Comme deux amis indissociables, le sentiment et l’émotion pénètrent de concert les méandres de l’âme dans « Abstraire« , l’exposition de l’Artiste Henri Kalama Akulez présentée en séries où dans le cœur de l’essentiel, se conjuguent profondeur réflexive, spiritualité intense et création contemporaine. À Texaf Bilembo, tout comme à la TMB, les deux rendez-vous ont répondu aux attentes.
La transcendance ne se dément pas. « Abstraire » se déploie comme un espace de manifestation qu’une exploration de l’univers exprime, transforme et expérimente. L’avide public a été servi dans une exposition qui promettait d’être intense. À rebours du figuratif, l’œuvre de Henri Kalama Akulez exprime l’essence du sacré, côtoie le verbe ineffable du pinceau et invite à la sensibilité.

Rassemblant les fragments de notre monde, Henri Kalama Akulez qui se pointe en compositeur des sentiments et en lyriciste de l’abstraction, se sert du « charme mystérieux et indicible », comme le décrit Lorca dans la notion du Duende, et du vertige de la poétique de l’espace qu’analyse Gaston Bachelard. Cette poétique est d’ailleurs formulée par la cohérence de la matière. La quête de la lumière ainsi se dégage pour traduire tout le sens de perception.
« Abstraire » illumine l’inspiration libriste à travers des couleurs qui dansent dans le fantasme de la sensibilité, dans la fougue abrasive de la technique où les sens se croisent : l’oeuvre de l’artiste Henri Kalama Akulez devient ici synesthésie. La peinture devient une musicalité, chaque couleur devient une note, des formes deviennent des accords. Cette matérialité inspirée par le son et les émotions donne de la marge à une œuvre grandiose habitée par sa douceur poétique et morale.

Frénésie, combats et vérité
Il est des expositions qui racontent les expériences. Abstraire se lit dans le providentiel, l’imprévisible et l’insoupçonné. Derrière l’insoumission éclairée de l’expressionnisme, se pointe la frénésie d’autant plus intense dans le choc chromatique.
Cette frénésie donne corps à l’imperturbable volonté de contemplation créant une vraie connexion entre les oeuvres et les visiteurs. Une vivacité rebelle se montre aussitôt que la lumière expressive capte la dimension spirituelle.
Dans sa quête de profondeur, on va dire qu’Abstraire cautionne résolument la réflexion théologique et philosophique de Paul Tillich. Cette profondeur est surtout synonyme de combats et de recherche de la vérité.

Des séries évocatrices
Cette exposition présentée en séries consacre une large palette de réalités déployées par l’expression cadencée des couleurs et la force de la matérialité. De « Terrain de jeux », triptyque qui dénonce du marchandage agressif de l’homme ignoré pour des intérêts matériels, à « Charnier des innocents », véritable plaidoyer pour les victimes des guerres en RDC en passant par « Présence-Absence« , plongée à la méditation et « Vibrations cosmiques« , véritable culte à l’Omnipotence, l’artiste Henri Kalama Akulez fait résonner les frémissements de l’âme invitant le public à une communion d’esprit. Au-delà de son langage de sentiment, « Abstraire » interpelle et rappelle à la responsabilité.
Henri Kalama Akulez signe ainsi une exposition dont la résonance porte un équilibre entre foi, réveil et interpellation. Sa méthode portée sur la nature fusionne le nécessaire à la liberté. Comme une sonorité, sa peinture abstraite capte l’essentiel, tout comme dans notre société, le reconnexion aux besoins fondamentaux s’avère nécessaire.
CHADRACK MPERENG