Grand Prix de F1 au Rwanda : La RDC dénonce une vitrine offerte à Paul Kagame

La République Démocratique du Congo conteste l’accord de dix ans conclu entre la Formule 1 et le Rwanda pour l’organisation d’un Grand Prix à partir du début des années 2030. Kinshasa estime que cet événement offrira une importante vitrine internationale au régime de Paul Kagame et demande des garanties sur l’origine des fonds qui serviront à financer la compétition.

Le retour de la Formule 1 en Afrique passera officiellement par le Rwanda. L’accord a été annoncé mardi 13 octobre 2026 à Kigali en présence du président Paul Kagame, du patron de la F1 Stefano Domenicali et du président de la Fédération internationale de l’automobile, Mohammed Ben Sulayem. Il porte sur dix ans et prévoit la construction d’un nouveau circuit à Bugesera, près de Kigali.

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Cette attribution ne passe pas à Kinshasa. Dans une déclaration rendue publique jeudi 15 octobre, la ministre rd-congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a vivement contesté le choix du Rwanda.

« En février 2025, j’ai averti Stefano Domenicali et les instances de la F1 qu’autoriser le Rwanda à accueillir un Grand Prix serait moralement indéfendable », a-t-elle rappelé. Selon elle, offrir une telle exposition à Paul Kagame contribuerait à « redorer l’image d’un dirigeant autoritaire » dont elle accuse le gouvernement d’avoir alimenté le conflit dans l’est de la Rd-Congo.

La position rd-congolaise intervient alors que le soutien du Rwanda au M23 continue d’alimenter les tensions entre Kinshasa et Kigali. Le 2 mars 2026, les États-Unis ont sanctionné les Forces de défense rwandaises ainsi que quatre hauts responsables militaires, affirmant que l’armée rwandaise soutient, forme et combat aux côtés du mouvement rebelle dans l’est de la Rd-Congo. Kigali rejette ces accusations et affirme que ses mesures sécuritaires répondent aux menaces de groupes armés opérant depuis le territoire rd-congolais.

Le gouvernement rd-congolais place également la question des minerais au cœur de sa contestation. Thérèse Kayikwamba demande à la Formule 1 d’exiger des garanties « crédibles et indépendantes » afin de s’assurer qu’aucune ressource issue de minerais liés au conflit ou de l’exploitation des richesses congolaises ne contribue au financement du Grand Prix.

Cette préoccupation intervient après les sanctions américaines prises le 25 juin 2026 contre un réseau accusé d’avoir participé, en coordination avec le M23, au trafic illégal de minerais de l’est de la Rd-Congo vers le Rwanda.

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La Rd-Congo ne remet toutefois pas en cause le retour de la Formule 1 sur le continent. Elle soutient la candidature de l’Afrique du Sud, également engagée dans des démarches pour retrouver une place au calendrier mondial. Le dernier Grand Prix de F1 organisé en Afrique remonte à 1993, sur le circuit de Kyalami.

Pour Kinshasa, le débat dépasse donc le seul cadre sportif. La diplomatie rd-congolaise estime que la Formule 1 doit prendre en compte le contexte régional et les accusations qui visent Kigali avant de faire du Rwanda l’une de ses principales vitrines en Afrique.

L’accord entre la Formule 1 et le Rwanda reste néanmoins acté. La Rd-Congo entend désormais maintenir la pression diplomatique sur les organisateurs, notamment sur la question du financement du Grand Prix et sur l’image internationale que cet événement pourrait offrir aux autorités rwandaises.

ETIENNE KAMBALA