RDC – Culture : La Place des Artistes désacralisée par les autorités kinoises

Déterminés à plaire une frange de kinois durant les festivités de fin d’année, malgré la présence de la deuxième vague de la covid-19, le gouverneur de la ville-province de Kinshasa, Gentiny Ngobila et le bourgmestre de la commune de Kalamu, Joseph Kabamba Nyembu, ont démystifié la Place des Artistes situé en plein Matonge, symbole même du célèbre rond point Victoire et l’une des références de la capitale rd-congolaise.

Durant plus de deux semaines (avant et après la Noël et la Saint Sylvestre), les kinois avaient occupé ce lieu mythique pour les artistes rd-congolais et les touristes pour organiser une petite kermesse. Hormis, la musique live ou concerts, il y avait à boire, à manger et une musique jouée par un DJ, mais aussi la vente de téléphones et autres accessoires informatiques.

 

Après cette incursion à la Place des artistes, le constat est très amer. L’insalubrité l’a envahi, le monument du chanteur-guitariste Franco Luambo Makiadi est troué, la clôture métallique est endommagée et les shegués l’ont adopté comme domicile.

La chaussure abîmée du monument de Luambo. Ph. Artiste en danger

Un groupe de shegués adolescents en sommeil. Ph. Artiste en danger

Ce n’est pas la première fois que ce panthéon de la culture rd-congolaise soit souillé. Selon plusieurs vendeurs de pains de cet environnement, avant que l’ancien premier ministre rd-congolais Augustin Matata Ponyo vienne honorer Luambo Makiadi, l’ancien bourgmestre de Kalamu, Jean-Claude Kadima avait autorisé les vendeurs des téléphones, clés USB, cartes mémoires et autres a occupé ce lieu et plusieurs plaques reprenant les noms et années des artistes décédées étaient perdus.

Les frais y étaient perçus et ne revenaient même pas au service de Culture et Arts de cette municipalité. « Si Matata n’avait pas pensé à Luambo, la Place des Artistes serait devenu un grand carrefour des téléphones et des sociétés de télécommunications qui l’occupant fréquemment pour leurs activations marketing« , a dit Moïse Menga -vendeur des chaussures au rond-point Victoire.

Le monument en hommage au Grand Maître Luambo Makiadi. Ph. Artiste en danger
Quelques carreaux enlevés par les occupants illégaux. Ph. Artiste en danger

De poursuivre : « Il faudrait que les artistes dénoncent largement cette violation, exigent réparation auprès du gouverneur de Kinshasa et du bourgmestre de Kalamu, et les interdissent d’occuper ce lieu sacré pour des activités non culturelles ou non artistiques« .

De son côté, Patrick Nzazi -journaliste, curator et critique d’art, pense qu’en ce 21ème siècle, certains textes régissant le secteur de la culture et des arts doivent être contextualisés et futuristes pour ne plus revivre certaines pratiques inhumaines et ignobles qui sévissent en République Démocratique du Congo. « Il faudrait surtout revoir la relation Artistes-Gouvernants-Gouvernés en ce qui concerne le respect et l’accès au patrimoine culturel. C’est-à-dire qu’autour d’une table ronde que cette tripartite redéfinisse leur rôle dans la société pour que l’avenir soit meilleur pour tous. Ils peuvent même mettre en place un programme de sensibilisation et un cadre permanent de concertation pour la protection et la promotion culturelle. C’est ensemble que notre culture ira de l’avant« , a-t-il renchérit.

 

« Après avoir publié les photos de cette place sur le compte Facebook de mon Asbl Artiste à danger, la ville-province de Kinshasa m’a rassuré qu’il va bientôt la réhabiliter. Je reste optimiste et je pense qu’elle respectera sa parole« , nous a confié Edmond Langu Masima très connu sous le pseudo de Tsaka Kongo.

La révolution culturelle entreprise par un grand nombre d’artistes, opérateurs culturels et journalistes culturels rd-congolais est aussi appelée à se pencher sur la question du respect et protection du patrimoine culturel de la Rd-Congo.

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Quelle image pour le tourisme rd-congolais ?

CINARDO KIVUILA