Résiliente, elle l’est. La Rumba est une référence culturelle qui engendre de nouveaux courants musicaux. À l’image du Soukous et du Ndombolo pour ne citer que ceux-là, le genre est enraciné dans une approche d’innovation permanente. Mais face aux mutations actuelles, les nouveaux sous-genres de ce style dynamique règnent-ils en maîtres aujourd’hui sur l’échiquier international comme leurs devanciers ?
Virtuose de la musique rd-congolaise et musicien affirmé, Maïka Munan déplorait dans une interview en 2023 l’absence de créatifs dans le chef de l’actuelle génération de la musique rd-congolaise qui, néanmoins se vautre désormais dans la popularité. La substance qui manque de technique crée un fossé dans le concept d’avant-garde aujourd’hui. Pourtant, le symbole d’un esprit cérébral et futuriste aura permis à Tabu Ley Rochereau et Franco Luambo d’être de véritables artisans de création du Soukous (dans les années 60, 70 et 80) caractérisé par une frénésie de guitare électrique. Le groupe Sinza Kotoko a d’ailleurs participé à son émergence.
Vers les années 90, l’avènement du Ndombolo a confirmé l’expérience constante de l’innovation dans la Rumba. Du rythme saccadé en un temps, la contraction entre animations et effervescence a engendré le Sebene, une rumba plus dansante. Le choc de toutes ces innovations aura permis à la Rumba de conquérir l’Afrique, les Antilles et le monde. Si le Soukous a influencé plusieurs styles dont le Makossa camerounais, le Ndombolo a, grâce à ses animations et ses Atalaku, beaucoup impacté dans la naissance du Coupé-Décalé ivoirien.
Les sous-genres de la Rumba peinent-ils à dominer le monde ?
Patrimoine immatériel de l’humanité, la Rumba tient à sa survie. Entre influences, mémoire et héritage, ce genre resiste malgré l’éclosion de plusieurs styles urbains. Mais dans le processus révolutionnaire de son affirmation, elle ne cesse d’engendrer d’autres courants musicaux qui pourtant, semblent doux pour redominer le continent comme le Soukous et le Ndombolo autrefois.
Si la Tokooos Music (popularisée par Fally Ipupa), la Rumba-Trap (dont l’artisan majeur est Ferré Gola), lAfro-Congo (dont la partenité est revendiquée par Innoss’B), l’Afro-Rumba, pour ne citer que ceux-là, battent en brèche dans ce cadre de révolution avec comme point commun la contraction entre la Rumba, les styles urbains et les styles traditionnels, leur présence est non négligeable sur le marché du disque international, mais ils semblent encore loin de l’hégémonie du Soukous et du Ndombolo qui auront ostensiblement dominé l’Afrique et les Antilles.
À l’image d’un phénix, les sous-genres de la rumba brillent encore par un sursaut de domination à défaut d’un règne total comme dans une époque où le Soukous, le Ndombolo ou la Rumba Rock écrasaient tout. Avec l’Amapiano et l’Afrobeat moderne, la suprématie de la Rumba qu’on lui connaissait semble payer le prix, disons-le, de son indulgence excessive. Mais cela explique la rareté des virtuoses, cerveaux moteurs qui pensent, comprennent et composent de la musique.
L’autre raison de cette absence de domination totale est peut-être l’ignorance des notions de musique qui ne permet pas à plusieurs artistes musiciens rd-congolais (beaucoup plus introvertis) de se surpasser, d’innover et de dominer l’Afrique et le monde.
Avec une meilleure côte de popularité et une influence historique, la Rumba ne cessera d’inspirer ceux qui la font. Celle-ci pourrait renouer avec son hégémonie et retrouver son rayonnement d’antan, à condition de s’appuyer sur des acteurs créatifs, portés par une vision avant-gardiste et une ambition durable, plutôt que de se contenter de projets éphémères, voués à disparaître avec le temps.
CHADRACK MPERENG
