À l’Institut National pour Aveugles de Mont Ngafula, l’espoir ne se contemple pas. Il se construit, patiemment, au rythme des doigts qui parcourent le braille, des voix qui guident et des volontés qui refusent de plier face aux limites du système. Ici, chaque jour est une victoire silencieuse sur les préjugés.
Dans cette école située à Matadi Kibala, en périphérie de Kinshasa, approchée par la rédaction de B-one Télévision conduite par la journaliste Patricia Phanzu, l’inclusion scolaire n’est pas un concept abstrait. Elle est une réalité vécue, une pédagogie adaptée, une promesse d’avenir pour des enfants que la société a trop souvent relégués à la marge. Parmi eux, Étienna Kiseme Kapeta, 15 ans, incarne cette jeunesse rd-congolaise résiliente qui transforme l’adversité en force.

Son histoire commence par une épreuve. À l’âge de cinq ans, un accident domestique lui fait perdre la vue. Un basculement brutal, difficile à accepter pour une enfant confrontée à une nouvelle réalité. « Au début, je ne voulais pas vraiment accepter mon état », confie-t-elle. L’apprentissage du braille, les premiers pas dans un environnement inconnu, les chutes, la solitude… autant d’obstacles qui auraient pu briser son élan.
Mais à Mont Ngafula, Étienna apprend à « voir autrement ». Elle découvre une autre manière d’appréhender le monde, par le toucher, la mémoire et l’écoute. « La réadaptation, c’est là où tous les aveugles apprennent l’écriture braille. C’est notre écriture », explique-t-elle avec fierté.

Dans la salle de classe, le silence est studieux. Les leçons prennent une forme différente, mais l’exigence reste la même. Étienna Kiseme s’y distingue rapidement. Élève brillante et appliquée, elle surprend même ses enseignants par sa capacité d’assimilation. « Du point de vue de l’application, elle fait mieux que certains élèves voyants », reconnaît l’un d’eux, tout en soulignant les défis spécifiques liés aux disciplines scientifiques, où la compréhension passe davantage par l’oral.
Mais au-delà des performances scolaires, c’est un combat plus intime qu’elle mène. Celui de l’intégration sociale. « Je me cogne, personne ne m’aide… je tombe, personne ne me tend la main », raconte-t-elle, évoquant ses premières années d’isolement. L’amitié viendra plus tard, en sixième primaire, comme une lumière dans un parcours jusque-là solitaire.

Aujourd’hui, Étienna avance avec assurance. Elle assume son identité, revendique sa place et nourrit des ambitions claires. « Je n’aime pas l’inégalité, je n’aime pas l’injustice. Je me vois dans la justice, en train de défendre ceux qui sont comme moi », affirme-t-elle, déterminée.
Son engagement et son parcours lui ont déjà valu d’être remarquée, notamment lors de la deuxième édition de Level Up Makutano, grâce à l’accompagnement du mouvement Inspiration. Une tribune où elle a livré un message poignant : « Je ne vois pas, mais j’ai appris à voir autrement ».

Derrière cette réussite, il y a aussi une famille. Une mère attentive, présente, qui veille au quotidien à l’épanouissement de sa fille. « Elle est toujours première de la classe, très autonome… elle accomplit seule les tâches ménagères », témoigne-t-elle avec émotion. Un soutien essentiel dans un environnement où les structures d’accompagnement restent insuffisantes.
Car, en République Démocratique du Congo, l’inclusion scolaire des personnes vivant avec handicap demeure un défi majeur. Les infrastructures adaptées sont rares, les ressources pédagogiques limitées, et les mentalités encore marquées par des préjugés persistants. Pourtant, des initiatives comme celles de Mont Ngafula prouvent qu’un autre modèle est possible.

L’histoire d’Étienna dépasse son cas personnel. Elle interpelle. Elle questionne la responsabilité collective. Elle rappelle que l’inclusion sociale ne peut être un slogan, mais une politique concrète, soutenue et durable.
Dans ce combat, l’État rd-congolais ne peut agir seul. Il a besoin d’un élan national et international. La diaspora rd-congolaise, forte de ses compétences, de ses ressources et de son attachement au pays, a un rôle déterminant à jouer. Investir dans l’éducation inclusive, soutenir les structures spécialisées, accompagner les familles, financer des équipements adaptés… autant d’actions capables d’accélérer l’égalité des chances.

Construire une Rd-Congo juste, équilibrée et durable passe par la reconnaissance de chaque citoyen, sans distinction. Les personnes vivant avec handicap ne demandent pas la compassion, mais des opportunités. Elles ne cherchent pas à être assistées, mais à être considérées.
À Mont Ngafula, Étienna Kiseme Kapeta en est la preuve vivante. Privée de la vue, mais riche d’une vision, celle d’un Congo où chaque enfant, quelles que soient ses différences, peut apprendre, grandir et rêver.
Et si l’inclusion devenait enfin une priorité nationale ?
B-ONE TV
CINARDO KIVUILA