Chaque année, l’Organisation mondiale du tourisme dresse la liste des destinations les plus attractives de la planète et en évalue les retombées socioéconomiques. Kinshasa, province et capitale de la République Démocratique du Congo, n’y figure toujours pas. Une absence qui interroge, dérange et renvoie à des réalités urbaines persistantes : insalubrité chronique, insécurité diffuse et gouvernance touristique encore fragile.
Les efforts sont certes, fournis, mais n’ont pas encore convaincu l’OMT. Même en tant que province, Kinshasa n’arrive pas à attirer l’attention des habitués du tourisme. Elle est aussi absente du top 50 de villes africaines les plus visitées par les touristes. C’est une question de volonté et d’organisation.

Kinshasa, une capitale absente des radars touristiques mondiaux
Dans un contexte de concurrence accrue entre les grandes villes africaines et mondiales, Kinshasa peine à s’imposer comme destination touristique régulière. Partenariats avec quelques clubs européens autour de la marque « RDC Cœur de l’Afrique », implantation progressive d’hôtels et de restaurants de renommée internationale, participation répétée des autorités à des conférences internationales : ces initiatives, bien que nécessaires, demeurent insuffisantes pour repositionner durablement la capitale rd-congolaise.
Le respect des normes urbaines, environnementales et sécuritaires reste un facteur déterminant de reconnaissance internationale. À ce jour, plusieurs dysfonctionnements structurels freinent l’essor du tourisme kinois et limitent son intégration dans les grands circuits continentaux.
Insalubrité chronique : Un marqueur négatif durable pour l’image de la ville
L’insalubrité affecte l’image internationale de Kinshasa bien au-delà d’une simple question d’esthétique urbaine. Elle agit comme un indicateur immédiat du niveau d’organisation et de gouvernance de la ville. Déchets accumulés, caniveaux bouchés, voiries dégradées, odeurs persistantes et inondations saisonnières s’imposent comme des images récurrentes, largement relayées par les réseaux sociaux et les récits d’expérience.
Dans un environnement où la réputation d’une destination se construit à distance, ces scènes éclipsent la richesse culturelle, artistique et humaine de Kinshasa, alors reconnues par l’UNESCO. Elles alimentent des craintes sanitaires et logistiques et installent l’idée d’une ville imprévisible, où confort et sécurité ne sont pas garantis.
À cela s’ajoute la production massive de déchets plastiques sans régulation environnementale suffisante. En saison des pluies, canaux obstrués, érosions, éboulements et pertes en vies humaines renforcent l’image d’une ville vulnérable et peu résiliente face aux chocs climatiques, affaiblissant davantage son attractivité touristique. Pas de risques particuliers enregistrés par l’organisation mondiale de la santé – OMS -.

Insécurité urbaine : un frein majeur au tourisme culturel, événementiel et d’affaires
L’insécurité urbaine constitue l’un des obstacles les plus dissuasifs au développement du tourisme à Kinshasa. Vols, braquages, violences nocturnes, phénomène Kuluna et cas de kidnapping, qu’ils soient vécus ou simplement perçus, installent un climat d’incertitude durable.
Le tourisme culturel repose sur la liberté de circulation et l’accès aux espaces de vie, souvent en soirée. Or, la peur limite les déplacements, confine les visiteurs à quelques zones réputées sûres et empêche une immersion réelle dans la vitalité artistique et musicale kinoise.
Le tourisme événementiel subit des contraintes encore plus lourdes. Concerts, festivals, salons ou conférences exigent une sécurité crédible et une image rassurante pour les partenaires et les sponsors. Dans un contexte d’insécurité persistante, les coûts explosent, la logistique se complexifie et le risque réputationnel devient dissuasif.
Quant au tourisme d’affaires, il reste largement cantonné aux hôtels et à quelques périmètres sécurisés, réduisant considérablement les retombées économiques locales. L’effectif et le professionnalisme de la police provinciale poussent à des questionnements.

Des impacts économiques lourds pour les acteurs du secteur
Hôteliers, restaurateurs, transporteurs aériens ou fluviaux ou encore terrestres, guides touristiques, organisateurs d’événements, night-clubs et casinos subissent de plein fouet les effets combinés de l’insalubrité et de l’insécurité. Baisse de fréquentation, séjours écourtés, annulations d’événements et irrégularité des recettes fragilisent la rentabilité des établissements.
À ces pertes s’ajoutent des coûts d’exploitation élevés : sécurité privée, assurances, entretien constant des espaces et gestion des déchets. Sans amélioration durable de l’environnement urbain, ces investissements restent défensifs et pèsent sur la compétitivité du secteur.
Indirectement, la fragmentation de la destination empêche la création de parcours touristiques cohérents et limite les synergies entre les acteurs, affaiblissant l’impact du tourisme sur l’économie locale et l’emploi.

Une concurrence africaine de plus en plus structurée
Face à des capitales africaines ayant investi massivement dans la propreté, la sécurité et la mobilité urbaine, Kinshasa court le risque d’une marginalisation progressive. À moyen terme, cette situation peut entraîner la perte d’événements culturels, sportifs et économiques au profit de villes jugées plus fiables.
À long terme, le risque est surtout réputationnel. Une ville durablement associée à l’insalubrité et à l’insécurité s’inscrit dans un imaginaire négatif difficile à corriger, même lorsque des efforts sont engagés ultérieurement.
Perceptions croisées : touristes, diaspora et investisseurs
Pour les touristes potentiels, l’état de l’environnement urbain et le climat sécuritaire sont des indicateurs immédiats de la qualité du séjour. Pour la diaspora rd-congolaise, l’attachement émotionnel reste fort, mais les considérations pratiques influencent la décision de voyager en famille, d’organiser des événements ou d’investir.
Les investisseurs de ce secteur, quant à eux, y voient des signaux de gouvernance et de maîtrise du risque. Insalubrité persistante et insécurité non maîtrisée allongent les délais de rentabilité et freinent l’engagement financier.

Transformer les faiblesses en leviers de relance touristique durable
La relance touristique de Kinshasa suppose un changement de paradigme. La ville doit être pensée comme une destination à part entière, avec une vision claire et une responsabilité partagée entre l’État, la ville, les communes, le secteur privé et la société civile.
« À court terme, des résultats visibles sont indispensables : assainissement ciblé et sécurisation renforcée des zones à forte fréquentation culturelle, économique et événementielle. Sur le plan structurel, le rôle de l’Office national du tourisme doit être revalorisé comme organe central de coordination et de promotion stratégique », nous a confié un opérateur touristique dans l’anonymat.
De poursuivre : « La lutte contre l’insalubrité doit s’attaquer à la racine du problème, notamment par une régulation ferme des plastiques, des mécanismes de responsabilité environnementale et une gestion rigoureuse des déchets. La sécurité, quant à elle, doit être pensée comme une composante essentielle de l’expérience urbaine, fondée sur une présence professionnelle, visible et coordonnée, et non, une surmédiatisation ou une surcommunication des actions sans impact visible ».
Enfin, la mobilisation sociale demeure un levier décisif. Bourgmestres, associations locales, artistes, leaders religieux et figures culturelles disposent d’un pouvoir d’influence majeur pour transformer les comportements collectifs. Leur implication est indispensable pour permettre à Kinshasa de convertir ses défis urbains en opportunités de développement touristique, économique et culturel. C’est encore possible, car ce modèle de gouvernance participative et de transparence marche bien dans tous les pays qui se retrouvent dans le classement de l’ONU Tourisme. La révision et la réduction des impôts s’avèrent également nécessaires tant pour les nationaux que pour les étrangers investisseurs dans ce secteur.
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