Au gré de chaque performance des Léopards de la RDC, la titre Fimbu résonne comme un véritable hymne. Plus qu’une célébration, la chanson est un vecteur de communion, une transmission des valeurs victorieuses. Auteur de ce titre revigorant devenu un emblème, Félix Wazekwa capte la quintessence d’une chanson qui renforce l’unité nationale.
Gonflé à bloc par le succès d’un tube qui a dépassé les frontières, le Monstre d’amour a misé sur la fusion linguistique pour faire passer son message et pérenniser la « portée émotionnelle » à travers des remix. Interview.
Comment est née l’inspiration de la chanson « Fimbu » ?
À l’origine, la chanson « Fimbu » a été conçue dans un cadre strictement promotionnel. Elle devait accompagner une chanson sur laquelle je travaillais à l’époque, dans le cadre d’une collaboration envisagée avec Bralima.
Avec le recul, je peux dire heureusement que ce projet n’a pas abouti. Si la chanson, ou du moins la danse « Fimbu », avait été associée à la promotion d’une bière ou, plus largement, à l’alcool, je ne pense pas qu’elle aurait suscité le même engouement populaire. C’est précisément pour cette raison que je parle d’un « heureusement ».
Après le refus de Bralima, l’idée a évolué. Le mot « Fimbu », qui signifie le fouet, s’est imposé à moi comme un symbole fort : celui de la discipline et de la correction face à la faute. À partir de là, j’ai décidé de transformer ce projet initial en une œuvre artistique à part entière.
Même si la collaboration commerciale n’a pas abouti, la chanson existait déjà, tout comme la danse. Mon objectif était qu’elle soit accessible à tous, au-delà de toute logique de marque ou de campagne publicitaire.

À quel moment précis de votre parcours artistique avez-vous ressenti la nécessité de porter ce message ?
C’est véritablement après la sortie de la chanson que j’ai pris conscience de la portée de son message. Des personnes revenant des matchs, notamment du stade des Martyrs et d’autres stades à travers le pays, me racontaient que les supporters célébraient les victoires en chantant et en dansant « Fimbu ».
Ma première réaction a été de demander : « Mais quelle équipe fait ça ? » On me répondait : « Toutes les équipes victorieuses. » J’ai trouvé cela extrêmement fort et très symbolique.
Pour rappel, la chanson est sortie le 5 septembre 2015. Plus de dix ans après, elle continue de connaître un succès populaire remarquable. C’est à partir de ces retours du public que j’ai ressenti le besoin d’assumer pleinement ce message, notamment pour remercier les joueurs et tous ceux qui, par leur enthousiasme, ont contribué à la popularité de la danse.
L’idée est donc née naturellement, à partir du vécu du public. Je me suis dit qu’il fallait rendre hommage à ces joueurs qui me « rendaient bien » cette œuvre. Ainsi, en 2016, à l’époque où Denis Kambayi était ministre des Sports, après la victoire de la RDC au Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) à Kigali, au Rwanda, j’ai estimé qu’il fallait marquer le coup.
C’est dans ce contexte que la deuxième version de Fimbu est sortie, en guise de remerciement aux joueurs qui avaient largement contribué à sa popularité.
Le titre « Fimbu » est fortement évocateur : que représente-t-il exactement dans votre esprit ?
Effectivement, « Fimbu » est un titre très évocateur. Dans mon esprit, il renvoie d’abord au fouet, que j’associe symboliquement à la correction.
Mais c’est aussi quelque chose de populaire, de joyeux et de festif, qui accompagne la victoire et la célébration. Voilà, pour moi, l’esprit même de « Fimbu ».
Aviez-vous, dès le départ, une vision claire du message à transmettre au public ?
Oui, la vision était claire dès le départ. Le chicotage, toujours dans un sens symbolique et festif, ne se limite pas uniquement au football.
On peut « chicoter » un adversaire après une victoire sportive, mais aussi célébrer la fin des études, la sortie du célibat après un mariage, ou toute autre épreuve surmontée avec succès. Dans l’œuvre, le fouet représente avant tout la victoire, le moment de gloire et de réussite.
C’est une manière de dire que lorsqu’on triomphe d’une difficulté, on a le droit de célébrer cet accomplissement.
Quelle phrase résume le mieux l’âme de « Fimbu » ?
La phrase qui résume le mieux l’âme de « Fimbu », c’est : « Soki osakani, Fimbu ». Elle condense à elle seule toute l’idée du concept.
Adressée à l’adversaire, elle sert à l’intimider symboliquement, à lui faire comprendre qu’il ne faut pas prendre la situation à la légère, ni plaisanter avec quelqu’un de déterminé. Bien entendu, cela reste dans un esprit ludique et festif.
Cette phrase incarne la force, la confiance et l’assurance qui accompagnent la victoire.
Pensez-vous que le public kinois et celui de la diaspora perçoivent le message de la même manière ?
Oui, je pense que le public local, comme celui de la diaspora, reçoit le message de manière assez similaire.
Même à l’étranger, les Congolais comprennent parfaitement ce que représente le « Fimbu », car le fouet fait partie de notre vécu commun, notamment de notre enfance. Lorsqu’on parle de Fimbu, personne ne se demande ce que cela signifie.
Le fouet a longtemps été au cœur de notre système éducatif. Il fait partie de notre histoire collective. C’est pour cette raison que le message passe naturellement, où que l’on se trouve. Il renvoie à quelque chose de profondément ancré dans notre culture et notre mémoire commune.
Le recours au lingala renforce-t-il volontairement la portée émotionnelle et populaire du texte ?
Oui, le choix du lingala renforce volontairement la portée émotionnelle et populaire du texte. Chanter en lingala était d’abord une manière de promouvoir notre langue et de toucher directement les Congolais, qui la comprennent tous.
Pour donner à la chanson une dimension plus internationale, j’ai ajouté le mot « chicote », afin que les francophones puissent également saisir facilement le sens et l’esprit du message. Ce mélange linguistique permet à la fois de rester fidèle à nos racines et de rendre le propos accessible au plus grand nombre.
Dix ans après la première version, plusieurs musiciens et peuples africains, notamment ivoiriens, se sont approprié votre œuvre. Que ressentez-vous ?
Pour un artiste, voir sa chanson ou sa danse reprise par d’autres peuples est une immense fierté et une véritable reconnaissance du travail accompli.
Je reste très reconnaissant envers tous ceux qui s’inspirent de « Fimbu », notamment le groupe ivoirien La Team Paiya, qui a proposé une version décalée de la danse. Pour moi, c’est la preuve que le pari est réussi.
Créer une œuvre qui ne reste pas uniquement congolaise, mais qui dépasse les frontières, est une grande satisfaction. Aujourd’hui, voir la danse exécutée en Asie, la chanson diffusée en Amérique ou en Europe, est un encouragement immense à continuer à produire de belles œuvres.
Pourquoi avoir opté pour cette rythmique et cette orchestration spécifiques ?
Le choix de la rythmique et de l’orchestration découle avant tout de mon identité artistique. Je ne voulais pas m’éloigner de ce que je sais faire et de ce qui me caractérise.
En même temps, je pensais que cette orchestration pouvait séduire un public au-delà de nos frontières. Ce mélange de familiarité et d’originalité explique, en grande partie, le succès durable de « Fimbu ».
CINARDO KIVUILA
CHADRACK MPERENG