La nouvelle génération d’artistes contemporains de la Rd-Congo revendique une certaine liberté. Alchimistes désinhibés, ils donnent désormais du style à leur caractère renouvelant profondément les codes de la stylisation loin du conformisme de « l’esthétique nationale« . Une affirmation nouvelle qui rompt avec l’héritage des africanistes peintres voyageurs.
La contraction des cultures a créé une fascination par le courant colonial des africanistes peintres voyageurs qui ont sillonné l’Afrique entre 1860 et 1960. Par sa vigueur chromatique et son réalisme ethnographique, ce courant a longtemps revendiqué une imagerie coloniale et impérialiste de l’Afrique comme le souligne Lynne Thornton dans son ouvrage « Les africanistes peintres voyageurs 1860-1960 ». Une injonction radicale qui aura certes eu raison d’une certaine souveraineté des peintres congolais dont les pionniers de la peinture moderne, figures des mouvements Avant-gardiste et Grand Atelier tels que N’damvu, Lema, Mavinga, Liyolo, Mokengo ou Tamba.
Cette aventure dissèque dans le chef des peintres rd-congolais de cette époque une obsession incandescente aux artistes référents étrangers dont la création qui cherchait la représentation, exprimait une réalisation inédite mais prisonnière de son émancipation. Ce vouloir à faire comme « africain » se basant sur des sources étrangères, a certes relevé la valeur créative de l’art congolais mais n’a pas réussi à s’extirper des grilles de lecture imposées.

La mue de la nouvelle génération
Entre rupture et évolution, la nouvelle génération d’artistes contemporains de la Rd-Congo s’affranchit elle des schémas des africanistes peintres voyageurs. Elle s’affirme en cherchant plutôt sa propre authenticité. Elle s’inscrit dans la méthode de Nietzsche, celle de donner du style à son caractère, et de ne toujours pas plaire aux collectionneurs
Dans cette logique, l’art n’est plus une injonction ni un style à distribuer, moins encore une simple représentation, mais une écriture spirituelle, une transmission véritable d’héritage.
À travers son travail, Prisca Tankwey s’extirpe de l’imagerie exotique. Elle interroge plutôt notre société, fait une relecture du sacré, explorant notamment les conflits post-coloniaux en Rd-Congo. L’autre exemple de cette affirmation est l’artiste plasticien Freddy Tsimba qui cherche à transformer la réalité à partir de sa matière brute et loin des représentations biaisées des africanistes peintres voyageurs.

Sortir de l’académisme
Les artistes congolais de la nouvelle génération cherchent de plus en plus à sortir de l’académisme. À l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, grâce à l’impulsion de son Directeur général, le Professeur Henri Kalama Akulez, les étudiants artistes sont nourris d’un esprit critique dans le processus de leur construction. L’enseignant devient ainsi coach à la place de maître.
Au-delà de cette nécessité, l’étudiant artiste développe son propre style, explore sa liberté créative et impose une identité. Sortir de l’académisme impose un choix mais montre une voie : celle d’un artiste innovateur qui brise les barrières et s’assume dans la réussite ou dans l’échec.
CHADRACK MPERENG