Dans la province du Kongo Central, le débat sur l’appellation du stade de Matadi prend une nouvelle tournure. Le mouvement politico-religieux Bundu Dia Mayala, par la voix de son rapporteur Parfait Nzuzi Disansukidi mue Kikuimba-kingoyi, s’oppose fermement à la dénomination « Stade Lumumba », jugée en décalage avec l’identité locale.
Cette prise de position a été rendue publique à travers un mémorandum diffusé jeudi 9 avril sur la page Facebook Beto ku Luozi Officielle. Intitulé « Non à l’appellation “Lumumba” pour le stade de Matadi : plaidoyer pour le respect de l’histoire et de l’identité locale », le document pose les bases d’un débat à la fois historique, culturel et politique.

Pour Bundu Dia Mayala, la question dépasse largement le cadre d’un simple nom d’infrastructure sportive. « Dans toute nation, la mémoire collective doit être fondée sur la vérité, la justice et le respect des identités », souligne le mémorandum, insistant sur le fait que « la justice élève un peuple, tandis que l’injustice nourrit frustrations, divisions et incompréhensions ».
Au cœur de cette contestation : la pertinence d’attribuer au stade de Matadi le nom de Patrice Lumumba, figure emblématique de l’histoire nationale congolaise. Si son héritage politique reste indéniable, le mouvement estime néanmoins que ce choix ne reflète ni les réalités historiques du Kongo Central ni les aspirations de sa population.

« Ce débat touche à l’histoire, à la mémoire et à la reconnaissance des figures qui incarnent véritablement les valeurs d’un peuple », insiste le document, évoquant une forme de déconnexion entre la symbolique nationale et l’ancrage local.
Le mouvement met en avant la richesse historique du Kongo Central, présenté comme une terre de grandes figures spirituelles et politiques. Parmi elles, Simon Kimbangu et Joseph Kasa-Vubu sont cités comme des références majeures susceptibles d’inspirer une dénomination plus représentative.
« Le Kongo Central n’est pas une terre sans repères ni sans héros. Bien au contraire, cette province est le berceau de grandes figures qui ont marqué profondément l’histoire du pays et de l’Afrique », peut-on lire dans le mémorandum.

Dans cette logique, Bundu Dia Mayala plaide pour une reconnaissance des figures locales à travers les infrastructures publiques. « Chaque province mérite de voir ses propres figures valorisées, surtout lorsqu’il s’agit d’infrastructures symboliques implantées sur leur terre », soutient le mouvement, qui appelle à « une cohérence et une équité dans la gestion de la mémoire collective ».
Sans remettre en cause l’histoire nationale, les auteurs du document précisent qu’il s’agit plutôt d’une démarche de rééquilibrage. « Ce plaidoyer n’est pas un rejet de l’histoire nationale, mais une demande de justice historique et de respect des identités locales », affirme-t-il.
Dans la foulée, Bundu Dia Mayala invite les autorités à privilégier une approche participative. « Une consultation populaire permettrait de mieux cerner les attentes réelles des citoyens », propose le mouvement, appelant à une écoute attentive des populations du Kongo Central.

Un message est également adressé au Président de la République, Félix Tshisekedi. « Nous appelons le Chef de l’État à prendre en considération la sensibilité et la volonté d’un peuple attaché à son identité et à ses valeurs », indique le mémorandum.
À travers cette sortie, Bundu Dia Mayala, sous l’impulsion de son président national Mbuta Wampuna Nsosani, réaffirme son positionnement en tant que porte-voix des aspirations populaires. « Dire tout haut ce que le peuple pense tout bas, c’est contribuer à bâtir une nation plus juste et plus équilibrée », conclut le document.
Alors que la question de l’appellation du stade de Matadi continue de susciter des réactions, ce plaidoyer relance le débat sur la gestion de la mémoire collective en République Démocratique du Congo, entre reconnaissance nationale et valorisation des identités locales.
DANNY KABANGA