Sindika Dokolo, le golden boy de l’art africain

L’homme d’affaires congolais Sindika Dokolo possède une collection d’objets d’art africain qui pèse près de 50 millions d’euros. Depuis quelque temps, il s’est lancé dans une bataille controversée pour racheter des pièces pillées pendant la colonisation. Pour lui : «­ L’art est la clé de tout parce qu’il nous permettra de remettre les choses à plat et de reprendre le contrôle de notre destin ».

Sindika Dokolo est considéré comme le golden boy de l’univers des collectionneurs d’art africain. Ses détracteurs le voient comme un enfant gâté, un go-betweener arrogant et sûr de lui. L’homme se définit lui-même comme un «businessman activiste culturel».

Né en 1972 d’une mère danoise et d’un père congolais, il est le gendre du président angolais José Eduardo dos Santos, dont il a épousé la fille aînée, Isabel dos Santos, femme la plus riche d’Afrique selon le magazine Forbes. Son père, Augustin Dokolo Sanu, était lui aussi un collectionneur et un homme d’affaires, et le premier Africain à créer une banque dans les années 1970, à l’époque du maréchal Mobutu.

S’il balaie d’un revers de main les étiquettes péjoratives qu’on lui colle du fait de son statut privilégié, Sindika Dokolo, avec son allure d’éternel jeune premier à l’assurance et au culot solidement appuyés par ses moyens financiers, est un iconoclaste qui assume pleinement son côté provocateur. En témoigne le combat singulier qu’il mène depuis quelques mois, avec ses amis Didier Claes et Tao Kerefoff, pour rapatrier sur le continent des objets d’art du patrimoine africain pillés pendant la période coloniale. « Rendez les œuvres volées à l’Angola, ou vous aurez à affronter mes avocats ! », martèle-t-il sans relâche aux marchands d’art européens qu’il traque pour récupérer des pièces de l’art classique (il récuse le terme d’art primitif) angolais.

Considéré comme l’Africain possédant la plus importante collection artistique, il s’est lancé à coup de centaines de milliers d’euros dans une bataille visant à racheter, dans des conditions fixées par lui-même, des pièces dont certaines valent plusieurs millions d’euros. Une première, car jamais personne avant lui ne s’était engagé dans pareille croisade.

Non sans fierté, il a raconté à Forbes Afrique comment en février dernier, il a pu récupérer pour 8000 euros un important masque Mwana Pwo (« jeune femme ») datant de la fin du XIXe-début du XXe siècle, dont un marchand français proposait  600 000 euros. Sindika ayant menacé le Français de poursuites judiciaires si celui-ci ne cédait pas, l’affaire s’est finalement conclue à l’amiable, puisque le vendeur s’est vu offrir l’opportunité de remettre lui-même la pièce au roi des Tchokwé, à la faveur d’un voyage en Angola tous frais payés par la Fondation Dokolo. Le Congolais a même réalisé une transaction plus audacieuse encore, proposant 50 000 euros pour une autre statue tchokwé estimée, elle, à 1 million d’euros. Les pièces concernées seront restituées au musée de Dundo (province de Lunda-Nord en Angola), qui abrite une précieuse collection d’art tchokwé et d’où elles ont été volées.

​UNE DÉMARCHE CONTROVERSÉE

Ce combat, seul quelqu’un de fortuné et d’influent comme lui peut se permettre de le mener sur le continent. Sindika Dokolo a ouvert une brèche et, selon lui, les États africains devraient s’y engouffrer. « Mon engagement dans la culture est très politique, et ma collection est le reflet de cet engagement. Mes prises de position et mes actes suscitent souvent la polémique, mais je les assume pleinement », assène-t-il.

MICHEL LOBÉ EWANÉ (Forbesafrique.com)