Sincère, elle l’est l’anecdote. Mais au-delà d’une sincérité qui aura mis du temps à sortir de son étui, une frustration rageante pour Papy Tex. Le chanteur rd-congolais dont le titre « Kanda ya nini » avait figuré dans la soundtrack du film « Mississippi Masala » (1991) de Mira Nair affirme aujourd’hui avoir été « escroqué ».
Ne pas percevoir ses droits d’auteur est le résultat d’un criant manque d’éducation. La question de méconnaissance de la propriété intellectuelle demeure le talon d’Achille de plusieurs artistes rd-congolais non sensibilisés et qui tombent malheureusement dans les tréfonds de l’arnaque. Elle n’en reste pas moins palpable pour les royalties qui consistent à accorder à l’artiste un pourcentage sur l’exploitation de son œuvre et ses dérivés.

Artiste rd-congolais, ancien membre du groupe Empire Bakuba, Papy Tex est parmi ceux qui ont mordu à l’hameçon. Revenant dans une vidéo sur une mésaventure concernant le film « Mississippi Masala » (1991) réalisé par Mira Nair -productrice et réalisatrice indo-americaine. Le chanteur affirme n’avoir perçu des royalties alors que sa chanson « Kanda ya nini » a été utilisée dans le film.
« Madame Mira Nair est venue me chercher à Kinshasa. Nous étions en tournée en Afrique de l’Est, précisément en Ouganda. Elle est venue me chercher comme quoi elle voulait utiliser ma chanson « Kanda ya nini » dans son film. Je lui ai dit : tu me donnes 500 mille dollars américains et tu peux utiliser ma chanson dans ton film. Elle m’a dit non, il ne faut pas faire ça, la chanson reste la tienne, tu ne peux pas me céder les droits de ta chanson », révèle Papy Tex.

Avant de poursuivre : « Ils nous ont convaincus avec mon manager et nous ont donnés une somme symbolique pour que ma chanson soit utilisée dans son film. La dame m’a alors dit : j’ai un représentant au Zaïre qui va de temps en temps déverser tes royalties à chaque fois que le film sera projeté. Quand j’ai fini avec la dame, elle m’a donné son code postal. Je suis allé vérifier à la Poste pour confirmer que l’adresse était vraie. On me dira sur place que ce numéro postal n’existe pas ».
Une ruse de domination
Entre exil, racisme et vibrations des cultures, « Mississippi Masala » avait tiré son épingle du jeu dans une période charnière portée par l’audace du cinéma gonflé à bloc par la révolution d’effets visuels et des budgets colossaux.
Le film réalisé par Mira Nair a pu réaliser plus de 7 millions USD de recettes au box-office avec un budget de départ d’environ 5 millions. Dans le devis global de la production du film, la musique (bien que le budjet concernant la soundtrack n’a pu être révélé) occupait également une place avec une bande originale éclectique d’Otis Redding au Dr L. Subramaniam en passant par Papy Tex.

Bien que le film ait reçu des critiques dithyrambiques, la ruse de domination s’y est tout de même invitée dans les droits de synchronisation. La révélation de Papy Tex en est une illustration parfaite. Pourtant, dans le contrat de synchronisation, il est prévu un pourcentage calculé à l’auteur de la chanson qui figure dans la bande originale du film.
Cette révélation de Papy Tex devra servir de leçon aux artistes musiciens à savoir réclamer leurs droits, légitimes dans l’industrie du disque. L’économie musicale a surtout besoin d’une sensibilisation au-delà d’une formation Chaque artiste qui perçoit ses droits d’auteur ou ses royalties est un acteur majeur pour un secteur artistique transparent enclin au développement durable.
CHADRACK MPERENG