Dans la complexité déraisonnable d’une ville de Kinshasa qui ne renonce guère aux méthodes de sa survie, à la croisée des routes entre effervescence de l’insouciance et difficultés insoumises, Muntu, Professeur de philosophie au sein du groupe scolaire « L’avenir de demain » a le sentiment de languir contrastant avec la noblesse de son métier. « Né Sur des pissenlits », le tout premier roman de l’auteur rd-congolais Jocelyn Danga publié éditions Élyzad raconte sur un ton poétique, le théâtre permanent de l’absurde d’une « Cité des rêves perdus ».
Dès les premières pages, le récit décolle. Le quotidien kinois est mis en orbite. L’infatigable caractéristique singulière de la ville baigne dans l’affrontement de l’impossible où les esprits surchauffent en permanence entre déboires et désinvolture. Muntu, le héros du roman lit dans son étourdissant parcours, essuie une salve d’équations implacables devant une réalité difficile d’un boulot avec un maigre salaire. Mais l’élan de l’espoir repère, dans le cours du récit, sa résonance baroudeuse grâce à la rencontre d’un ancien ami avec qui il a déjà subi une copieuse humiliation lors d’une soirée ignominieuse.

Ce dernier lui propose un deal de le faire participer à un colloque en France, en contrepartie, Muntu devra lui verser ses frais de participation et son perdiem. Dans l’espoir de voir sa vie changer et de prendre soin de sa mère, Muntu accepte la proposition de son ami.
Né sur des pissenlits est le miroir d’une ville de Kinshasa universelle. Muntu lui même est le fruit de différentes origines, naît à Soyo, grandit à Kinshasa et se retrouvant à Metz. Ce roman de l’auteur de 33 ans né de sa rencontre avec Élisabeth, l’une de ses éditrices s’ancre dans la profondeur de sa passion à raconter des situations, des histoires vécues. Ici, l’expression ne se cantonne, elle se libère, elle raconte le dénuement, les rencontres inattendues, l’espoir et la raison de vivre. Elle soulève des questions bien plus profondes dont la migration, la débrouille et les relations humaines.
Par sa passion rageuse de survivre mêlée de frustration, le héros soliloque et passe par toutes les situations. C’est peu dire que « Né sur des pissenlits » transcende les raisons d’abandonner, quand les dents grincent. Ce roman à la croisée des chemins entre poésie et humour trouve son rythme dans une création originale. Un roman à lire absolument.
CHADRACK MPERENG