RDC : Ferha Ntumba, la voix engagée du journalisme environnemental

Face aux différents problèmes environnementaux notamment le réchauffement climatique, la déforestation, l’insalubrité… des réponses idoines s’imposent aux défis colossaux.

En vue de lutter contre ces fléaux, Ferha Ntumba, jeune journaliste rd-congolaise s’est engagée à défendre la planète face aux maux qui la rongent. À travers son émission « Objectif Vert« , elle informe et sensibilise les congolais tous azimuts et le monde via sa chaîne YouTube et autres à prendre soin de la nature.

Déterminée au changement, Ferha tient mordicus à participer à la vulgarisation de la loi numéro 1403 sur la conservation de la nature adoptée en 2014 en République Démocratique du Congo où elle réside.

Vous êtes journaliste spécialisée dans des questions environnementales, qu’est-ce qui vous a motivé à vous y intéresser ?

C’est face justement à l’imminence des questions climatiques et face au réchauffement planétaire qui est réel. Aujourd’hui, on parle d’extrême augmentation du climat par rapport aux données météorologiques qui sont en possession de tout le monde, face aux conséquences du réchauffement climatique.

Nous dirons l’élévation du niveau de mers, ou encore la diminution et de la banquise dans les pôles nord et sud de la planète. Ce qui aura pour effet direct de contribuer à la montée significative des eaux partout, parce que quand les banquises se font, les rivières, les fleuves vont se remplir, plus tard, il y aura des espaces de terre qui vont forcément disparaître et on va parler des réfugiés climatiques.

Aujourd’hui, nous parlons des réfugiés suite aux guerres, mais plus tard, il y aura des réfugiés climatiques. Et c’est pour justement alerter le monde entier, mais aussi la population congolaise en particulier parce que nous semblons croire que c’est lointain, mais non. La RDC est une zone pas assez côtière, mais nous avons quand même des espaces limitrophes à des cours d’eau. Je vois directement les mangroves qui peuvent disparaître si aujourd’hui les problèmes climatiques s’accentuaient.

Motivée aussi pour ce besoin de répondre à notre constitution qui stipule que tout congolais a le devoir de protéger son environnement. Et aujourd’hui, je me suis dit que je vais, par ma vocation, contribuer à ce que les congolais soient suffisamment informés sur les questions liées à la protection de l’environnement.

Quelle lecture faites-vous justement du journalisme environnemental et de la communication environnementale ?

J’estime qu’aujourd’hui, nous ne faisons pas suffisamment du bruit autour de ces deux concepts scientifiques et humains, pourtant très utiles pour sensibiliser l’opinion. Nous ne sommes pas encore assez s’intéresser à ces questions, même si aujourd’hui, ce n’est plus comme hier où nous avions à peine deux émissions. Une sur Radio Okapi et l’autre à la RTNC qui se consacraient à ces questions-là. Aujourd’hui, nous assistons à l’existence d’au-moins 200 chaînes de télévision, mais une dizaine seulement se penchent malheureusement sur les questions environnementales.

J’estime qu’il y a des efforts qui sont fournis dans ce sens et les journalistes commencent à venir, à s’impliquer et à s’intéresser aux questions environnementales, et la communication environnementale se fait de plus en plus ressentir parce que, si vous suivez la télévision nationale, vous allez voir des spots qui éveillent la conscience de la population sur l’environnement. Je pense que c’est assez énorme parce que l’on ne voyait pas cela hier, mais aujourd’hui, nous voyons que c’est en application. C’est un élan qui doit s’accentuer.

Pensez-vous que les écoles des SIC de la RDC doivent créer ce département pour renforcer la sensibilisation et sauver la planète ?

Oui. Parce que la mission première d’un journaliste c’est d’informer, former et divertir. J’estime que parler de ces prérogatives, nous avons le devoir justement d’informer les congolais sur les questions climatiques parce que ce sont les questions transversales. Il va de soi que les écoles de formation puissent normalement l’inclure dans leurs programmes.

Prévoir qu’il y ait une formation de journaliste environnemental, ce qui n’existe pas aujourd’hui. Mais s’il y a cette possibilité de former, ça serait une bonne chose comme on le fait avec le journalisme politique, économique… C’est important de créer cette branche, journalisme environnemental et communication environnementale.

La question du réchauffement climatique aujourd’hui a-t-elle eu un impact sur votre choix à devenir journaliste environnementale ?

Effectivement. Vous êtes sans ignorer que lors de la COP 25 en 2019 au Chili, bien avant la covid-19, tout le monde s’est accordé à dire que la question climatique était une course à laquelle tout le monde est appelé à prendre garde parce que le réchauffement est vraiment une réalité. Tout le monde aujourd’hui doit agir pour faire face aux efforts de ces changements climatiques. Agir oui, mais également contribuer aux méthodes d’atténuation.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez sur terrain ?

C’est un peu le problème de tous les journalistes en RDC. C’est l’accès aux sources d’information, l’accès aux personnes qui ont l’information et qui ne savent pas les donner. Ces dernières sont étatiques, celles qui travaillent aux ministères de l’environnement, de développement durable, du tourisme, de la recherche scientifique et de l’aménagement du territoire.

Les fonctionnaires de l’État sont souvent tenus à ne pas donner les informations. Ils ne peuvent parler si ce ne sont les ministres. C’est l’une des difficultés que nous rencontrions. Alors, on recourt à la société civile qui a pour vocation de mobiliser et de conscientiser. Mais on aurait besoin d’avoir aussi des personnes qui sont mandatés à le faire. Nous n’avons pas toujours les répondants des autorités étatiques.

Que comptez-vous accomplir pour l’avenir ?

Je vais une fois de plus être actrice du changement et concourir à la vulgarisation des lois de la RDC. Nous avons la loi numéro 1403 du 11 février sur la conservation de la nature, que je voudrais être agent de sa vulgarisation. Parce qu’en tant que journaliste, je suis appelé à informer, former et divertir, mais je vais bien me cramponner à ces casquettes d’informatrice et de formatrice.

Je vais informer les congolais sur la loi liée à la protection et la conservation de la nature. Je voudrais aussi migrer vers l’activisme, parce que c’est vrai en tant que journaliste, j’informe, je forme, mais à un certain moment donné, il faut passer ce cap. C’est-à-dire devenir actrice du changement. Commencer à poser des actes qui poussent les communs de mortel à changer des mentalités.

Que direz-vous aux jeunes journalistes qui voudraient vous emboîter les pas ?

Je les encourage à faire le journalisme environnemental. La question environnementale est celle d’actualité et d’intérêt majeur international. Si le journaliste pouvait aujourd’hui aussi se tourner vers l’environnement, le développement durable, cela serait une bonne chose. Aujourd’hui, les consœurs et confrères parlent plus de la politique et pourtant l’environnement est une question transversale et demande l’implication des politiques.

Notre pays traîne les pas parce que la loi sur la conservation de la nature souffre depuis son adoption en 2014. Parce que les réalités ont évolué, cette loi mérite également d’être révisée. Si aujourd’hui, nous pourrions penser aux questions environnementales pour voir comment adapter la loi aux réalités actuelles, et s’il y avait autant de journalistes qui pouvaient faire du bruit pour que cette loi soit révisée et adaptée aux réalités actuelles, cela serait une bonne chose au regard des défis de développement durable. Je motive aujourd’hui les journalistes à faire du journalisme environnemental.

En RDC, singulièrement à Kinshasa où les plastiques sous toutes ses formes envahissent la ville, malgré toutes les décisions tant nationales que provinciales. Comment analysez-vous cette situation ?

Il faut déjà savoir que le plastique c’est un matériel non biodégradable qui se dégrade après un siècle. En 100 ans, il a des effets dévastateurs terribles. Les plastiques aujourd’hui rendent le sol imperméable, provoquent les érosions. J’estime qu’aujourd’hui, au-delà de les interdire, on peut produire des emballages biodégradables. J’exhorte le gouvernement à les produire pour que les gens ne recourent plus aux plastiques.

En outre, je prie le gouvernement à faciliter les investisseurs nationaux et étrangers à créer des sociétés de recyclage en grande échelle et il y aura une économie circulaire qui créera des emplois.

Êtes-vous prête à accentuer la sensibilisation de l’opinion à travers votre émission ?

C’est le travail que nous faisons régulièrement, sensibiliser, informer, former la population sur la question liée à l’environnement.

Pour atteindre un plus grand nombre, nous avons des idées qui nécessitent des budgets colossaux. Si le gouvernement rd-congolais, les agences de systèmes de nations-unies, les missions diplomatiques, des ONG internationales, des célébrités et autres se joignaient à nous, vous constaterez des résultats à court, moyen et long terme.

Nous sommes ouverts aux partenariats, aux séances de mis à jour et autres idées qui permettront que nous soyons toujours professionnels.

À part CMB Digi, où diffusez-vous votre émission ?

Je diffusé sur CMB Digi, mais la volonté c’est d’étendre notre programme dans plus de médias possible. Malheureusement, ce n’est pas encore le cas parce que nous n’avons pas encore assez de moyens. Mais nous sommes en train de travailler pour avoir des médias partenaires. Nous sommes sur YouTube et notre chaîne s’appelle « Objectif Vert« . Nous travaillons pour une large audience.

Quelle place accordez-vous au numérique dans le cadre de votre travail ?

Nous avons l’ambition de nous étendre également sur les différents canaux numériques pour toucher un grand nombre de population dans le monde. Le soutien des uns et des autres nous permettra d’avancer avec ces ambitions.

Votre dernier mot

J’en appelle à la conscience de tous à s’impliquer sur la question de la protection de l’environnement et sur la conservation de la nature comme le stipule la constitution de la RDC.

Chacun doit prendre soin de lui et de son environnement en veillant à ce qu’il pose comme acte, ne nuit pas à l’environnement parce que c’est notre maison commune. Quand je pollue aujourd’hui, je mets en danger la génération future. Donc, j’en appelle à tous à protéger l’environnement.

RÉDACTION