Le coût exorbitant du Centre CAPAC : L’accès interdit aux artistes locaux ! (Décryptage)

Tarifs de location délirants, gestion opaque, absence de contrôle ministériel… Le joyau culturel de l’Afrique Centrale, censé booster la création locale et sous-régionale, est devenu une forteresse inaccessible. Enquête sur un naufrage annoncé.
 
« C’est une boîte noire. On voit les murs, mais on ne sait pas ce qui se passe à l’intérieur ». Ce témoignage d’un acteur culturel kinois résume à lui seul le malaise qui entoure le Centre Culturel d’Afrique Centrale – CCAPAC -.


 
Inauguré en grande pompe par le Président de la République rd-congolais, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, ce complexe ultra-moderne est aujourd’hui au cœur d’une polémique brûlante. En cause ? Des coûts de location tellement élevés qu’ils agissent comme un véritable mur de verre pour les artistes locaux et régionaux.
 
« On nous demande des fortunes pour jouer chez nous »

Pour comprendre l’ampleur du fossé, nous avons rencontré Jules, un metteur en scène qui tente désespérément d’organiser une résidence de création avec des artistes venus de la sous-région. Son constat est sans appel.


 
Eventsrdc.com : Pourquoi ne jouez-vous pas au CCAPAC ?
 
Jules : Parce que c’est devenu un club privé ! Quand on demande les tarifs, on nous sort des chiffres astronomiques qui ne correspondent à aucune grille tarifaire officielle. On nous demande des fortunes pour jouer chez nous, dans un centre construit pour nous. Résultat : on reste dans la rue ou dans des centres de fortune, pendant que ces salles magnifiques restent vides ou servent à des événements qui n’ont rien de culturel.
 
Eventsrdc.com : Mais le centre est pourtant fonctionnel…

Jules  : Il est fonctionnel « de fait », mais il n’a pas d’âme. Il n’y a pas de statut clair pour les agents, pas de programmation publique transparente. C’est géré comme une boutique privée. On a l’impression que l’objectif n’est pas de promouvoir la culture, mais de faire du chiffre en toute opacité. C’est un crève-cœur pour tous les créateurs d’Afrique Centrale.

Une gestion des ressources humaines « en roue libre » hors du cadre organique de la fonction publique.
 
Ce qui choque le plus dans les milieux artistiques, c’est le flou institutionnel. Officiellement, le CCAPAC devrait être sous la tutelle stricte du Ministère de la Culture, Arts et Patrimoine. Dans les faits, c’est l’opacité totale.
 
Le Décret portant organisation et fonctionnement du Centre ? Toujours pas appliqué. Le cadre organique des agents qui devraient logiquement être issus du Secrétariat général à la culture est inexistant. Le Centre est piloté par une direction de facto qui semble s’être affranchie de tout principe de service public.


 
« Pas de cadre légal sur la fixation des taux »

Il faut signaler l’absence d’un arrêté interministériel (Culture et Finances) fixant les taux des droits, taxes et redevances. Sans ce garde-fou légal, la gabegie financière menace. Cette situation étouffe les industries culturelles et créatives locales et bloque les échanges avec nos voisins. Alors qu’elle est la base du coût de location de 28.000 USD ?
 
Dans son communiqué, le Centre affirme avoir produit plus de 120 événements pour un coût de 28.000 USD. Par un calcul simple, nous pouvons en déduire que ce Centre a déjà généré 3.360.000 USD. Qui gère ces fonds, sur quel compte sont-ils logés ? Où sont ses états financiers ? Quel est cet organe de contrôle qui a déjà audité les recettes du Centre ? L’Assemblée nationale, la Cour des Comptes, l’Inspection générale des finances – IGF -, la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique – DGTCP – attendent-elles un scandale financier pour enquêter sur l’opacité dans la gestion du Centre ?

La radio des jeunes du Pool Malebo 🇨🇩🇨🇬


« Il y a péril en la demeure »

Le diagnostic est posé : sans une reprise en main immédiate, le CCAPAC détourne petit à petit sa mission première. Le Conseil des Ministres doit se pencher sur cette question en urgence. Il en va de la survie des échanges culturels africains. On ne peut pas laisser un bien public sombrer dans la gestion privée alors que la jeunesse artistique attend des signaux forts.

La demeure brûle, il est temps d’éteindre l’incendie de l’opacité.
 
RÉDACTION