Face aux problèmes qui ruinent le 4ème Pouvoir, Junior Kulele préconise les états généraux de la presse et de la communication

Kulele Bosembo Junior est journaliste, secrétaire d’édition et producteur des émissions à B-one télévision. Au cours d’une interview accordée à Eventsrdc.com, il a fait le décryptage du secteur des médias et a préconisé la tenue des états généraux pour solutionner les différentes problèmes qui gangrènent la presse en Rd-Congo.


En quelques phrases, rappelez nous votre parcours professionnel ?
A mes débuts, j’ai évolué dans la presse écrite comme journaliste-reporter au Journal Salongo. C’est au sein de B-one TV que ma carrière a pris son envol. J’ai été tour à tour journaliste-reporter sportif et culturel, rédacteur créa, assistant de production, coordonnateur des émissions télé, secrétaire de rédaction.


Avec le numérique, la Rd-Congo connait une prolifération des organes de presse. Quelle analyse en faites-vous ?
Personnellement, je ne suis pas contre cette prolifération des médias dans notre pays. Les médias sont des entreprises. C’est donc du boulot que l’on procure aux journalistes qui, aujourd’hui, sont nombreux, déversés par les nombreuses institutions de formation en journalisme que compte le pays. Le pluralisme des médias est certes une réalité, mais je déplore que la presse rd-congolaise souffre d’handicap structurel issu d’une émergence anarchique.


La régulation semble être en déphasage avec cette réalité et pose problème. Que suggérez-vous ?
Je ne suis pas d’avis que la régulation pose problème. C’est plutôt la léthargie du régulateur qui peut s’expliquer par le contexte socio-politique, la non-application des lois et aussi la fragilité du cadre légal dans l’exercice de ce métier. L’Etat rd-congolais doit obligatoirement prendre ses responsabilités. Nous attendons toujours la dépénalisation des délits de presse dans notre pays puisque jusqu’à ce jour, nous nous appuyons sur des lois qui ont fait le lit de la dictature. Les états généraux de la presse et de la communication sont vivement souhaités.


Pensez-vous que tout rd-congolais peut avoir un média ou une agence en communication ?
Sérieusement, oui. A condition qu’il remplisse les conditions requises. Les autorités et l’organe de régulation doivent sortir les médias des handicaps de la pauvreté et ne pas autoriser à n’importe qui d’ouvrir un media ou une agence de communication.


Que comprenez-vous de la norme en journalisme et en communication ?
La norme en journalisme et communication, c’est le domaine de la responsabilisation et de l’autorégulation des médias en matière de liberté d’expression, d’accès à l’information et de normes éthiques et professionnelles dans le métier. Dans notre pays, il faut avouer que le métier de journaliste est devenu très poreux. Entre dans le journalisme, qui veut et visiblement ceux qui ont raté leur destin et prétendent que ce métier est facile a exercer. Il ne suffirait que de tenir un micro et de parler, on devient journaliste. La récurrente et continuelle problématique des moutons noirs ou des « tembe-tembe » sont des illustrations bien définies. Tout cela au su et au vu des autorités de la corporation, des régulateurs et des décideurs.


En février 2019, une série de grèves a été décrétée dans quelques médias par des agents qui réclament des arriérés de salaire.

Un conseil aux patrons de presse.
Aux patrons des médias, je conseille de miser sur l’organisation du système productif de leurs medias, l’instauration d’un modèle économique fort et adapté au marché mais aussi la bonne foi. La presse rd-congolaise endure de la décomposition de l’Etat qui traduit une économie de circonstances plutôt que du marché. Elle évolue encore dans un système informel ajouté à cela le silence complice des régulateurs et des autorités. Ces infirmités rendent tout à fait illusoires l’émergence d’une presse économiquement viable. La presse rd-congolaise n’est pas dans une logique d’entreprise formelle, la viabilité économique et les conditions à réunir pour l’atteindre ne sont pas au cœur du projet des patrons de presse rd-congolais.


Les réseaux sociaux ont transformé plusieurs personnes en journalistes, répandant surtout des fake-news. Avez-vous des idées pour la régulation de ces plateformes ?
C’est tout le problème avec l’avènement de l’Internet, des médias en ligne et des réseaux sociaux. Ce problème ne se pose pas seulement en Rd-Congo mais aussi à travers le monde entier. Les réseaux sociaux sont considérés aujourd’hui comme un vecteur de communication et d’information. Ils peuvent aussi être une source crédible d’information. Cependant, la fausse information, c’est littéralement la grande sensation des médias en ligne et des réseaux sociaux. Créer un buzz ou une fake-news n’est simplement qu’une manière d’attirer l’attention sur sa page ou sur son site. C’est une tendance actuellement. J’appelle cela des dérives conventionnelles puisqu’acceptées par la société bon gré mal gré.

Il est impératif à la Rd-Congo de promulguer des lois sur la pratique de l’Internet et des médias en ligne bien que je reconnais qu’il sera difficile de réguler ce secteur. L’internet étant virtuel, les utilisateurs peuvent être anonymes et difficile à coincer.
CINARDO KIVUILA

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