Christiana Tabaro, le théâtre dans l’âme

Comédienne, autrice et metteuse en scène rd-congolaise, Christiana Tabaro est diplômée de l’Institut national des Arts -INA- en 2011. Elle est la co-fondatrice du collectif d’Art-Art (une troupe théâtrale) qu’elle co-dirige avec Michael Disanka. La plupart de ses spectacles s’inspirent de sa vie, de la Rd-Congo car elle est toujours dans la démarche d’écrire sa propre histoire.

Avec le collectif d’Art-Art, ils puisent dans leurs vies qui sont comme des bibliothèques pour parler à leurs contemporains. Avec ses plus de 10 ans d’expérience dans le théâtre, elle nous parle de ce domaine artistique en Rd-Congo. Entretien.

Nous avons constaté que le théâtre comme tel, le théâtre classique où les gens se déplacent pour voir des comédiens jouer sur scène n’est pas très populaire ici en RDC, pouvez-vous nous dire pourquoi ?

Il faut savoir que c’est le théâtre tout court, car le théâtre classique est un mouvement ancien qui a existé dans l’ancien temps. Moi je fais simplement du théâtre. Ce que je sais et qui est une évidence pour moi ce que les gens ont besoin du théâtre. C’est le processus pour amener le théâtre aux gens qui est biaisé par moment et cela renvoie à l’hypothèse selon laquelle les gens ne vont pas au théâtre.

Êtes-vous d’accord avec ceux qui disent que le théâtre est uniquement réservé à un public averti ?

Non, le théâtre attire toujours plus de monde. Ça dépend d’où tu es et comment ça se passe. Il faut une vraie politique pour pousser les gens à aller au théâtre dans leur quotidien. À Kinshasa, tout comme partout en RDC il est difficile qu’il y ait cette intégration car ce n’est pas tous les jours qu’il y a des spectacles de théâtre ; les artistes sont tout le temps épuisés de s’autoproduire, cela fait qu’il y ait de moins en moins de productions théâtrales.

Ph. Danny Willemes

Selon vous, que faut-il pour que le théâtre attire plus de monde en RDC ?

Il faudrait une certaine organisation, mais dans ce pays au niveau culturel, le théâtre n’est pas traité comme une priorité et pourtant ça devrait l’être. C’est là que l’artiste que je suis est censé trouver son sens (quel théâtre je fais, pour quel public, comment je m’y prends ?) mon public à moi c’est d’abord les gens de la RDC, de mon quartier, les enfants dans les écoles, les étudiants dans les universités, les femmes au marché, les passants dans la rue (sans distinction de classe sociale) et les gens partout dans le monde. Les gens ne peuvent pas acquérir l’habitude d’aller au théâtre quand il se passe par exemple plus de trois mois sans qu’il y ait une production théâtrale dans leur milieu ou quand il ne se passe vraiment rien là où ils vivent. Avec le collectif d’Art-Art, nous avions mis en place des projets pour amener le public au théâtre :

– « D’Art-Art à l’école » où on jouait dans des écoles et créait des pièces avec des élèves qui à leur tour, jouaient pour d’autres élèves.

– « Diseurs de textes » où on jouait dans les parcelles des gens pour leur faire découvrir nos textes, le travail théâtral qu’on fait en RDC. C’est comme cela que nous avons eu un public plus fidèle, maintenant à chaque fois que nous jouons sur scène, partout à Kinshasa nous avons des gens chez qui nous avons joué une fois qui viennent nous voir.

Cela a été une expérience dure vu que nous jouions dans des lieux qui n’étaient pas destinés au théâtre mais ce fut aussi une expérience riche car le public était content de voir pour la première fois une pièce de théâtre. Après cela, ils ont vu tous nos spectacles et celui des autres metteurs en scène car ils avaient pris le goût. Ce problème de public n’est pas seulement en RDC, même dans les autres coins du monde les artistes se plaignent de ne pas avoir assez de public. Le théâtre il faut vraiment l’aimer pour continuer de le faire. Je sais qu’il est primordial pour les gens, c’est une question vitale pour moi.

Quelle est la place de la femme dans l’art du spectacle en particulier du théâtre ?

Cette question de la place de la femme ramène toujours à d’autres questions. C’est comme si on veut toujours lui trouver une place que tout le monde pense est toujours mieux pour elle.

Je ne pense pas que ce soit à moi de dire où toutes les femmes doivent se placer dans le secteur culturel ou artistique en RDC, mais je sais que dans tous les domaines de la vie, elles sont là ; les femmes ont toujours été là. Peut-être qu’elles veulent qu’on leur foutent la paix avec tous ces jugements dont elles sont parfois victimes.

Moi en tant que femme je suis exactement là où je devrais être en harmonie avec ma tête, mon corps, mes pensées, mes idées et réflexions qui n’appartiennent qu’à moi. La vie d’une femme d’où qu’elle soit est toujours une lutte, un combat contre toute la société et malheureusement aussi contre soi-même ; gagner ce combat est merveilleux pour la femme car cela lui permet d’être à la place qu’elle veut.

Ph. Danny Willemes

Pouvez-vous nous parler de votre expérience dans ce domaine artistique ?

Mon expérience n’a jamais été simple. Au départ je voulais juste faire du théâtre, écrire mes propres textes, parler des questions qui bouillonnaient en moi et tenter d’y trouver des réponses ; je voulais aussi un endroit où je pourrais me sentir en sécurité par rapport à ma façon de voir le monde. Dès le départ, je me suis sentie censurée d’où la lutte dont je venais de parler, j’ai compris que je devais m’imposer, travailler deux fois plus, vraiment durement pour être prise au sérieuse parce qu’au départ quand t’es une femme et artiste on ne te prend pas au sérieux ; on s’imagine plusieurs choses sur toi et personne ne voit que t’es là pour toi aussi, essayer de changer le monde.

Comment imposer le respect ? C’est ça qui est le plus dur dans ce métier quand tu es une femme ; alors là t’es obligée de bosser plus dur, plus intelligemment. Maintenant j’ai d’autres préoccupations, d’autres questions qui bouillonnent en moi par rapport à avant car aujourd’hui je suis une artiste, femme mariée et mère d’un joli garçon. Je me demande comment arriver à le décharger de la lourde charge que la société a placé sur moi sans que je ne la lui demande, comment continuer à créer « mon théâtre »? Je me bats tous les jours pour que ma voix continue de porter.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J’ai fait mes études à l’Institut national des arts où j’ai étudié le théâtre. J’ai eu un diplôme en interprétation dramatique en 2011. Ensuite, avec Michael Disanka nous avons créé Le collectif d’Art-d’Art.

Juste en sortant de l’INA, j’ai mis en place un projet de spectacle théâtral nommé : « Parole de femme » que Michael a mis en scène. Ce spectacle a été joué plus de 100 fois, Ici en RDC à Kinshasa, Lubumbashi, au Kongo central, à Bukavu; à Brazzaville au Congo puis en France. J’ai animé plusieurs ateliers de théâtre dans les écoles. J’ai formé des enfants et en même temps ces enfants m’ont formée. En tout cas ils ont formé l’artiste que je suis.

Ph. Danny Willemes

Après l’INA, j’ai voulu rester dans le métier parce là quand tu finis tu es presque dans la rue et tu dois chercher toi- même sinon tu meurs. Petit à petit avec Michael Disanka, nous avons fait plusieurs projets qui tournent ici en Afrique et en Europe. Nous avons mis en place une trilogie. Il s’agit de trois spectacles qui ont été créés presque au même moment. « 7 mouvements Congo« , « 40 et 7000 façon de mourir » et « Géométrie de vie » que nous avons mis en scène et écrit ensemble. Ce travail a été présenté ici au Congo d’abord parce que notre travail c’est d’abord pour les congolais et congolaises et en suite en Belgique, en France et au Burkinafaso. Nous préparons actuellement une autre tournée  avec « Géométrie de vie » dans le Kongo Central, Kinshasa et d’autres provinces en RDC et ça débute au mois de mai. Je m’intéresse beaucoup aux videos d’Art. J’ai ma première vidéo d’Art que j’ai nommé « Utipie 32« . J’ai un album de musique qui s’appelle « Bwinja« . Je vis à Mbanzangungu.

J’ai fait des rencontres extraordinaires depuis l’Ina ou j’ai rencontré Michael Disanka aux côtés de qui j’ai travaillé durant toutes ces années avec nos collaborateurs Talu et Kady. Ça fait 11 ans que j’exerce dans le théâtre.

POPY-BARBARA MBOLI

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