Entre retour assumé à l’essentiel, chiffres vertigineux sur les plateformes digitales et reconnexion profonde avec ses racines rd-congolaises, Mohombi dresse le bilan d’une année 2025 vécue comme une parenthèse créative et libératrice. De la scène internationale à la préparation de « Rumba 2.0 », l’artiste se confie sans filtre sur son parcours, sa vision de la musique, du business et de l’avenir de la culture rd-congolaise. Interview.
En 2025, quels ont été les moments forts de votre carrière musicale et comment évaluez-vous cette année par rapport aux précédentes ?
Pour moi, 2025 a été une très belle année. C’est vraiment une période où j’ai décidé de revenir un peu, de me recentrer sur mon art, sur ma musique, et surtout de revenir sur scène.

J’ai vraiment kiffé. C’était une année de plaisir, une année où j’ai fait ce que je ressentais. J’ai sorti de la musique sans trop me poser de questions sur qui allait aimer ou pas. Je me suis focalisé sur ce que moi j’aimais, en suivant mon instinct, et ça a donné quelque chose de très positif.
J’ai fait énormément de concerts à travers le monde : en Inde, en Asie, en Europe et un peu en Afrique. C’était vraiment chouette. Je dirais que 2025 a été une année de transition, une année de préparation pour 2026, qui sera marquée par beaucoup de sorties, beaucoup de musiques que j’ai longtemps gardées pour moi et que j’ai désormais envie de partager avec le monde entier.

Vous avez atteint 12 milliards de streams en 2025 sur toutes les plateformes. Comment décrivez-vous cette prouesse ?
Effectivement, 12 milliards de streams, toutes catégories confondues, en tant que producteur, compositeur, auteur et artiste, ce n’est pas quelque chose à prendre à la légère. C’est un chiffre astronomique.
Je l’explique simplement : c’est le fruit du travail, de la persévérance, du fait de rester créatif et correct dans le business. Les gens reviennent travailler avec vous quand ils sentent que la chimie est bonne, que la synergie est là, et surtout qu’ils peuvent compter sur vous. Finalement, le secret pour durer dans ce milieu, c’est de rester quelqu’un de droit et de transparent.
Cette performance vous a-t-elle surpris ?
C’est toujours surprenant et excitant. C’est une immense satisfaction de réaliser que l’art que j’ai créé touche les quatre coins de la planète, qu’il est consommé dans les films, les boîtes de nuit, les radios du monde entier. C’est extraordinaire.
Mais je reste focalisé sur le travail. Je me demande toujours quelle est la prochaine étape, la prochaine grande chanson, le prochain tube. Être artiste, c’est aussi ça : toujours regarder vers l’avant.

Quel impact ces performances digitales ont-elles eu sur votre stratégie artistique et votre lien avec le public, notamment en Afrique et en RDC ?
Forcément, ça pousse à vouloir faire toujours mieux, à améliorer son art, sa plume, sa manière de créer. Le monde est devenu digital, et aujourd’hui un jeune à Kikwit, Goma ou Lubumbashi peut se connecter et écouter la même musique que quelqu’un à New York ou à Tokyo.
La musique s’adresse désormais à tout le monde. Personnellement, je fais de la musique pour tous ceux à qui ça peut parler, sans distinction.
Où en est l’album 100 % made in Congo « Rumba 2.0 ? »
« Rumba 2.0 » est un projet qui me tient énormément à cœur. Il a pris du temps, mais nous sommes dans les dernières finitions. En 2026, le public va m’entendre chanter davantage en Lingala, ma langue natale, avec aussi du français, et des sonorités plus proches du public congolais.
Cela dit, je continue à faire de la musique pour tout le monde. Même quand je fais de la rumba, je la fais à ma sauce, avec l’idée qu’elle puisse toucher n’importe qui, partout dans le monde.

Pourquoi ce retour à la rumba et aux sources ?
La motivation, encore une fois, c’est le kiff. Aujourd’hui, j’ai la chance de pouvoir faire ce que j’aime vraiment. J’espère simplement que les gens ressentiront les émotions que je mets dans ma musique.
Et puis je suis Congolais. J’aime mon drapeau, mon pays, ma patrie. À un moment donné, il est naturel que cela se reflète aussi dans ma musique.
Dans « Mamadona », vous chantez en Lingala, en français et en anglais. Que représente cette diversité linguistique ?
Ce sont tout simplement les langues que je parle au quotidien. Je suis dans une phase de ma vie et de ma carrière où je suis pleinement moi-même. Je m’exprime dans mes chansons comme je m’exprime dans la vie de tous les jours.

Comment comparez-vous le Mohombi d’aujourd’hui à celui de « Bumpy Ride »?
C’est un Mohombi qui a grandi. Aujourd’hui, je suis père de famille. J’ai d’autres activités en dehors de la musique et d’autres responsabilités. Beaucoup de personnes comptent sur moi à travers les structures et les business que j’ai montés.
Mais au fond, je reste le même gars, le même fils du Congo qui a grandi à Mont-Ngafula, qui aime la vie et qui essaie, à travers les talents que Dieu lui a donnés, d’avoir un impact positif dans sa communauté.
Avec autant de tubes, de collaborations prestigieuses et deux Grammy Awards, avez-vous encore quelque chose à prouver ?
À part à moi-même, non. Je n’ai rien à prouver à personne. Je continue simplement à écouter mon intuition et à travailler. Je suis mon seul compétiteur. Le monde est grand, il y a de la place pour tout le monde.
Vous êtes souvent partagé entre Kinshasa et l’étranger. Pourquoi ce choix ?
Dire que j’ai quitté Kinshasa n’est pas vraiment vrai. Je ne quitterai jamais le Congo. Mais le monde est grand, et mes ailes le sont aussi. En tant qu’artiste et ambassadeur culturel, il est important de voyager, de rencontrer des gens et de découvrir d’autres horizons.
C’est une passion que j’ai depuis l’enfance, et aujourd’hui je la partage avec ma famille et mes enfants.

Avez-vous déjà envisagé d’arrêter la musique ?
On peut être tenté, surtout quand les affaires marchent bien. Mais la musique est dans mon âme, dans mon cœur. Elle fait partie de moi. C’est impossible d’arrêter complètement.
2025 a été un retour vers la musique, encouragé par ma famille. Aujourd’hui, tout se fait en famille : les décisions, les projets. On est dans un grand kiff collectif.
Comment voyez-vous la musique congolaise aujourd’hui ?
Elle évolue très bien. Les Congolais sont partout dans le monde et ont toujours eu cette avance créative. Aujourd’hui, une nouvelle génération émerge et c’est magnifique à voir. La musique congolaise ne vient plus seulement du Congo, elle vient de partout, et c’est une vraie richesse.
Pourquoi les droits d’auteur fonctionnent-ils ailleurs et pas en RDC ?
C’est une question d’organisation. Les droits d’auteur sont le cœur de la culture et le gagne-pain des créateurs. En RDC, il y a encore trop de désordre, de corruption et de magouilles.
Il faut mettre les artistes au centre de cette question et organiser sérieusement le système. Sinon, les créateurs continueront d’aller s’inscrire ailleurs, là où leurs droits sont respectés.

Comment vous adaptez-vous à la transformation digitale de l’industrie musicale ?
Il faut s’adapter, étudier et comprendre comment le système fonctionne. Les choses évoluent très vite. Pour rester pertinent, il faut rester informé et ouvert au changement.
Un dernier message pour la RDC et la diaspora ?
Je souhaite mes meilleurs vœux à tous. Que Dieu nous protège. Essayons de nous unir pour mettre fin aux injustices, à la guerre, et retrouver cet esprit collectif congolais.
CINARDO KIVUILA