À moins de deux mois du Forum économique Royaume-Uni – RDC prévu du 2 au 4 novembre à Londres, Jean-Bosco Kanyemesha, membre du UK-RDC Business Partnership Consortium et cheville, ouvrière de l’événement, dévoile la stratégie pour transformer l’intérêt en contrats.
Dans une interview exclusive accordée à EventsRDC, il insiste sur la priorité donnée aux projets bankables disposant d’études de faisabilité, sur le filtrage par assessment et sur le matching direct B2B/B2G. Entretien.

D’où est partie concrètement l’initiative de ce forum économique UK-RDC ? Est-ce le fruit d’un constat d’un faible volume d’échanges entre nos deux pays ou d’une sollicitation directe des investisseurs britanniques ?
C’est le fruit d’un long travail qui n’a pas commencé aujourd’hui. Depuis au moins cinq ans, nous avons engagé des partenaires des deux côtés pour développer les échanges commerciaux dans plusieurs domaines. Nous avons constaté que ce n’était pas évident, parce que les échanges entre les deux pays étaient assez faibles, beaucoup plus concentrés sur le secteur minier et l’exportation du café. À part ça, il n’y avait pas beaucoup d’échanges.
Nous sommes une compagnie basée des deux côtés. Nous avons eu des conversations avec certaines parties prenantes en RDC qui ont exprimé le besoin d’élargir ces échanges. C’est de là qu’est née l’idée de mettre en place le consortium, au vu des discussions que nous avons eues avec les parties prenantes de la RDC et de la Grande-Bretagne, où nous bénéficions aussi du soutien d’acteurs économiques et politiques.
Nous avons donc mis en place le Consortium de Partenariat d’Affaires RDC-UK, basé à Londres. Ce consortium organise des événements annuels, dont le forum économique qui aura lieu du 2 au 4 novembre.

Quels sont, selon vous, les 3 freins majeurs qui empêchaient les investissements britanniques massifs en RDC ?
Je ne dirais pas qu’il y en a trois, il y en a plusieurs. Premièrement, la RDC est un pays francophone et la Grande-Bretagne un pays anglophone. La Grande-Bretagne a beaucoup plus d’échanges avec des pays liés à son histoire coloniale comme le Kenya, l’Afrique du Sud, le Nigeria ou le Ghana.
Deuxièmement, il n’y avait pas vraiment d’intérêt historique des deux côtés. C’est ce qui nous a poussés, en tant que diaspora congolaise en Grande-Bretagne, à essayer d’augmenter ces échanges.
Le milieu des affaires congolais n’est pas vraiment impacté par la Grande-Bretagne. Comparativement aux investissements asiatiques très visibles en RDC dans la construction, les supermarchés, etc., la Grande-Bretagne a par contre de grandes relations d’affaires avec l’Éthiopie, où vous trouvez beaucoup de supermarchés et de grandes compagnies britanniques. Nous pensons que ces échanges entre les deux économies permettront de développer l’intérêt du monde des affaires.

Quel est exactement votre rôle dans ce consortium ?
Nous sommes une compagnie privée de consulting. Notre travail, c’est de promouvoir les échanges commerciaux. Si nous le faisons avec la RDC, c’est parce que nous sommes d’origine congolaise. Mais nous le faisons aussi avec d’autres pays qui ont un intérêt africain. Nous l’avons placé comme l’une de nos activités majeures.

Lors du pré-lancement, le ministre Paluku a parlé de « secouer les gibecières ». Comment s’assurer que ce ne seront pas les mêmes projets qui tournent depuis des années sans étude de faisabilité solide qui seront présentés à Londres ?
Nous ciblons d’abord tout projet qui dispose d’études de faisabilité ou de pré-faisabilité. Pour ceux qui n’en ont pas, nous allons regarder les données disponibles. S’ils ont de bonnes données et que le projet répond à un réel besoin, il peut être pris en considération.
Mais au vu du résultat que nous voulons atteindre, nous conseillons surtout aux personnes qui ont des projets bankables et qui répondent à une vraie demande de nous approcher ou d’approcher le ministère. Elles devront présenter leur initiative et passeront par un assessment, c’est-à-dire une évaluation qui va déterminer la pertinence de leur projet.

Au-delà des mines, quels sont les secteurs non-traditionnels que vous allez pousser à Londres ?
Il y a l’agriculture, qui est un atout important pour la RDC. L’exportation des produits agricoles est très demandée. Il y a également le secteur de l’énergie, primordial pour la RDC, notamment le renouvelable et l’hydroélectrique. Il y a aussi le secteur de la construction et du bâtiment.
Nous avons diversifié ainsi. Il y a également le numérique, les télécommunications et l’assainissement.

Quelle place aura le secteur tech, startups et fintech à Londres ?
Ce n’est pas nous qui présentons les projets. Nous recevons les projets des gens. Les personnes concernées doivent venir avec leurs propositions et c’est à partir de cela que nous allons chercher le matching avec des partenaires intéressés à travailler avec la RDC dans ce domaine.
Nous sommes ouverts à tout le monde: architectes, fintech, BTP, etc. Tout dépendra de l’appétit des porteurs de projets.

Que répondez-vous à un investisseur britannique qui vous parle de la corruption, de la fiscalité et de l’accès à l’électricité ?
Le problème existe partout. Ce n’est pas une exclusivité de la RDC. L’ANAPI est là, elle dispose de toutes les informations nécessaires pour accompagner les nouveaux venus.
Le gouvernement est également en train d’accompagner. Lorsqu’il s’engage pour promouvoir les échanges économiques, cela veut dire qu’il garantit la sécurité, la fiscalité et tout ce qui va avec. L’ANAPI est là pour accompagner, ainsi que l’Agence des Zones Économiques Spéciales, qui est une structure du ministère de l’Industrie pour accompagner les industriels.
Je ne pense pas que ce soit un frein pour explorer le marché de la RDC. Chaque pays africain a ses atouts et ses faiblesses, nous devons y travailler.

Comment garantir que les rencontres B2B et B2G débouchent sur des contrats signés et pas seulement sur des échanges de cartes de visite ?
Ce que nous offrons, c’est la plateforme, le réseau, et nous encourageons les projets bankables. Pour le reste, le résultat dépendra des discussions entre les deux parties. Mais nous faisons de notre mieux pour que les conditions soient favorables afin d’avoir des résultats positifs. C’est pour cela que ce forum existe.

Quel rôle joue la diaspora congolaise du Royaume-Uni ?
La diaspora congolaise est très active. Il y a des chefs d’entreprises dans le bâtiment, la construction, le numérique, l’énergie, le développement de l’habitat.
C’est vraiment un atout pour l’investissement en RDC. Vous pouvez le constater sur le terrain, à Kinshasa notamment, dans l’hôtellerie et l’hébergement, où il y a beaucoup de constructions de la diaspora. Son rôle ne sera pas celui d’observateur, mais un rôle très actif.
Quel est votre indicateur de réussite et quel mécanisme de suivi prévoyez-vous ?
Nous avons déjà beaucoup de sollicitations et la mobilisation est intense des deux côtés, ce qui est un signal très positif. Nous prévoyons, trois mois après le forum, une réunion avec les porteurs de projets pour faire le suivi des conclusions. Nous allons essayer de les accompagner jusqu’à la concrétisation des projets.
GLODY NDAYA