Styliste, modéliste, enseignante et directrice artistique, Lydie Okosa Bobunda s’impose comme l’une des voix qui réinventent la mode rd-congolaise à partir du patrimoine culturel. Dans cet entretien accordé à Eventsrdc.com, la fondatrice de LOK Style revient sur son parcours, son exposition « Architecture du corps« , sa vision d’une mode identitaire et ses ambitions pour faire rayonner la création rd-congolaise sur les scènes africaine et internationale.
Votre parcours est celui d’une styliste, modéliste, enseignante et directrice artistique. Quel a été le déclic qui vous a poussée à faire de la mode un véritable langage culturel plutôt qu’un simple univers vestimentaire ?
Mon parcours de formation, de l’ISAM à l’INA, m’a permis de tisser un lien étroit entre la mode et les arts. J’y ai découvert différentes formes d’expression culturelle qui m’ont progressivement rapprochée de la culture.
Cet éveil culturel a toutefois été mis entre parenthèses lorsque mon activité de confection de vêtements sur mesure a pris une place importante.
Puis, ma décision de me réinventer à travers de nouvelles compétences m’a peu à peu conduite vers la recherche et m’a amenée à visiter plusieurs expositions internationales.
C’est à ce moment-là que je me suis posée une question essentielle : « Qu’est-ce que le Congo a à présenter au monde ? »
C’est à travers ce questionnement que la culture s’est imposée comme mon principal vivier d’inspiration.
Votre exposition « Architecture du corps » a marqué Kinshasa par une approche sculpturale inspirée notamment des héritages Mangbetu et Kuba. Quel message souhaitez-vous transmettre aux congolais et au monde à travers cette relecture du patrimoine ?
Le message phare derrière « Architecture du corps » est simple : la culture renferme la mémoire d’un peuple. La conserver, c’est préserver notre identité ; la valoriser et la transmettre, c’est un devoir collectif pour en assurer la pérennité.
S’en inspirer pour créer des vêtements narratifs est, pour moi, une manière de traduire cette mémoire riche en pièces qui dialoguent avec le présent. La modernité séduit, éblouit, mais l’identité définit.
Avec LOK Style, vous affirmez une nouvelle identité de marque. En quoi cette marque se distingue-t-elle de ce qui existe aujourd’hui dans la mode congolaise, africaine orientale et occidentale, et quelle place accordez-vous au développement durable dans votre processus de création ?
Lok Style consistait en la réalisation des vêtements sur mesure c’est-à-dire, des vêtements produits à la demande du client suivant ses attentes. Ce que je me prépare à proposer aux amoureux de l’élégance, c’est une marque internationale des vêtements prêts à porter aux inspirations congolaises qui se démarquera par ma propre vision du beau. Au moment opportun, je vous en dirai un peu plus sur ce magnifique projet.
Pour moi le développement durable a une place de choix dans la création de vêtements. Ma formation à Lisaa Mode Paris, ne s’est essentiellement pas basée sur des aspects techniques.
Elle m’a permis de prendre conscience de l’impact social et environnemental des vêtements en vue d’agir en faveur de la durabilité en optant pour :
- une production vestimentaire qualitative qui assure une longue durée de vie aux vêtements ;
- une conception du vêtement qui produit moins ou zéro déchet ;
- une capacité créatrice axée sur la valorisation des déchets vestimentaires ;
- un choix consciencieux sur des matières textiles qui polluent l’environnement.
Je pense que la somme de toutes informations, me permettront de vous proposer des pièces de vêtements à la fois narratives et durables.
Après Kinshasa, « Architecture du corps » se tiendra à Paris en mars 2027. Pourquoi était-il important que cette exposition commence par Kinshasa (RDC) avant la France où vous résidez, et qu’attendez-vous de cette étape internationale pour la visibilité de la mode congolaise ?
Il était important pour moi de commencer à Kinshasa parce que « Architecture du corps » met en lumière une collection des vêtements qui puisent son existence des inspirations congolaises. Boîte crânienne rend hommage à l’audace féminine Mangbetu et au savoir-faire Kuba.
Donc, choisir la capitale de la République Démocratique du Congo pour cette avant-première, est parfaitement en cohérence avec l’esprit de la collection.
Vous travaillez depuis plusieurs années sur la transmission des savoirs auprès des jeunes créateurs. Selon vous, que manque-t-il encore à la RDC pour bâtir une véritable industrie de la mode capable de rivaliser avec les grandes capitales africaines, européennes et autres ?
La République Démocratique du Congo est un grand pays avec une dimension multiculturelle importante. Sa superficie et ses habitants constituent un potentiel économique énorme.
Si jusqu’à présent, elle peine à industrialiser le secteur de la mode c’est par manque de structuration, de formation spécialisée, des politiques économique et culturelle favorisant le décollage de ce secteur à fort impact économique et culturel.
Pour bâtir l’industrie de la mode au Congo, il nous faut penser à une formation de mode orientée vers l’industrialisation. Se résumer à former uniquement des créateurs de mode n’est pas suffisant. La mode ne se résume pas qu’à créer.
CINARDO KIVUILA