En République démocratique du Congo, vivre de ses œuvres reste un défi pour les artistes. La plupart se battent ailleurs pour construire leur carrière et assurer leur équilibre financier.
L’industrie musicale rd-congolaise manque de structures solides pour encadrer les revenus et protéger les droits des créateurs. La Société congolaise des droits d’auteur et droits voisins -SOCODA- est au centre de ce problème. Depuis des années, elle peine à rémunérer correctement les artistes et semble déconnectée des pratiques modernes des sociétés de droits d’auteur à l’échelle internationale. Les mécanismes de redistribution restent centralisés et opaques, laissant peu de visibilité aux créateurs sur leurs revenus.

Dans une récente interview sur la chaîne YouTube Solola Vérité, le jeune artiste rd-congolais Innoss’B a dénoncé ce déficit de protection et l’absence de structures locales efficaces. « Chez nous, l’industrie musicale est quasiment inexistante. La piraterie est devenue normale et nous avons de nombreux problèmes à résoudre. Ce n’est pas un artiste seul qui pourra changer cette situation. Le problème est profond et les artistes ne se sentent pas protégés », explique-t-il.
Selon lui, cette situation pousse de nombreux artistes congolais à chercher une reconnaissance à l’étranger, souvent en France. « Aujourd’hui, l’artiste congolais se sent obligé de chercher une certification en France. Oui, c’est une fierté, mais ce n’est pas chez nous. La référence pour un artiste rd-congolais est désormais d’être reconnu à l’étranger, et cela, c’est dangereux », ajoute-t-il.

Innoss’B insiste sur le manque de dispositifs locaux pour certifier et encadrer les artistes : « Localement, il n’existe rien pour certifier ou protéger les artistes. Nous n’avons aucune structure capable de le faire. Rien n’est vraiment mis en place chez nous pour défendre les droits des créateurs. » Cette carence institutionnelle contribue à une situation où la piraterie est normalisée et où les revenus artistiques restent instables.
L’artiste évoque également son expérience personnelle avec la SOCODA. Malgré un enregistrement datant de 2016, il n’a récemment reçu qu’un versement de 600 USD, remis de manière atypique par son frère, Ach’B. « Mon frère réalisait un clip pour Werra. Un membre de la SOCODA l’a vu. On lui a dit que la structure avait quelque chose pour moi et l’argent lui a été remis directement, alors qu’il n’avait pas participé à mon enregistrement. Il était vraiment dépassé par la situation. Lorsque le manager est parti chercher des éclaircissements, on lui a simplement répondu que c’était mes droits d’auteur », raconte Innoss’B. Pour lui, ce geste relève plus de la mise en scène que d’une véritable distribution transparente : « Nous avons compris que leur principal souci était que tout cela devienne une sorte de mise en scène, du genre : ‘Innoss passe ici pour prendre son argent’. ».

Au-delà de la critique, Innoss’B lance un appel à une prise de conscience collective et à la création de structures locales capables de protéger les droits des artistes et d’instaurer une véritable régulation. Selon lui, seule une telle réforme permettrait de mettre fin à l’anarchie et de construire une industrie musicale congolaise viable et reconnue.
Le témoignage d’Innoss’B illustre un problème structurel majeur de l’industrie musicale en RDC où il y a l’absence d’institutions fiables pour encadrer les droits d’auteur et redistribuer les revenus. En RDC, l’urgence est double : il faut renforcer la SOCODA ou créer des structures alternatives locales, et sensibiliser l’ensemble des acteurs de l’industrie à la nécessité d’une transparence et d’une protection systématique des créateurs. Sans ces mesures, l’industrie congolaise continuera de voir ses talents s’exiler et ses ressources intellectuelles sous-exploitées.
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ETIENNE KAMBALA