Dans les trefonds des rites initiatiques Tshokwe, la transmission est gage du sacré et de préservation de l’identité culturelle et spirituelle. Ils valorisent la typicité qui demeure l’impact createur de la mémoire et un vecteur fondamental de connaissance, de passage de l’enfance à l’âge adulte. Cette initiation à la vie passe impérativement par les deux grandes institutions rituelles à savoir : le Mukanda (pour les garçons) et le Chiwila (pour les filles).
Le peuple Tshokwe cristallise l’histoire culturelle africaine ancrée dans les rites et traditions. Au creuset de l’histoire, depuis l’assèchement du Sahara qui a déclenché leur migration en Afrique subsaherienne, les Tshokwe dont la fabrique se fonde sur l’amitié (Usendo) et le vivre-ensemble, font montre d’intégrité. Disséminés en RDC, en Angola, en Zambie, en Namibie, au Zimbabwe, au Botswana et au Mozambique, ils revendiquent une descendance matrilinéaire et l’envergure d’un peuple aux valeurs sacrées dirigé par le seul et l’unique Grand Chef, le roi Mwene Mwatshisenge.

« Les Tshokwe ont un seul roi, c’est Mwatshisenge », souligne le Prince Lambert Kandala, Président de la Mutuelle Tshokwe. « Il vivait en Angola. Mais comme il était têtu, les Angolais l’ont beaucoup menacé. C’est ainsi qu’il a préféré venir au Congo. Mais il y a une jeune famille en Angola Mwene Mwatshisenge wa Tembo. »
En convoquant les initiations comme profondeur des sources historiques, le peuple Tshokwe solidifie l’empreinte du pouvoir et de la responsabilité. Un vecteur ineffable qui sert de boussole à bien de générations.

Mukanda, Chiwila : Forger les jeunes aux passages cruciaux
Chez le peuple Tshokwe, l’élan des institutions rituelles balise le chemin d’une intégration communautaire ancrée dans une éducation expansive. C’est un passage obligé qui porte les principes cardinaux en bandoulière et construit responsabilité et courage chez le jeune garçon et chez la jeune fille.
Cette étape indispensable qui, dans sa complétude nécessite une formation morale, intellectuelle, sociale et artistique, crée une véritable métamorphose dans le chef des hommes et des femmes prêts à préserver les us et coutumes, les traditions d’un peuple intègre et souverainiste.
Chez le jeune garçon, la formation commence par la circoncision (Mukanda). Ensuite une formation complète à travers laquelle on lui apprend à être responsable. Les Chilima, autrement dit les « non-initiés » sont par contre déconsidérés. « Chez nous la circoncision se faisait à 17, 18 ou 19 ans. Après la circoncision, on forfait des hommes capables de vivre dans la société et de savoir tenir un foyer », souligne le Prince Lambert Kandala.
Mais au niveau supérieur où les élites sont formées, le Zemba intervient. Cette initiation concerne des hommes adultes, protecteurs de la mémoire pour leur courage et leur fidélité.
Chez la jeune fille, on parle de Chiwila, l’équivalent du Mukanda. Cette initiation la prépare et lui apprend à devenir femme dès ses premières menstruations. Elle doit non seulement savoir tenir un foyer, mais aussi apprendre la pêche, les chants et les danses ancrés dans la tradition Tshokwe. Cette femme responsable a surtout le rôle de faire la cuisine et d’assurer la logistique. Ainsi on l’appelle « Na Chifa ».
Dans cette logique d’initiations, un Mukanda international avait été organisé en 2022 au Musée royal d’Afrique centrale de Tervuren en Belgique par le roi Mwene Mwatshisenge au cours duquel quelques Belges ont été initiés, symbole d’amitié prônée par le peuple Tshokwe.

Le peuple Tshokwe et les masques initiatiques
Au cœur des initiations Tshokwe, les masques occupent une place de choix. Si les masques de réjouissance tels que la Mwana Pwo (belle jeune femme fertile), le Cihongo (symbole de la richesse et de l’autorité) portent une symbolique assez particulière sur le plan de la préservation culturelle et artistique, les masques des initiations eux symbolisent une dimension spirituelle et s’écartent de l’héritage.
Du Cikungu, masque royal symbole du pouvoir coutumier au Cikunza représentant l’esprit protecteur, en passant par Katoyo (divertissement), et Akishi wa Mukanda, les masques initiatiques Tshokwe incarnent le sacré et déploient une communication directe avec les ancêtres et les esprits invisibles. « Après chaque initiation, tous ces masques disparaissent, ensuite on les enterre », fait savoir le Prince Lambert Kandala.
CHADRACK MPERENG