Un différend éclate autour de la succession de la légende Papa Wemba. Des enfants nés de relations hors mariage contestent la gestion de l’héritage et réclament leur part, sur fond d’accusations visant l’épouse légale de l’artiste, Marie-Rose Luzolo, connue sous le nom d’Amazone.
La contestation est menée par Julie Kukuna, présentée comme l’aînée de la fratrie, aux côtés de son frère Sidney Poitier. Ensemble, ils structurent un collectif d’enfants du chanteur (nés hors mariage) qui dénoncent une répartition jugée inéquitable de l’héritage. Selon eux, plusieurs héritiers seraient écartés des décisions et des bénéfices liés aux biens du défunt.
Le point de cristallisation reste la vente de la résidence de l’artiste, acquise par l’État rd-congolais pour un montant estimé à 750 000 dollars américains. Une acquisition qui suscite des interrogations au sein de ce groupe d’enfants, qui estime ne pas avoir été associé au processus ni informé de manière transparente. Ils accusent directement Marie-Rose, d’avoir pris le contrôle de certains biens sans concertation avec l’ensemble des ayants droit.

Dans un live sur TikTok le lundi 27 avril 2026, ces héritiers avancent que Papa Wemba aurait eu près d’une vingtaine d’enfants. Ils affirment que plusieurs d’entre eux vivent encore en Rd-Congo dans des conditions précaires, loin de l’image de prospérité associée à la carrière internationale de leur père. Cette situation renforce leur volonté d’obtenir une reconnaissance officielle de leurs droits et une redistribution qu’ils jugent plus juste.
À travers leur démarche collective, ces enfants entendent porter l’affaire sur tous les fronts, y compris judiciaire si nécessaire. Ils disent vouloir aller jusqu’au bout pour faire valoir leurs droits et obtenir une part de l’héritage qu’ils considèrent légitime, relançant ainsi un dossier sensible autour de la mémoire et du patrimoine de l’une des plus grandes icônes de la musique africaine.
Sur le plan juridique, que dit la loi ?
En Rd-Congo, les règles relatives à la réserve successorale, celles régissant les petits héritages ainsi que les principes d’administration et de liquidation de la succession, sont fixées par les dispositions des articles 779 à 811 de la loi n°87-010 du 1er août 1987, telle que modifiée par la loi n°16/008 du 15 juillet 2016 portant Code de la Famille.
Partant des prescriptions légales, et dans le contexte de la succession de Papa Wemba, il sied de rappeler le principe selon lequel tout enfant rd-congolais doit avoir un père.
En conséquence, nul n’a le droit d’ignorer son enfant, qu’il soit né dans le mariage ou hors mariage (art. 591). Nul ne peut non plus contester la filiation des enfants de Papa Wemba nés hors mariage, dès lors que celui-ci les a reconnus de son vivant. C’est ainsi que la loi dispose que les enfants du défunt nés dans le mariage, ceux nés hors mariage mais affiliés de son vivant, ainsi que les enfants qu’il a adoptés, forment la première catégorie des héritiers de la succession (art. 758).
Amazone, en sa qualité de conjointe survivante, les père et mère, ainsi que les frères et sœurs germains, consanguins ou utérins de Papa Wemba, forment la deuxième catégorie des héritiers et constituent trois groupes distincts.
Si les frères et sœurs de Papa Wemba sont prédécédés mais ont laissé des descendants, ces derniers interviennent par représentation dans la succession.
Enfin, les oncles et tantes paternels ou maternels constituent les héritiers de la troisième catégorie, pouvant également être représentés par leurs propres enfants en cas de décès.
En outre, tous les enfants de Papa Wemba, nés dans ou hors mariage, se partagent les 3/4 de l’hérédité. Ce partage s’opère par portions égales entre eux et par représentation entre leurs descendants. Aussi, lorsque la succession comporte une maison, celle-ci est exclusivement attribuée aux héritiers de la première catégorie (art. 780). Est-ce que tous les héritiers ont obtenu la même part lors de la vente de la parcelle de Ma Campagne ?
Concernant l’administration et la liquidation, tant que la succession n’est pas clôturée, elle constitue un patrimoine distinct (art. 794). Le liquidateur désigné par la famille a pour rôle, entre autres, de fixer de manière définitive la liste des héritiers, d’élaborer les propositions de partage et de veiller à leur exécution dès qu’un accord ou une décision intervient.

Et le catalogue musical de Papa Wemba ?
La succession de Papa Wemba ne se limite pas à la vente de son patrimoine immobilier, mais englobe surtout la capitalisation de son catalogue musical, estimé à près de 5 millions USD. La famille a tout intérêt à s’unir pour mieux gérer ce catalogue, jusqu’ici disparate et administré par plusieurs éditeurs. Sa famille peut suivre les exemples de Bob Marley et de Fela Kuti où tous les enfants se sont mis d´accord pour administrer de commun accord le catalogue de leurs pères.
Dans le cas de Papa Wemba, si un groupe d’héritiers s’estime lésé, les actions en justice pour bloquer l’exercice des droits moraux et patrimoniaux (50 ans après le décès de l’auteur) pourraient paralyser l’administration et la valorisation de son catalogue. Aucune Major ne peut miser son argent pour acquérir un catalogue faisant l’objet des disputes interminables entre les héritiers. L’Administration des droits d’auteurs -ADACO- comme société civile de représentation et d’administration des droits individuels peut bien accompagner ces héritiers.
Pour tout dire, la conséquence serait alors un préjudice collectif : tout le monde y serait perdant tant que le désaccord persistera !
ETIENNE KAMBALA
Me GLODY MUABILA (consultant)