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mercredi 26/Jan/2022

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Laurent K. Mavinga plaide pour l’insertion des questions environnementales dans le cursus éducationnel congolais

Socio-environnementaliste, le rd-congolais Laurent Kidima Mavinga a au cours d’une interview accordée à notre rédaction, passé en revue la situation environnementale en République Démocratique du Congo où les politiciens empiètent sur ce secteur vital. Militant pour l’environnement et plus spécifiquement en faveur d’une approche basée sur quatre points : la Gouvernance, la Conservation, la Sécurisation des modes de vie des populations forestières et le Développement local, Kidima veut que le  gouvernement de son pays revoie stratégiquement et systématiquement son programme sur l’éducation (primaire, secondaire et universitaire) pour permettre à la génération future de prendre soin de l’éco-système. « La construction et la capitalisation d’un modèle intégré d’intervention des partenaires en matière d’éducation, information et communication en matière d’environnement, conservation de la nature et tourisme dans les différents sites d’implémentation en RDC », a-t-il déclaré.

Cette année ci, il y a eu le COP 22 au Maroc, quelle est votre appréciation sur la participation de la RDC dans ces assises ?

Un  bilan mitigeur pour ma part. Ces participations n’ont que fort peu permis de réduire le déficit de visibilité de la RDC dans les débats internationaux sur diverses questions pertinentes relatives á l’environnement (changement climatique, déforestation, crédit carbone, etc.) . Et ce déficit renforce davantage l’image du « Congo Bashing », celui d’un Congo faible aux ressources énormes dont il faille assurer la gestion de ce potentiel via des intendants. Or, depuis Rio 92, la RDC participe activement á la quasi-totalité des forums internationaux sur des questions environnementales. Combien de reportages de fond as-tu vu sur la participation/contribution Congolaise á ses forums ? Combien des reportages des médias internationaux sur la position de la RDC á ses forums. Dans le bassin du Congo, c’est le Cameroun et le Congo Brazza qui attire généralement les camera. Et pourquoi? Dernièrement á Antananarivo au sommet de la francophonie, c’est Macky Sall, invité de Patrick Simonin sur TV 5, qui a parlé sur la prise en compte sine qua non des forêts du bassin du Congo dans les agendas internationaux… Nous sommes non seulement inaudibles mais aussi invisibles sur la scène internationale !

Mais ces délégations sont généralement accompagnées des équipes médias ?

Oui, mais quel est le profil des attachés de presse et autres journalistes qui accompagnent nos délégations dans ces assises ? A Copenhague, C’était l’actuel député Zacharie Bababaswe dont j’écoutais les relations des faits sur la chaîne nationale, donc jouait le rôle de media Officer… Allez y comprendre. Parlions nous musique ou théâtre ?

 

Que justifierait à votre avis ce déficit de visibilité de la RDC dans ces forums internationaux ?

Le problème est plus complexe qu’il parait être. C’est tout le système lié à l’information, éducation et communication environnementale qui devrait être revu et corrigé. Un début serait déjà l’épineuse application de la Loi numéro 11/009 du 09 juillet 2011 portant principes fondamentaux relatifs à la protection de l’environnement, spécifiquement son  Article 4: (L’Etat garantit à l’ensemble des citoyens le droit à une éducation environnementale).

 

En quoi la pertinence de ce fameux l’article 4 de Loi 11/009 du 09 juillet 2011 ?

Qui dit Panda, pense à la Chine. Le Grizzli renvoie au grand Nord Américain. Le Kangourou á l’Australie. Au Congo, c’est l’Okapi. Mais combien des Congolais connaissent-ils précisément ce qu’est véritablement l’Okapi ? Comment vit-il ? De quoi se nourrit-il ? Comment se reproduit-il ? Cet article 4 pose les fondements de l’éducation Environnementale en RDC. Quand je travaillais au Parc National de la Garamba (dont beaucoup des nos compatriotes ne savent même pas l’emplacement), les élèves des écoles environnantes (Cite de Dungu, Faradje et Watsa) étaient étonnés d’apprendre que l’hippopotame a besoin de 5 á 10 Km2 d’espace vital pour se mouvoir. En conséquence, les champs potagers ou vivriers labourés dans cet espace étaient susceptibles d’être visités et consommés par ces derniers…

 

Et que l’idéal pour eux était d’installer des champs en couloir et de préférence loin des berges des rivières où des colonies d’hyppos s’étaient installées… De telles informations vulgarisées auprès des communautés de manière structurée par les medias, des réunions, l’enseignement réduirait le taux des conflits faune-animal en orientant l’adoption des nouvelles pratiques agricoles pertinents pour ces milieux…

 

Mais dans le fait, quelle est la situation de l’environnement dans le curriculum de l’éducation nationale en RDC, dans le traitement des medias, dans la formation des attachés de presses et autres journalistes?

 

Et quelle serait les causes de cette situation ?

En matière d’éducation nationale, l’Environnement dans le programme scolaire Congolais, bien que compris comme un concept interdisciplinaire, n’est abordé que de manière sectorielle, ponctuelle et cloisonnée dans quelques cours, notamment des sciences naturelles comme la Géographie, Zoologie, Botanique, Biologie et á moindre mesure au cours du Civisme. Cette approche sectorielle rend difficile l’émergence des comportements, attitudes et pratiques conformes á une certaine éthique environnementale dans leur quotidien. Ce déficit équivaut aussi pour les enseignants.

 

Pour les médias, ces derniers peuvent s’avérer, s’ils sont bien canaliser, un instrument éducatif puissant dans le domaine de l’environnement. S’il est vrai que le traitement de l’information dans les medias (presse écrite, audiovisuelle ou multimédia) obéit à une certaine organisation de la rédaction qui fonctionne de façon compartimentée avec des rubriques traditionnelles bien déterminées : politique, économie, faits divers, sports, santé, etc…

 

Cette nomenclature varie sensiblement selon la ligne éditoriale et l’audience du media, mais la spécialisation des journalistes à travers des rubriques demeure l’une des caractéristiques majeures du traitement et de la présentation de l’information dans la presse. Dans un pareil contexte organisationnel, l’environnement qui est un concept polysémique et transversal, fait face à une première difficulté pour s’imposer comme une rubrique à part entière. A cette difficulté d’insertion dans les rédactions de presse, il faut ajouter la prise de conscience relativement récente des préoccupations environnementales au niveau national. En effet, en plus du défi de la complexité, s’est ajouté celui de la nouveauté du concept même de l’environnement. Le manque de formation des journalistes qui s’intéressent à la couverture des sujets liés à l’environnement est à prendre aussi en compte.

 

Aussi dans les faits, l’offre programmatique en matière des productions environnementales dans le paysage audiovisuel Congolais, est fort marginale, comparativement á la religion, musique, théâtre et politique. Les rares émissions produites se limitent à quelques informations relatives à l’hygiène et assainissement. Mais là aussi, la qualité intrinsèque de ses productions est sujet á méditation. Les questions environnementales comportent toujours une dimension scientifique que ne justifie toujours pas nos journalistes et animateurs dans les medias Congolais.  Au déficit des connaissances scientifiques s’associe la concurrence des autres stations (très enclines aux films Nigérians) lesquels sont, entre autres, des raisons pour lesquelles les thèmes environnementaux demeurent peu valorisés et, lorsque cela se fait, mal présentés. Cela se fait sentir encore pire dans les stations dites communautaires dans le monde rural, où généralement les animateurs sont des enseignants pour la plupart formés au métier de la radio sur le tas…  La clochardisation de l’information environnementale en RDC constitue également une contrainte stratégique due á la réalité intrinsèque du  inhérente á la presse locale. Il faut louer, encenser les actions et les bilans des responsables des secteurs et des instituions environnementaux pour espérer obtenir en retour la possibilité de participer à des missions, á des ateliers…donc des perdiems.

 

Enfin, l’institutionnalisation de l’environnement comme spécialité académique en matière des SIC en RDC requiert une modification du cursus académique d’où engendrait ce nouveau profil social des journalistes. Tout journaliste sorti d’une structure de formation devrait avoir un «background» lui permettant de comprendre et d’intégrer dans son travail quotidien les questions environnementales. Un bon journaliste devra néanmoins s’informer sur le sujet qu’il traite. La plupart des journalistes qui rapporte sur le changement climatique, par exemple, doivent acquérir une connaissance élémentaire des aspects scientifiques du sujet, parce que c’est ce que veulent la plupart des consommateurs des médias : une aide pour les guider parmi les confusions, les complexités et même les contradictions des propos des spécialistes.

 

Cette problématique devrait être un sujet de profondes réflexions pour le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC), les associations des consommateurs et bien évidemment les enseignants des écoles des sciences de l’information et de la communication.

 

Quelle serait une des pistes des solutions ?

Une des solutions serait entre autre de renforcer l’outil réglementaire en coulant le fameux article 4 en stratégie nationale de l’éducation environnementale. La réalisation de ce document pourrait justement permettre de combler ce vide institutionnel par la création des mécanismes de développement Institutionnel et de renforcement organisationnel sur les questions environnementales au niveau de l’éducation nationale, des medias, de la formation et pourra renforcer le Centre nationale pour l’Information Environnementale (CNIE). Son objectif est de servir de canevas à une meilleure convergence des visions, des rôles et responsabilités en matière d’Information, Education et communication sur les questions environnementales. D’autres raisons, non moins importantes, concourent à l’élaboration de ce document d’orientation et de stratégies à savoir:

 

  • L’impérieuse nécessité de mettre en place un mécanisme d’échange et de visibilité des interventions permettant une intégration des paramètres macro et micro politiques, économiques et socio culturels qui entourent les questions environnementales en RDC;
  • L’établissement des conditions communicationnelles de base favorables à un renforcement des capacités des systèmes traditionnels de gestion communautaire de ressources naturelles de manière à intégrer harmonieusement et durablement les méthodes et technologies innovantes de gouvernance, de sécurisation des modes de vies des populations locales, de développement local telles qu’énoncées dans la Loi 11/009 du 09 juillet 2011 ;
  • L’établissement d’un système d’échange d’informations utiles et stratégiques s’appuyant sur la constitution d’une banque de données partagées nécessaires à l’amélioration de la Gouvernance en matière de l’environnement, des relations inter partenaires, à une gestion adaptative des leçons apprises dans les mécanismes de suivi et évaluation des niveaux de développement des programmes environnementaux ;
  • La construction et la capitalisation d’un modèle intégré d’intervention des partenaires en matière d’éducation, information et communication en matière d’environnement, conservation de la nature et tourisme dans les différents sites d’implémentation en RDC. Cela permettra d’une part d’éviter que les erreurs des uns soient refaites par les autres et d’autre part de générer et de partager les leçons apprises dans les efforts de lutte contre les pratiques non durable d’exploitation des ressources naturelles en vue de contribuer à la promotion de l’éco citoyenneté auprès des communautés locales en RDC.

Les orientations stratégiques pourraient être

  • Information, sensibilisation, participation et gouvernance
  • Education et formation
  • Le Rôle républicain de l’Etat en matière du développement durable
  • Villes, entités territoriales et aménagement du territoire
  • Le système réglementaire, financier, fiscal et institutionnel en matière d’Environnement porteur de création des richesses locales et nationales
  • Engager la société Congolaise dans une économie verte pour son bien être socioéconomique
  • La Coopération régionale et internationale au bénéfice de la puissance environnementale Congolaise.

 

Votre présentation en quelques phrases ?

Affectueusement dénommé « Le Baroudeur » par ses amis, Laurent Kidima Mavinga un activiste natif de Barumbu, quartier chaud de Kinshasa, un 27 Juin 1978. Nomade de fait, tenté par la soutane et le treillis militaire, journaliste par défaut, migrant et voyageur par passion. Son parcours atypique, marqué par une formation académique en communications sociales, étayé par des postes occupés et recherches personnelles effectuées en gouvernance environnementale et de gestion de la biodiversité, lui ont conféré un profil de socio-environnementaliste et démontre que « l’on n’est pas environnementaliste mais que l’on le vit».

 

Ce  parcours atypique, faits des rencontres, des découvertes et d’expériences diverses l’ont mené dans des coins insolites du Congo profond au contact des hommes et des femmes, qui ont forgé son militantisme pour l’environnement et plus spécifiquement en faveur d’une approche basée sur quatre points : la Gouvernance, la Conservation, la Sécurisation des modes de vie des populations forestières et le Développement local.

 

CINARDO KIVUILA

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