De la visibilité à la valeur : l’enjeu des startups africaines à VivaTech

Lors de la 10e édition de VivaTech, à Paris Porte de Versailles, l’Afrique s’est imposée comme un véritable laboratoire mondial de l’innovation. Des startups plus organisées, plus visibles, ont exporté des solutions concrètes, pensées pour passer à l’échelle.

Mais au-delà de la visibilité, comment convertir cette exposition en chiffre d’affaires, en partenariats, en croissance ? Bénie Bingweli Koy, cofondateur de Women in Tech et speaker à VivaTech 10 décrypte les stratégies à adopter. Interview.

Les différents tarifs abordables liés à l’abonnement chez United RDC. Ph.Dr.Tiers

Lors de la 10e édition de VivaTech, l’Afrique s’est réellement imposée comme laboratoire mondial de l’innovation. En tant que speaker à VivaTech 10 et actrice de l’écosystème, comment estimez-vous que les startups africaines transforment aujourd’hui la visibilité obtenue à VivaTech en prise de valeur concrète ? Qu’est-ce qui coince dans cette conversion ?

Tout dépend du leadership, de la vision et de la stratégie du fondateur de la startup qui se rend à VivaTech. Lorsqu’on participe à VivaTech ou à tout autre événement de ce type, il faut y aller avec une stratégie clairement définie. Il ne faut pas venir en simple participant.

Il faut se poser les bonnes questions en amont : que vient-on chercher ? Des partenaires ? Des clients ? Des investisseurs ? Les réponses doivent être prêtes avant le départ.

Est-ce que les startups africaines transforment cette visibilité en impact ? Je dirais oui et non. Cela dépend de chaque startup. Je n’ai pas d’exemple précis en tête d’une entreprise qui aurait percé uniquement après VivaTech. Mais il y a deux ans, j’ai rencontré Scoolap de Pascal Kanik, qui était présent à VivaTech et qui fonctionne aujourd’hui très bien, avec des filiales dans plusieurs pays africains. C’est un bel exemple de progression, car il avait une vision et une stratégie mises en place.

Aujourd’hui, ce qui manque à beaucoup d’entreprises africaines, c’est l’accompagnement. Nous n’avons pas assez d’incubateurs, ni suffisamment d’outils pour développer le marché. Or, l’objectif d’une entreprise, quelle que soit sa taille, est de générer du chiffre d’affaires.

L’AfricaTech Award a reçu 260+ candidatures de 34 pays africains, soit +13% par rapport à 2025. Au-delà du chiffre, quels sont selon vous les indicateurs qui prouvent que cette présence se traduit en résultats business pour les fondateurs africains ?

Pour moi, un résultat business, c’est quand on génère du chiffre d’affaires, qu’on dégage un résultat net intéressant et qu’on fait de la marge. Je n’ai pas le panorama de toutes les entreprises participantes. Mais une hausse des candidatures signifie que l’information est passée, qu’elle a été reçue et qu’il y a un appel d’air.

Cela veut aussi dire que ces entreprises ont trouvé des réponses à leurs besoins: partenaires, investisseurs, ou solutions innovantes qu’elles ne trouvaient pas dans leur pays d’origine. Quand les candidatures augmentent, cela signifie également que des investisseurs sont à l’affût d’entreprises innovantes à financer. C’est gagnant de deux côtés.

À l’inverse, une baisse des candidatures voudrait dire que la plateforme n’est plus pertinente. Une augmentation prouve au contraire que l’AfricaTech Award est une plateforme attractive qui rassemble des investisseurs.

Comment les startups africaines peuvent-elles capitaliser sur l’exposition de VivaTech pour construire un vrai pipeline local et maintenir l’élan une fois rentrées au pays ?

Il faut communiquer. Et surtout, comme je l’ai dit, préparer sa stratégie. Quand on sait qu’on va à VivaTech ou à un autre événement, on se prépare d’abord. En général, les startups qui viennent seules ont moins de visibilité que celles qui sont accompagnées dans une cohorte : un incubateur ou un pays.

Je vois par exemple le Sénégal et la Côte d’Ivoire venir en cohorte. La stratégie est donc préparée au niveau du pays. J’ai vu des jeunes entrepreneurs de la RDC arriver à leurs propres frais. Or, c’est beaucoup plus difficile que d’être accompagné.

Une fois sur place, il faut capitaliser en communiquant sur sa présence et sur ce qu’on fait. Participer à VivaTech n’est pas une fin en soi: c’est une plateforme de communication et de recherche de partenaires.

VivaTech est aussi un rendez-vous de réseautage. Constatez-vous aujourd’hui un vrai suivi structuré post-VivaTech entre les startups africaines, les investisseurs et les partenaires ?

Je confirme que VivaTech est un grand rendez-vous de networking où l’on rencontre énormément de personnes. C’est pour cela qu’elle existe.

Il faut donc utiliser la plateforme de networking en ligne : regarder les profils, ne pas hésiter à écrire. Si une entreprise correspond à notre activité et représente un marché ou un fournisseur potentiel, il faut la contacter.

Le networking, c’est une relation qu’on entretient. Ce n’est pas seulement pendant VivaTech. On écrit avant, on échange, puis on continue après.

VivaTech, c’est un premier contact. Après, il faut entretenir la relation. Il ne faut pas se contenter de collecter des cartes de visite et de prendre des photos. Il faut se demander quelle valeur ajoutée la personne peut apporter à notre entreprise, et ce que nous pouvons apporter comme solution concrète à la communauté.

Quel peut être le rôle des structures ou incubateurs africains dans la mise en place de ce suivi ?

Leur rôle, c’est d’encadrer. C’est pourquoi je dis qu’il ne faut pas venir seul à VivaTech. Je tire encore la sonnette d’alarme auprès des autorités, africaines et congolaises.

Quand on a autant d’entreprises innovantes en RDC, il faut mettre en place des formations au networking. Je ne sais pas si cela se fait déjà dans les académies ou les incubateurs.

Avec ma structure Talenteuse Consulting, via Talenteuse Académie, nous donnons des formations et nous accompagnons sur ce point. Il faut apprendre à networker. On ne parle pas à n’importe qui n’importe comment, car la personne en face peut être la porte vers notre succès… ou une porte fermée. Il faut aussi apprendre l’anglais. Sur des plateformes comme VivaTech, tout ne se fait plus en français.

Selon vous, comment devrait-on mesurer l’impact de la présence des startups africaines à VivaTech ?

Participer à un événement comme VivaTech n’est pas une fin en soi, ni un objectif de visibilité. Au-delà de la visibilité, il faut regarder l’après. Il faut évaluer les opportunités commerciales : y a-t-il eu de nouveaux clients ? Des marchés ont-ils été ouverts ? Il faut aussi vérifier si les entreprises ont obtenu des financements. On vient chercher des investissements, des fournisseurs, des partenaires. L’objectif est de savoir si on a obtenu ce qu’on cherchait.

Tout dépend de la stratégie mise en place en amont. A-t-on noué des collaborations stratégiques avec de grandes entreprises ? A-t-on accédé à d’autres écosystèmes africains ? Par exemple, des partenariats entre une entreprise congolaise, ivoirienne et sénégalaise. Travaille-t-on de manière panafricaine ? Dans le bassin du Congo, échangeons-nous déjà des données ?

Il faut aussi se demander si VivaTech permet de transformer la perception de l’innovation africaine. Est-ce une plateforme réelle qui aide à changer le narratif ? C’est pour cela qu’il faut y aller en cohorte, avec une vraie stratégie. Les indicateurs se mesurent ensuite avec un suivi: après 3 mois, 6 mois, 12 mois, qu’est-ce qu’on a fait des contacts ? On les a gardés ou on a travaillé avec eux ? Il faut transformer cette visibilité en capital, en marchés, en partenariats, et surtout en croissance durable.

Après votre énième participation à VivaTech, qu’est-ce qui a réellement changé pour les fondateurs africains que vous connaissez ou que vous aviez rencontrés ?

En tant que speaker cette année, je n’ai pas suivi individuellement la croissance des entreprises après leur participation. En revanche, ce que j’observe dans les incubateurs et dans certains pays, c’est une régularité. Le Sénégal vient en cohorte, la Côte d’Ivoire aussi. Cette année, le pays avait deux stands et a même bénéficié de la visite du président Macron. La Guinée avait également deux stands.

Je n’ai pas suivi de près l’évolution d’une entreprise précise, car je ne pilote pas d’incubateur. Ce que je constate malheureusement, c’est que la RDC était présente jusqu’en 2022, et depuis, plus rien. C’est dommage. À l’époque, il y avait des entreprises très prometteuses, avec de vraies offres qui répondaient à des besoins concrets et pouvaient être exportées à l’échelle africaine.

Il n’y a pas eu de suivi derrière, ni de nouvelle participation. Je ne sais pas ce que ces entreprises sont devenues. En 2025, Silikin Village avait participé en tant qu’incubateur. Mais cette année, je n’ai vu ni stand ni participation au niveau pays. J’observe en revanche un fort dynamisme en Afrique de l’Ouest et en Afrique de l’Est, ce qui n’est pas le cas dans le bassin du Congo.

Quel conseil donneriez-vous à une startup africaine pour faire partie de celles qui transforment un moment en pipeline plutôt que de celles qui y assistent simplement ? Quelle est l’erreur à éviter ?

Je vais parler de la RDC, et plus largement pour le bassin du Congo. Le maître-mot, c’est la préparation. On ne vient pas les mains vides, sans stratégie, sans plan.

Avant de participer à ce genre d’événement, il faut savoir pourquoi on y va. La préparation se fait en amont, avant de quitter le pays. Sans objectifs clairs, cela ne sert à rien. Chaque année, il faut se fixer des objectifs. Et cela doit se faire au niveau des incubateurs. Il faut aussi apprendre à networker. Ce n’est pas dans les grands discours qu’on network, mais dans l’informel.

L’erreur à éviter, c’est d’y aller sans stratégie. Il faut avoir des outils: savoir se présenter, pitcher son projet, disposer de supports physiques et digitaux, et savoir parler anglais. Ensuite, on laisse la magie opérer.

Si on se prépare correctement, il n’y a aucune raison de ne pas obtenir ce qu’on veut. Dans tous les cas, il faut participer, car ce sont des plateformes de visibilité internationales qui permettent de faire connaître son produit et d’attirer des investissements et des clients. Le monde est un village connecté. On ne peut pas rester en vase clos et espérer avancer. Il faut travailler de manière synchrone avec les autres.

GLODY NDAYA