Les images circulant sur les réseaux sociaux sont plus qu’un simple fait divers météorologique ; elles sont le réquisitoire silencieux d’une gestion calamiteuse. On y voit la pelouse du mythique Stade Tata Raphaël, à Kinshasa, transformée en un marécage impraticable. Au centre de ce désastre aquatique, une motopompe isolée tente désespérément d’évacuer des tonnes d’eau.
Ce spectacle désolant pose une question brutale : comment un patrimoine si chargé d’histoire a-t-il pu sombrer dans une telle déliquescence ?

Une gestion au jour le jour, loin des standards internationaux
Le constat est amer. Alors que la République démocratique du Congo (RDC) ambitionne de redorer son blason sportif, l’état des infrastructures sportives à Kinshasa témoigne d’un amateurisme chronique. Le Stade Tata Raphaël, autrefois théâtre du « Combat du Siècle » entre Ali et Foreman, n’est plus que l’ombre de lui-même. Cet écrin a également de plusieurs grandes rencontres sportives pour lesquelles les amoureux du ballon rond n’hésitaient pas à télécharger 1xbet pour android.
Le problème ne réside pas seulement dans les intempéries, mais dans l’absence totale de culture de maintenance. En RDC, on inaugure en grande pompe, mais on oublie de maintenir. Les systèmes de drainage, essentiels pour un stade de cette envergure sous un climat tropical, semblent inexistants ou totalement obstrués. Utiliser une petite pompe de chantier pour vider un terrain de football après une pluie est une insulte à l’ingénierie moderne et au professionnalisme que requiert le sport de haut niveau.
L’illusion des réhabilitations de façade
Pourtant, des fonds ont été décaissés. Dans le cadre des récents Jeux de la Francophonie, des travaux de rénovation ont été annoncés et partiellement exécutés. Mais où est passée la qualité ? Les experts du secteur pointent du doigt des marchés publics parfois opaques et une exécution des travaux qui privilégie l’esthétique immédiate (la peinture) au détriment structurel (l’assainissement et le drainage).
Cette gestion court-termiste empêche non seulement le développement du football congolais, mais met également en péril la sécurité des athlètes et du public. Un stade dont la pelouse est inondée à la moindre averse est un stade inutile, un « éléphant blanc » qui pèse sur les finances publiques sans offrir de retour sur investissement social ou économique.
Vers une privatisation de la gestion
Face à l’incapacité de l’État à assurer la pérennité de ces édifices, la question de la privatisation de la gestion des stades doit être posée avec force. Le modèle actuel, où des fonctionnaires gèrent des enceintes complexes sans budget de fonctionnement adéquat ni expertise technique, a atteint ses limites.

Pour sauver le sport congolais, il est urgent de :
- Confier la maintenance à des entreprises spécialisées via des contrats de partenariat public-privé (PPP).
- Auditer sérieusement les fonds alloués à la réhabilitation des sites sportifs.
- Intégrer des systèmes de drainage de dernière génération, capables de répondre aux rigueurs climatiques de Kinshasa.
Le naufrage du Stade Tata Raphaël est le symptôme d’un mal profond : l’absence de vision à long terme. Tant que les autorités sportives de la RDC ne placeront pas la gestion rigoureuse des infrastructures au cœur de leur stratégie, nos stades resteront des piscines à ciel ouvert et notre sport continuera de patauger dans la médiocrité. Le public congolais, passionné et exigeant, mérite mieux que des solutions de fortune pour des monuments historiques.
GILBERT MULUMBA (CP)