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mardi 29/Nov/2022

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Anniversaire de décès : Il y a 23 ans disparaissait Djenga Kisangani Espérant

Après des débuts vacillants avec ses camarades (Bosuka Boskin, Paki Lutula, Flavien Makabi, Thierry Mantuika, etc.) au sein d’un ensemble de fortune dénommé Floris, Espérant Kisangani connaît la renommée dans l’orchestre Tabu National de la commune de Lingwala. Narrons la genèse de cette formation dont l’évolution future contraste avec ses ambitions initiales.

 

A l’origine, Tabu Ley Rochereau, d’où le patronyme « Tabu » collé à l’épithète « national ». En 1967, le chanteur Tabu Ley Rochereau rassemble quelques musiciens venus de Lubumbashi pour assurer les préludes de ses différents concerts. Font partie de ce groupe, la guitariste soliste et chanteur Lolo, le chanteur Teddy, l’accompagnateur Bruce d’origine zambienne, le bassiste Bovic lequel alterne avec Johnny Bokosa et le drummer Brando. Féru de musique pop, ce groupe est passé maître dans l’interprétation des chansons en vogue qui trônent au hit-parade euro-américain. Cette formule permet à Tabu Ley de se déployer à travers tous les continents et de donner une dimension internationale à son orchestre. Celui-ci se prépare, du reste, à représenter la République démocratique du Congo, alors Zaïre, à l’Exposition universelle de Montréal au Canada.
Avant le voyage de Montréal, en 1967, Bovic quitte le groupe suite à des démêlés avec Tabu Ley Rochereau. Il s’en va toquer à la porte de Nico Kasanda qui n’hésite pas à l’incorporer en qualité de bassiste au sein de African Fiesta Sukisa. Après Montréal, la bande à Lolo fausse compagnie à Tabu Ley ; et, profitant de l’escale de Bruxelles, ces musiciens « pop » disparaissent dans la nature au grand désappointement de Tabu Ley. On les retrouvera étrangement, en 1968, filant le parfait amour avec le mécène Denis Ilosono et se produisant avec Festival des Maquisards, un orchestre truffé, en majorité, de dissidents de la formation de Pascal Rochereau. Ces transfuges passent, quelque temps chez Luambo Franco (1970-1971) et, plus aucune trace de leur présence n’est signalée. C’est à ce moment-là que Jacques Lutumba Kobi, natif de la commune de Lingwala, entreprend de remonter Tabu National en orientant son style, cette fois, vers la rumba traditionnelle.
Il bénéfice même de la bienveillance de Tabu Ley qui accepte de parrainer ledit orchestre lors de la sa sortie officielle le 15 août 1971 à la « Maison blanche ». Le discours inaugural est prononcé par la « Rocherette » Marie-Claire Saïdi, sœur du célèbre footballeur Saïdi du club lushois « TP. Englebert » ou « Mazembe ». Jacques Lutumba, ancien membre du comité d’honneur de l’orchestre ZaïkoLangaLanga avec Joseph Kileba et Maurice Mafuta, quitte, donc, ledit comité et relance l’orchestre Tabu National.
En 1971, Kisangani Espérant évolue ainsi, au sein de l’orchestre Tabu National en compagnie de Clément Djoboke, Djo Mabuse, chef d’orchestre et frère de Michel Djoboke, défunt joueur du « FC Himalaya » surnommé Beckenbauer ; José Ikomo Djo DJo, futur chanteur de l’orchestre Vévé ainsi que Antoine Bokito Tony Dee (ancien de Los Nickelos, d’Afro Negro et de Yéyé National de Belgique) ; Bosuka Boskin à la guitare solo ; Lutula Paki à la guitare mi-solo ; Zangilu Makiadi dit Popolipo à la guitare rythmique ; Flavien Makabi à la guitare basse, etc.

 

Au cours de la même année (1971), le chanteur Ndombe Opetun, habitant lui aussi la commune de Lingwala, incorpore Kisangani Espérant au sein de l’orchestre Afrizam qu’il vient fraîchement de monter. Mais cette expérience n’est que de courte durée pour le chanteur Espérant Kisangani qui rejoint très vite ses camarades de l’orchestre Tabu National où il se sent dans son élément naturel. Une fois remis en selle, l’orchestre Tabu National, dans son fief se met à grappiller des fans, finissant par imposer sa présence auprès de différents jeunes musiciens qui se bousculent à son portillon. L’artiste-musicien Goyi compte parmi l’un des jeunes recrues dont la carrière connaît, grâce à cet ensemble, un fulgurant essor.
En février 1977, la notoriété de Kisangani Espérant se fait de plus en plus grande dès son intégration dans l’orchestre Viva La Musica de Papa Wemba. Chanteur remarqué aux côtés de Jadot le Cambodgien et de Bipoli, descendant d’ancêtres angolais et dont le vrai patronyme est Paulino de Guimarès, Kisangani Espérant se distingue dans l’exécution de « Mère Supérieure », une œuvre virevoltante de Papa Wemba. Cette composition procure à la mouvance de Shungu Wembadio trois distinctions de la part des chroniqueurs de musique à savoir meilleur chanson de l’année 1977 ; meilleur orchestre de 1977 pur l’ensemble Viva La Musica et révélation de l’année 1977 pour l’artiste Papa Wemba. Et il signe un tube « Beloti ».
En 1978, Espérant Kisangani, en compagnie de Jadot et de Bipoli, quitte le groupe de Papa Wemba et monte avec eux une formation dénommée Karawa Musica. Cette tentative relativement infructueuse ramène, quelque temps après, l’artiste Kisangani Espérant dans le giron de Viva La Musica au sein duquel le chanteur déploie ses talents jusqu’en 1981. Avec six autres camarades (Evoloko Atshuamo, DindoYogo, Djuna Djanana, Djo Mali, Roxy Tshimpaka et Boz Boziana), Espérant est à la fondation de l’orchestre Langa Langa Stars.

 

L’ensemble connaît un succès fou et la danse « Mbiri », symptomatique du groupe, détrône toutes ses devancières. La formation, se dénommant « orchestre des 7 patrons », bouscule tout sur son passage. Des œuvres inoubliables fleurissent son répertoire, à l’exemple de « Eliyo (Evoloko) », « Dalida (Djanana) », « Jardin de mon cœur (Roxy) » et « Fleur Bakutu (Djo Mali) », Kisangani Espérant, lui-même, compose la chanson « Mbongwana » dont le retentissement est très grand. Aussi, celui-ci doit-il retourner, un moment, dans son pays afin de donner corps à certains projets. Mais, en proie à une grave maladie, Espérant Kisangani est contraint d’accorder une priorité absolue aux soins que lui prodiguent des formations médicales de la place. Hélas, son destin est scellé et le chanteur décède à Kinshasa en 1994. Ce décès prive les mélomanes d’un personnage plein de noblesse et de dignité.

 

En effet, le chanteur dont le sobriquet de « Prince » lui va comme un gant, laisse le souvenir d’un artiste dont la prestance sur scène en impose sur celle de tous ses confrères. Prince Espérant s’en est allé, donc, rejoindre, ses prédécesseurs dans la constellation des grandes stars de la musique congolaise moderne.

JEAN-PIERRE EALE EKABE

 

 

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