En réclamant une revanche face à Martin Bakole, champion nord-américain WBC-NABF et WBC international champion sur ses terres congolaises, Tony Yoka tente le pari le plus risqué de sa carrière. Entre fantasme promotionnel et réalité sportive, ce duel au sommet pose une question brûlante : le noble art a-t-il encore sa place face au business ?
On l’avait laissé meurtri, le visage marqué par les parpaings envoyés par le colosse de Kananga un soir de mai 2022 à l’Accor Arena.

Aujourd’hui, Tony Yoka veut retourner dans le chaudron. Pas n’importe lequel : celui de Kinshasa. Le champion olympique 2016, en quête d’une rédemption, a officiellement lancé l’appel : Une demande qui ressemble à une quitte ou double à Kinshasa et pourquoi pas sur le tapis vert du Stade des Martyrs ?
L’Eldorado de la « Rumble » 2.0
Pour un promoteur, l’affiche est un « block-buster » clé en main. Transposer la rivalité franco-congolaise sur le sol africain, c’est s’assurer une caisse de résonance mondiale. Le levier est immense : la RDC est prête à tout pour retrouver son lustre de terre de boxe, et j´estime que CANAL+, partenaire historique, y voit déjà le braquage audimat du siècle.
Le coût pourrait, certes être élevé, entre 7 à 10 millions USD suivant les standards internationaux, mais le potentiel de « virilité diplomatique » est bien plus fort avec la boxe.
Un combat de ce niveau à Kinshasa est un message envoyé au monde : « La RDC est de retour sur la carte des grandes nations. » C’est un luxe, mais un luxe qui, s’il est bien produit, peut rapporter bien plus en termes de prestige que 12 mois de logo sur une manche de maillot d’un club européen.
Pour attirer des promoteurs comme Eddie Hearn (Matchroom) ou Frank Warren, le Gouvernement doit payer un « droit d’accueil » (Site Fee) garantissant la rentabilité de l’événement.
Mais attention au mirage ! Si l’aspect financier est une certitude, l’aspect organisationnel reste un défi de haute voltige. Faire de ce combat un événement d’État, c’est aussi prendre le risque de voir le sport s’effacer derrière le folklore.

Bakole, le businessman du ring
L’analyse des derniers mois penche en faveur d’un paradoxe. D’un côté, un Tony Yoka qui semble avoir retrouvé une forme de sobriété. Après ses deux revers consécutifs (Bakole, Takam), le champion olympique “Mwana mboka” comme il s´appelle a resserré les rangs. Ses dernières sorties montrent un boxeur plus mobile, fidèle à son style classique, cherchant à éviter le corps-à-corps destructeur.
De l’autre, Martin Bakole. “Le champion du peuple” comme l´appelle à Kin, depuis sa victoire référence contre Jared Anderson en 2024, semble avoir entamé une mutation inquiétante. Devenu une icône sur le continent, grâce à son combat contre Yoka, il occupe davantage l’espace médiatique que les salles d’entraînement.
Entre ses sorties virales sur les réseaux et sa gestion très personnelle de sa carrière, Bakole flirte avec le statut de « boxeur-businessman ». Sa défaite face à Parker et son nul poussif contre Ajagba ont révélé une faille : un manque de rigueur athlétique masqué par un poids imposant. Bakole ne boxe plus, il gère son image.
La fenêtre de tir pour Yoka
C’est là que réside la chance de Yoka. Si Bakole continue de miser exclusivement sur sa masse et son punch sans entretenir le moteur, la technique académique de Yoka pourrait, cette fois, faire la différence. À Kinshasa, le combat ne se gagnera pas sur la puissance des premiers rounds, mais sur l’endurance sous une chaleur de plomb.
Si le combat a lieu avec les titres de Bakole en jeu, une victoire de Yoka le propulserait instantanément dans les classements mondiaux là où il a dégringolé. Il ne s’agirait plus seulement d’honneur, mais d’un raccourci inespéré vers un titre mondial.
Cela renforce le côté « businessman » de Bakole qui utilise ces titres comme des actifs financiers pour faire monter les enchères auprès du Gouvernement congolais et des promoteurs internationaux.
Yoka a-t-il les armes pour éteindre le volcan Bakole ? Sur le papier, le défi est immense. Mais face à un adversaire qui semble avoir déjà la tête à ses futurs cachets plutôt qu’à ses enchaînements, le « classique olympien » pourrait bien punir le « businessman kinois ».
Chronique de Maître Muabila Glody pour Eventsrdc.com
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