« Dans la peau d’un journaliste dans les Grands Lacs » : RSF alerte sur une liberté de la presse en péril

L’ONG Reporters sans frontières – RSF -a publié, jeudi 26 mars 2026, un nouveau rapport intitulé « Dans la peau d’un journaliste dans les Grands Lacs ». Présenté lors d’une conférence de presse conjointe avec Journalistes en Danger – JED -, le document livre une immersion dans le quotidien des reporters évoluant dans une région marquée par une forte instabilité politique et économique.

Le rapport rend hommage aux journalistes blessés, agressés ou tués ces dernières années, souvent dans l’impunité. Il porte un regard particulier sur la République démocratique du Congo, devenue l’épicentre d’une dégradation sécuritaire persistante après la guerre dans sa partie orientale, avec des conséquences directes sur l’exercice du journalisme.

RSF dresse un constat alarmant : la liberté de la presse est « difficile » à « très grave » dans les six pays couverts dont la Rd-Congo, le Burundi, l’Ouganda, le Rwanda, le Kenya et la Tanzanie. Durant les cinq dernières années, près de 500 journalistes y ont été arrêtés ou détenus ; 111 d’entre eux ont passé plus de deux jours en détention, parmi lesquels le journaliste rd-congolais Stanis Bujakera. Le rapport documente également des meurtres et disparitions restés impunis, des cadres juridiques et administratifs hostiles, ainsi qu’une précarité économique qui fragilise l’indépendance des médias.

Pour Tshivis Tshivuadi, secrétaire général de JED, l’impunité est à l’origine des atteintes les plus graves portées aux professionnels de la presse en Afrique. « Pour JED, les arrestations, emprisonnements et menaces visant les journalistes poursuivent un seul objectif : les faire taire », a-t-il déclaré.

Jeanne Lagarde, responsable plaidoyer pour la région et rédactrice du rapport, explique que l’étude vise non seulement à protéger les journalistes des Grands Lacs, mais aussi à lutter contre la désinformation, à engager un dialogue concret avec les autorités nationales et à sensibiliser la communauté internationale sur la violence ciblant les professionnels de l’information.

Sur la méthodologie, RSF, depuis son bureau de Dakar qui couvre l’Afrique subsaharienne, assure un monitoring régulier dans 43 pays grâce à un réseau de correspondants et de partenaires. « À chaque signalement d’atteinte à la liberté de la presse, nous recevons des alertes, évaluons si cela relève de notre mandat, puis préparons une réaction ou un plaidoyer pour faire bouger les lignes », a précisé Sadibou Marong, directeur Afrique subsaharienne de RSF.

Face à ces constats, RSF formule plusieurs recommandations notamment : créer un mécanisme de protection des journalistes doté d’un système d’alerte rapide, ouvrir systématiquement des enquêtes en cas d’atteinte, et assurer la protection des journalistes exilés.

Cette publication remet en lumière l’urgence d’une mobilisation régionale et internationale pour garantir des conditions de travail sécurisées et la liberté d’informer dans les Grands Lacs.

Pour rappelle, la Rd-Congo se classe 133e au classement mondial de Reporters sans Frontières en matière de liberté de la presse. Parmi les autres pays des Grands Lacs, la Tanzanie arrive en 95e position, le Kenya en 102e, le Burundi en 125e, l’Ouganda en 143e et le Rwanda en 146e.

GLODY NDAYA