Maklor Babutulua, l’ascension d’un visage rd-congolais qui impose sa signature dans les médias français

Il fait partie de cette nouvelle génération de jeunes rd-congolais qui s’imposent avec assurance dans la sphère médiatique française. Journaliste de formation, présentateur de journaux télévisés, rédacteur, maître de cérémonie, diplômé d’un conservatoire en danse, chant et théâtre… Maklor Babutulua cultive plusieurs talents, mais poursuit un seul cap : raconter, transmettre et rassembler.

« Je suis quelqu’un qui évolue à la croisée de l’information et de l’événementiel, avec la volonté de porter une parole positive et rassembleuse », confie-t-il.

En 2025, il a marqué les esprits de toute la planète en animant, à Paris, la toute première édition des Lumumba Awards, une cérémonie à forte portée symbolique dédiée à l’héritage de Patrice Lumumba. Entretien.

En parcourant votre biographie, on se rend compte que vous portez plusieurs casquettes : journaliste, présentateur de journaux télévisés, rédacteur et maître de cérémonie. Comment parvenez-vous à concilier ces différentes facettes de votre carrière sans perdre votre identité professionnelle ?

Si l’on veut être totalement précis, je suis également diplômé d’un conservatoire où j’ai appris la danse, le chant et le théâtre. Je ne considère pas ces casquettes comme des métiers différents, mais plutôt comme les expressions d’un même socle : la communication et la transmission.

Que je présente un journal télévisé, que j’écrive un sujet ou que j’anime une cérémonie, mon objectif reste identique : informer, valoriser et susciter une émotion chez le public.

Mon identité professionnelle repose sur plusieurs piliers : la crédibilité journalistique, la pertinence dans la prise de parole, le sens du public et l’amour du travail bien fait. Je suis un grand travailleur. Je consacre beaucoup de temps à la préparation afin d’offrir au public une impression de fluidité. Paradoxalement, plus cela paraît simple, plus c’est travaillé. Tant que ces valeurs restent au cœur de ce que je fais, je ne me perds pas.

Votre intégration dans les milieux médiatique et événementiel en France a-t-elle été naturelle ou semée d’obstacles ?

Je dirais que cela a été un parcours fait de travail, de patience et de persévérance. Rien ne m’a été donné. Je suis arrivé à Paris à 18 ans, sans ressources, mais avec beaucoup de rêves. Je ne viens pas d’un milieu privilégié. J’ai grandi en famille d’accueil, ma mère étant incarcérée à l’époque.

Le monde des médias en France est très concurrentiel et parfois difficile d’accès, surtout lorsqu’on ne dispose pas des bons réseaux au départ. J’ai dû frapper à de nombreuses portes, accepter des opportunités modestes, me réinventer et parfois exercer des emplois alimentaires pour continuer à croire en mon rêve.

Chaque expérience m’a toutefois appris quelque chose et m’a rapproché de mon objectif. Avec le recul, je pense que mon insouciance naturelle m’a beaucoup aidé, notamment lors des castings. Je partais toujours du principe que je ne serais pas retenu et que je devais vivre l’instant comme un exercice.

C’est ainsi qu’à 24 ans, je me suis retrouvé à présenter la météo sur TV5 Monde, une chaîne alors diffusée dans 230 millions de foyers.

Quels ont été les principaux défis à surmonter en tant que professionnel issu de la diaspora rd-congolaise ?

Le premier défi est souvent celui de la légitimité. Il faut parfois travailler deux fois plus pour prouver que l’on mérite sa place.

Ensuite, il y a la question de la représentation. Lorsqu’on vient de la diaspora africaine, on est parfois cantonné à certains rôles ou à certains types d’événements. Mon ambition a toujours été de dépasser ces cadres et d’évoluer dans des univers variés : institutionnels, culturels et internationaux.

Je considère néanmoins mon origine comme une richesse. Elle m’apporte une sensibilité particulière et une responsabilité : celle d’ouvrir des portes aux générations suivantes.

En journalisme comme dans l’animation d’événements, on s’inspire souvent de figures marquantes. Qui sont vos modèles ou vos références ?

En matière de représentativité, Harry Roselmack a clairement été un modèle. Voir quelqu’un qui me ressemble présenter un journal télévisé à une heure de grande écoute, sur la première chaîne d’Europe, était un message fort.

J’apprécie également beaucoup le style de Trevor Noah, aux États-Unis, dans un registre totalement différent.

En tant que maître de cérémonie, avez-vous développé une spécialité ou une préférence particulière ?

Je suis très inspiré par les shows à l’américaine, par l’entertainment. Aux États-Unis d’Amérique, il n’est pas rare qu’un MC sache danser, jouer la comédie et chanter. Ma formation au conservatoire me donne cette polyvalence.

J’ai aussi une affinité particulière pour les événements à forte portée symbolique : cérémonies culturelles, institutionnelles ou remises de prix.

J’aime ces moments où l’on célèbre des parcours et où l’on met des talents en lumière, comme ce fut le cas lors des Lumumba Awards.

Qu’est-ce qui fait, selon vous, un bon maître de cérémonie aujourd’hui ?

Un bon MC est quelqu’un qui sait capter le pouls d’une salle : relancer quand il le faut, laisser des silences, remobiliser le public. J’aime l’idée que l’audience fasse pleinement partie du spectacle.

Un bon maître de cérémonie ne se résume pas à quelqu’un qui s’exprime bien. Il doit comprendre l’esprit de l’événement, respecter le public, maîtriser le temps, gérer les imprévus et les émotions. Il est à la fois chef d’orchestre, conteur et lien humain entre les différents moments de la soirée.

Et surtout, il doit savoir s’effacer lorsque cela est nécessaire, afin de laisser la lumière aux invités et aux lauréats.

En 2025, vous avez animé la première édition des Lumumba Awards. Pourquoi, selon vous, les organisateurs vous ont-ils confié ce rôle ?

Je pense qu’ils recherchaient une personnalité capable d’incarner à la fois la crédibilité journalistique et la proximité avec la diaspora. Il fallait également être capable d’assurer techniquement trois heures trente de présentation en direct.

Les Lumumba Awards ne sont pas une simple cérémonie : ils portent une mémoire, une histoire, un héritage. Il fallait comprendre cette dimension symbolique tout en insufflant du rythme et de la modernité à la soirée.

Le fait que j’aie déjà animé des événements internationaux et culturels a certainement joué en ma faveur.

Quels sentiments vous ont traversé pendant et après cette soirée ?

Beaucoup de fierté, d’émotion et de gratitude. Fierté de représenter, à ma manière, une jeunesse congolaise ambitieuse et engagée. Émotion de voir autant de talents réunis autour d’une figure aussi forte que Patrice Lumumba. Gratitude envers les organisateurs pour leur confiance et envers le public pour son accueil.

Avec le recul, que représente aujourd’hui cet événement dans votre parcours ?

C’est un jalon important. Cette cérémonie était symbolique, exigeante et très attendue par la diaspora. L’avoir présentée restera un moment marquant de mon parcours.

Elle m’a conforté dans l’idée que je peux occuper des scènes d’envergure et porter des événements à forte dimension culturelle et historique.

Pouvez-vous citer quelques professionnels que vous admirez ?

Abdoul Kaba est, selon moi, un grand nom de l’animation. Il existe de nombreux talents, en RDC comme au sein de la diaspora.

En journalisme, j’ai du respect pour les professionnels qui travaillent avec rigueur et courage, parfois dans des conditions difficiles.

Dans l’événementiel, j’admire ceux qui ont su imposer leur style, leur élégance et leur authenticité, et qui font de la scène un espace de transmission, au-delà du simple spectacle.

Quel message souhaitez-vous adresser aux rd-congolais de la diaspora et du pays, notamment concernant la paix à l’Est et les enjeux de développement ?

Je crois profondément en la responsabilité collective. La diaspora congolaise représente une force immense, mais cette force doit servir un objectif commun : la paix, l’unité et le développement du pays.

Nous devons dépasser les divisions et les querelles stériles pour nous concentrer sur ce qui nous rassemble : l’amour du Congo et la volonté de bâtir un avenir meilleur pour les générations futures.

La paix à l’Est n’est pas uniquement une question politique, c’est une urgence humaine. Chacun, à son niveau, peut porter un message de responsabilité, de solidarité et d’espoir.

Quelles sont vos perspectives ?

Continuer à grandir, à apprendre et à m’imposer comme une signature forte du paysage médiatique et événementiel.

Je souhaite développer des projets personnels, notamment des formats d’émissions ou de podcasts, et collaborer avec des institutions, des médias et des événements d’envergure.

CINARDO KIVUILA