C’était le groupe de gospel urbain qui faisait danser toute l’Europe, l’Afrique et l’Océanie au début des années 2000. Avec leurs rythmes endiablés et des tubes incontournables comme Napesi yo, les frères et sœurs Makoma ont rempli les plus grandes salles. Vingt ans plus tard, l’heure est à l’inventaire. Dans une interview, Moïse Tutala Makoma, aujourd’hui prophète, l’homme qui gérait la formation, ne mâche pas ses mots : « le groupe s’est fait rouler dans la farine par des distributeurs sans scrupules.«
Et pour cause, les registres de la SABAM (la société belge des auteurs et compositeurs) parlent d’eux-mêmes. En plongeant le nez dans les fiches d’œuvres du groupe, le couperet tombe : les droits éditoriaux (publishing) de leurs plus grands morceaux (de Mokonzi Na Bakonzi à Mwinda) ont été happés par des géants de l’industrie comme BMG Rights Management ou ABC Music.

Des contrats signés à l’aveugle ?
Comment des artistes aussi populaires ont-ils pu se faire ainsi déposséder ? À l’époque, portés par l’euphorie du succès, ces jeunes talents débarqués des Pays-Bas gèrent tout eux-mêmes. Mais pour propulser leurs disques au-delà de leur premier cercle et conquérir le marché international, il a bien fallu signer des contrats.
C’est là que le piège se referme. Faute de conseils juridiques affûtés, de jeunes artistes inexpérimentés comme partout ailleurs, signent des contrats de licence ou de distribution truffés de clauses léserines.
En cédant la gestion de leur édition pour gratter un peu de visibilité ou financer la distribution physique de leurs CD, ils ont signé l’arrêt de mort de leurs redevances à long terme. Pire encore, dans le cas des Makoma, les registres de la SABAM montrent une étrange co-écriture avec des intermédiaires techniques (des arrangeurs enregistrés sous le nom de Straesser), diluant un peu plus les parts des véritables créateurs.
Aujourd’hui, l’amertume est à la hauteur du succès d’antan. Le cas Makoma illustre la face cachée d’une industrie musicale prédatrice, prête à broyer ses pionniers sous des montagnes de paperasse opaque. Une belle leçon pour la nouvelle génération : sous les feux de la rampe, mieux vaut avoir un bon avocat spécialisé et d’autres experts qu’une simple bénédiction.
Me MUABILA GLODY pour Eventsrdc.com