La musique rd-congolaise perd l’une de ses voix les plus élégantes. Le pasteur, auteur-compositeur et chanteur Carlyto Lassa, de son vrai nom Charles Ndombasi Lassa, est décédé ce lundi 31 août 2026 à Cincinnati, dans l’État de l’Ohio, aux États-Unis, à l’âge de 65 ans.
L’information a été annoncée par le Forum des Congolais de Cincinnati, où l’homme de Dieu séjournait dans le cadre d’une campagne d’évangélisation organisée les 29 et 30 août 2026. Quelques semaines auparavant, il témoignait encore de son parcours artistique et spirituel sur les antennes de Radio Okapi.

Une voix rare de la rumba congolaise
Carlyto Lassa appartient au cercle restreint des chanteurs qui ont profondément marqué l’âge d’or de la rumba et du soukous rd-congolais. Repéré dès son adolescence par le baryton Gérard Madiata ensuite le bassiste Céli Bitshou, il affine très tôt son talent avant de collaborer avec le légendaire Lutumba Simaro au sein de l’univers de l’OK Jazz. Mais c’est avec Choc Stars qu’il accède à la consécration, imposant une voix limpide, une diction singulière et une sensibilité qui feront de lui l’un des chanteurs les plus appréciés de sa génération.
Son timbre cristallin a porté plusieurs classiques devenus incontournables du patrimoine musical rd-congolais, notamment Maya, chanson qui l’a définitivement installé dans le cœur du public. À travers ses interprétations, Carlyto a démontré une capacité rare à transmettre l’émotion, aussi bien dans les chansons d’amour que dans les compositions à caractère social.

Une discographie riche entre rumba et gospel
L’œuvre de Carlyto Lassa traverse plusieurs époques de la musique rd-congolaise. Avec Choc Stars, il participe à des albums devenus cultes, parmi lesquels Le Duo Choc à Paris Vol. 1, Hé Wakatsa 2e épisode, Chagrin Dimone, La Force tranquille et plusieurs productions qui ont façonné le succès de l’orchestre durant les années 1980.
Au milieu des années 1990, installé en France, il entame une carrière solo avec l’album Africa na moto (1996), porté par des titres comme Châtelet, Africa na moto ou encore Bileyi ya Bana, qui témoignent de son attachement aux réalités africaines et à la rumba moderne.
Au début des années 2000, Carlyto opère un virage décisif en consacrant sa vie à l’Évangile. Il publie l’album La Reconnaissance (2001), qui ouvre une nouvelle page de son ministère musical avec des chants devenus populaires dans les communautés chrétiennes, notamment Makolo ya Massiya. Plus récemment, il avait encore proposé des œuvres spirituelles comme Confiance – Kili Kili Azongi et le single Nzambe na mawa, poursuivant sa mission d’évangélisation par la musique.

L’artiste devenu pasteur
Au-delà de la célébrité, Carlyto Lassa a choisi de mettre son talent au service de la foi chrétienne. Pasteur et chantre, il sillonnait plusieurs pays pour des campagnes d’évangélisation, convaincu que sa voix devait désormais « chanter la gloire de Dieu ». Cette reconversion n’a jamais effacé son immense héritage dans la musique profane ; elle lui a plutôt permis de toucher une nouvelle génération de fidèles et de mélomanes.

Un patrimoine musical qui survivra à l’artiste
Avec la disparition de Carlyto Lassa, la Rd-Congo perd un interprète d’exception, un compositeur inspiré et une figure qui aura réussi le pari de relier deux univers : celui de la rumba congolaise et celui de la musique gospel. Son parcours, de l’OK Jazz à Choc Stars, puis des grandes scènes de la rumba aux estrades d’évangélisation, restera gravé dans l’histoire de la musique rd-congolaise.
Carlyto Lassa laisse derrière lui un répertoire riche, une voix reconnaissable entre toutes et des chansons qui continueront de traverser les générations, rappelant qu’un grand artiste ne disparaît jamais vraiment tant que son œuvre continue de vivre.
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