Ça fait mal. Et ça fait honte. À Kikwit, les stades du 30 Juin et de Kazamba sont abandonnés à leur triste sort, sous le regard passif des autorités, au premier rang desquelles le ministère des Sports et Loisirs.
Déjà en 2018, notre enquête avait mis en lumière l’état de délabrement avancé de ces infrastructures. Sept ans plus tard, retour sur le terrain, le tableau est encore plus sombre. Aucun entretien, aucune réhabilitation, aucune vision. Les deux stades sont désormais des symboles criants du mépris institutionnel envers le sport en province.

Le stade du 30 Juin offre un spectacle désolant. Ironie amère, le bureau urbain des Sports et Loisirs est implanté sur la même parcelle. Pourtant, l’environnement est envahi par les herbes. Toilettes insalubres, gradins mangés par la végétation, l’air de jeu sablonneux et impraticable dès la première pluie. En plein 21e siècle, les passionnés de football de Kikwit ne comprennent plus. Beaucoup se résignent, d’autres s’indignent.

« Nous ne comprenons pas. Ce stade reflète exactement l’image de la ville et de la province, rien ne fonctionne. Comment des autorités sportives peuvent-elles travailler dans un tel environnement, dans une grande ville comme Kikwit ? », lâche un supporter rencontré sur place. Plus choquant encore, ce stade reste homologué par la FECOFA pour accueillir des matchs de la Ligue 2. Une homologation qui interroge.

Et pourtant, Kikwit respire le sport. Des clubs comme l’AS Vutuka ou l’AS Makila ont régulièrement porté haut les couleurs locales en Ligue 2. Mais face à cette passion populaire, l’État semble sourd. Aucun plan sérieux, aucune politique claire pour doter la ville d’infrastructures sportives dignes de ce nom.

Le stade Kazamba, situé dans la commune du même nom, est encore plus abandonné. Ce site, qui devait être construit grâce aux fonds issus des concerts gratuits de Werrason à travers la République, n’est aujourd’hui qu’un vaste terrain vague. Un champ de patates douces, rien de plus. Un projet de plus resté lettre morte. Un chantier lancé en 2016 et laissé inachevé.

« Nous demandons aux autorités tant provinciales que nationales de redémarrer les travaux de construction de ce stade qui est déjà en phase de finition. Les chaises sont déjà posées dans la tribune d’honneur; les vestiaires et les gradins au niveau du pourtour sont déjà construits. Les travaux sont arrêtés depuis l’année dernière pour des raisons qui ne sont pas encore révélées », a déclaré Sylvie Mukwa, bourgmestre de la commune de Kazamba.

En réponse, un agent du bureau urbain des Sports, sous anonymat, avoue une réalité sidérante, “son service ne dispose même pas de frais de fonctionnement. Impossible, dans ces conditions, de résoudre quoi que ce soit. C’est grave.”
Ce constat amer met à nu un problème structurel, celui de la concentration des moyens, des décisions et des investissements à Kinshasa, au détriment des provinces. À Kikwit comme ailleurs, le sport survit sans soutien réel. Les infrastructures sportives restent un défi majeur en Rd-Congo.

Il y a quelques jours, les images humiliantes du stade Jeune de Katoka (Kananga), lors du match AS Malole – FC Saint-Éloi Lupopo en Ligue 1 (championnat national), ont fait le tour des réseaux sociaux. Des joueurs contraints de jouer dans un champ. Kikwit n’est pas un cas isolé. C’est un symptôme.
Le sport rd-congolais mérite mieux. Les autorités doivent sortir du silence. Et agir. Maintenant.
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ETIENNE KAMBALA, depuis Kikwit
