance de l’instance mondiale.
Mpasi a ensuite disputé son premier match avec la sélection rd-congolaise le 1er février 2022 face à Bahreïn, avant de jouer sa première rencontre officielle le 18 juin 2023 contre le Gabon. Pendant plusieurs années, son statut n’a donné lieu à aucune sanction publique. C’est précisément ce qui rend le dossier plus complexe qu’il n’y paraît.
Une prétendue anomalie découverte tardivement…
Après l’élimination du Nigeria par la Rd-Congo aux barrages africains pour le Mondial 2026, le 16 novembre 2025, la Fédération nigériane a contesté l’éligibilité de plusieurs joueurs rd-congolais, notamment Aaron Wan-Bissaka et Axel Tuanzebe. Son argumentaire portait principalement sur leur situation au regard de la nationalité rd-congolaise et de la double nationalité.
Selon Le Monde, des juristes de la FIFA s’étaient déjà penchés sur les accusations concernant les joueurs rd-congolais le 17 décembre 2025 et avaient alors conclu qu’aucune infraction n’avait été commise par la FECOFA. Ce n’est que les 9 et 10 mars 2026 (plusieurs mois plus tard), après de nouvelles recherches, qu’ils auraient découvert que la procédure de changement d’association de Lionel Mpasi n’avait jamais été achevée. Des sanctions contre le gardien et la FECOFA auraient alors été envisagées, avec de possibles conséquences sportives.
Cette séquence soulève une question centrale. Comment une procédure ouverte plusieurs années auparavant a-t-elle pu rester sans issue formelle jusqu’en 2026 ?
C’est à ce niveau que notre consultant Mati Osango estime que la responsabilité de la FIFA doit également être examinée. « Et comme par hasard, ce n’est qu’en mars 2026 qu’un membre de la FIFA se serait rendu compte de l’existence de ce litige », relève-t-il.
Pour notre consultant, les éléments apportés par les deux médias sont suffisamment sérieux pour être examinés. Mais l’enquête met également en lumière une faille dans le suivi d’un dossier dont la validation relevait précisément de la FIFA. Autrement dit, si une irrégularité a persisté pendant plusieurs années, la question de la responsabilité ne peut être posée uniquement à la FECOFA.
La RDC favorisée ? Le maillon reste à démontrer
L’enquête prend une dimension encore plus sensible lorsqu’elle rapproche le traitement du dossier des relations anciennes entre Gianni Infantino et Véron Mosengo-Omba. Leur proximité peut légitimement nourrir des interrogations, mais elle ne constitue pas, en elle-même, la preuve d’une intervention destinée à favoriser la RDC.
Pour Mati Osango, « le schéma paraît beaucoup trop simpliste ». Selon l’analyse de notre rédaction, il faudrait aller au-delà des relations entre les deux dirigeants et établir qu’une instruction a réellement été donnée pour protéger les Léopards.
C’est ici que la distinction devient essentielle. Les documents révélés montrent qu’un problème réglementaire a été identifié et que des sanctions ont été envisagées. Ils ne démontrent pas, à ce stade, que Gianni Infantino a personnellement ordonné de bloquer une procédure disciplinaire ou de maintenir la RDC dans la course au Mondial.
Interrogée par Le Monde, la FIFA rejette d’ailleurs « catégoriquement » toute intervention de son président dans ces procédures et affirme que ses organes juridictionnels sont autonomes.

Le précédent sud-africain ne suffit pas
Le cas de l’Afrique du Sud revient également dans le débat. Le 21 mars 2025, les Bafana Bafana avaient aligné Teboho Mokoena contre le Lesotho alors qu’il était inéligible. Le 29 septembre, la Commission de discipline de la FIFA avait déclaré le match perdu (3-0) par forfait et infligé une amende de 10.000 francs suisses à la Fédération sud-africaine.
La comparaison est compréhensible, mais les situations ne sont pas identiques. Dans le cas sud-africain, l’inéligibilité découlait d’une suspension directement liée à la compétition. Dans celui de Mpasi, le problème concerne une procédure de changement d’association engagée plusieurs années auparavant mais restée, selon les révélations, inachevée.
Cette différence n’annule pas le problème posé par le dossier rd-congolais. Elle impose simplement de ne pas considérer les deux situations comme des copies conformes.
Le débat administratif ne peut pas non plus effacer ce qui s’est passé sur le terrain. La Rd-Congo a disputé ses rencontres, franchi les barrages africains, éliminé le Nigeria et décroché son retour à la Coupe du monde après 52 ans d’absence.
Une éventuelle irrégularité dans le dossier Mpasi peut évidemment avoir une portée juridique. Elle ne suffit toutefois pas, à elle seule, à établir que toute la campagne rd-congolaise aurait été construite sur une fraude.
C’est précisément la réserve formulée par Mati Osango. « L’enquête de nos confrères ne paraît pas suffisamment solide pour discréditer une nation qui s’est battue pendant 52 ans pour retrouver la Coupe du monde. […] C’est un coup d’épée dans l’eau », estime notre consultant.
La FIFA au centre des explications attendues
La FECOFA devra naturellement expliquer pourquoi une procédure engagée en 2021 n’aurait pas été menée jusqu’à son terme. Mais la FIFA devra également clarifier sa propre gestion du dossier.
Pourquoi le statut de Mpasi n’a-t-il pas été définitivement réglé avant ses premières rencontres officielles avec la RDC ? Pourquoi aucune anomalie n’a-t-elle été relevée lors du premier examen de décembre 2025 ? Et pourquoi les constats effectués en mars 2026 n’ont-ils finalement débouché sur aucune sanction ?
C’est probablement sur les réponses à ces questions que se jouera la véritable lecture de cette affaire. Pour l’heure, ni Lionel Mpasi ni la FECOFA n’ont commenté les accusations.
Ces révélations interviennent plus de six mois après la qualification historique décrochée par la RDC le 31 mars 2026, au terme de 52 années d’attente. Elles ouvrent un nouveau débat, cette fois administratif, autour du parcours des Léopards, sans toutefois apporter à ce stade la preuve convaincante d’un favoritisme organisé en leur faveur.
Un dossier qui est loin d’être refermé.
ETIENNE KAMBALA