Dalienst Ntesa Nzitani, le grand maquisard

Il y a 21 ans, j’étais encore jeune j’écoutais vers 71-72 ses chansons à la maison, tout le temps. C’est au cours de la tournée que j’avais organisée avec le TP OK jazz de Grand maître Franco en 1988 que j’ai tissé des relations amicales avec Dalienst Ntesa. Auparavant, je le voyais et l’admirais de loin lors des concerts de l’OK Jazz chez Un, deux, trois “. C’est son prénom qui donne le surnom de Dalienst, il est né à Kinsiona (Kongo central) le 30.10.1946, de souche Musi-Ngombé.

Du premier entretien que j’ai eu avec lui, il me dira qu’il était d’abord moniteur à Mbanza-Ngungu avant de rallier Kinshasa en 1965 à la demande de son cousin Verckys  Georges Kiamuangana pour rejoindre la chorale de l’église kimbanguiste. Mais c’est chez Jeannot Bombenga qu’il démarre sa carrière et qu’il signe ses tout premiers titres.

 

Parcours

Il partage avec Verckys une enfance qui a baigné dans la foi religieuse de l’église du Christ par le prophète Simon Kimbangu.

 

Daniel Ntesa Nzitani entreprend, ensuite, des études qui le conduisent à devenir moniteur dans une école kimbanguiste de Mbanza-Ngungu. En1965, il débarque à Kinshasa et entre dans la chorale de cette confession religieuse. Il chante et répète intensivement dans l’église de la commune de Kasa-Vubu où Kiamuangana Mateta avait, auparavant, preste comme flûtiste puis saxophoniste. Doté d’une superbe voix, Ntesa émerveille les fidèles durant les offices religieux dominicaux et voit en même temps sa réputation dépasser les contours de l’assemblée religieuse. Aussi, de responsables des grands orchestres de Kinshasa commencent-ils à se bousculer à son portillon. En 1967, Daniel  Ntesa, devenu Dalienst, intègre Vox Africa de Jeannot Bombenga : le succès est immédiatement au rendez-vous. Son timbre vocal  commence à conquérir les mélomanes du Congo puis d’Afrique. Aux côtés de Bombenga, il compose sa première chanson « Mbombo Aline ». Une année plus tard, en 1968, Dalienst répond à l’appel de Denis Ilosono, conseiller de Mobutu à l’époque et tuteur de l’orchestre Festival des Maquisards. Cette grande formation musicale réunit des jeunes talents dont les guitaristes Vangu Guvano, Mandjeku Dizzy, Michelino Mavatiku , Mi-chemin ainsi que Bokosa Johnny sans oublier le chanteur Sam Mangwana qu’accompagnent Pascal Yikiladio, son jeune frère et Lokombe Nkalulu.

 

Festival des Maquisards distille tubes sur tubes et place ses musiciens au faîte du succès. C’est l’ère de ” Georgina ”, ” Compagnie ewumela ” de Sam,  ” Yambi chéri ” et  ” Égale M.T ”  de  Michelino, etc. La ville de Kinshasa, et le Congo entier et des nombreux coins au d’Afrique vibrent au diapason du Festival des Maquisards.

 

À partir de l’année 1969, l’orchestre connaît de grands déboires avec l’arrestation de son mécène et la saisie de ses instruments pendant qu’il se trouvait en tournée dans la province du Kasaï Oriental, à Mbuji-Mayi, chaque musicien doit se débrouiller pour rentrer à Kinshasa, suite à cette déconvenue. C’est le sauve qui peut ! De retours à Kinshasa, Ntesa Dalienst se tourne vers son cousin Verckys qui lui tend la perche illico presto, en lui offrant d’autres instruments de musique. Dalienst monte alors l’orchestre Les Grands maquisards, une formation qui, elle aussi, embrase le microcosme musical.

 

L’ossature du nouvel ensemble comprend Dizzy Mandjeku, premier guitariste soliste, Nsingi Mageda, deuxième soliste, Lokombe, Diana, Kiesse Diambu (son autre cousin) et Ntesa au chant, Michel Yuma au saxophone, Jéremie Kabongo à la trompette, Dave Makondele à la guitare rythmique, etc… Le 10 octobre 1970, Les Grands maquisards fait sa sortie officielle dans le célèbre dancing bar « Vis-à-vis »  de Matongé.  On se délecte en écoutant les « Maria Mboka »,  « Delia », *Biki*, « Jarrya », « Tokosenga na nzambe », « Esese », « Santu Petelo »,  « Obatama mobali ndima pasi », etc…

 

Le groupe entreprend des tournées à travers le Congo et l’Afrique. Et, le succès monte. Et comme en pareille circonstance, le démon de la division s’y invite : le groupe se scinde en deux et Ntesa se voit contraint d’organiser son ensemble sur des bases nouvelles.

 

S’obstinant à maintenir le cap avec de nouveaux éléments, il entre en studio et produit « Papa Tchikaya », « Nakelassi le premier okozanga te », etc., des chansons auxquelles le public réserve un accueil mitigé. Quelque peu dépité, mais non essoufflé, l’artiste  effectue un repli stratégique et réfléchissant sur des orientations nouvelles à donner à sa carrière musicale. Celle-ci reçoit une nouvelle impulsion grâce a son intégration, en 1976,  dans l’orchestre OK Jazz de Luambo Franco. Soprano redoutable, le chanteur exhibe non seulement  le charme et la tonicité de sa voix, mais également la richesse de ses compositions au travers de « Bina na nga na respect », « Muzi », « Mulele », « Tantine », il apporte un bol d’oxygène au groupe et lui redonne de nouvelles couleurs. L’artiste se redécouvre nanti d’une veine prodigieuse en composant des œuvres d’un grand lyrisme, bâties sur un socle indéboulonnable : la rumba odemba.

 

Neuf années durant [jusqu’en 1985], le prestigieux Ntesa évolue aux côtes d’autres joyaux musicaux tels que  Josky Kiambukuta, Ndombe Opetun, Jo Mpoyi et  Madilu System. Il prend du galon. Promu chef orchestre par Luambo Franco, leader du groupe, il se heurte souvent à ce dernier, comme un empêcheur de tourner en rond. Ntesa est, à maintes reprises, réprimandé par la direction de l’orchestre tant il s’épuise à la lutte contre les puissants en s’érigeant  comme le défenseur des faibles c’est a dire de ses collègues peu galonnés.

 

Ce tempérament le caractérisait déjà dans l’orchestre Les Grands Maquisards.  En effet, l’artiste est une vraie force de la nature. Doté d’arguments physiques impressionnants ce ”Hercule des temps modernes” trahit une grande impétuosité dont les proches font les frais de temps à autre. Une anecdote souvent citée souligne ces fréquentes sautes d’humeur et de son caractère outrecuidant. Il n’acceptait jamais facilement d’être contrarié.  Il meurt le 23 septembre 1996 (à 49 ans) à Bruxelles.

JEAN-PIERRE EALE

 

 

 

 

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